Critiques

Hier est un autre jour : Comme une horloge suisse

On répète souvent que la comédie est le genre le plus difficile, parce qu’il faut tenir le rythme et aborder avec sérieux et conviction les personnages et les situations les plus improbables. La pièce Hier est un autre jour, produite par le Théâtre Voix d’Accès, repose justement sur ces éléments clés.

On se trouve devant un texte habile, qui glisse entre des situations maintes fois exploitées et des éléments originaux. Le duo d’auteurs français, formé du musicien Sylvain Meyniac et de l’acteur Jean-François Cros a su tirer profit de son bagage mixte en insérant des personnages avec un bon potentiel comique dans une trame réglée au quart de tour.

Le synopsis faisait pourtant craindre la redite: l’arrivée d’un personnage incroyable dans la vie d’un avocat sérieux lui fera vivre une journée de dingue. En changeant simplement «avocat sérieux» par «grand éditeur» et par «tueur à gages» on obtient Le dîner de cons et L’Emmerdeur, de Francis Veber… On comprend toutefois, après une vingtaine de minutes, que le résumé évasif cachait une surprise de taille.

Les premières scènes nous permettent de voir les caractères et les intentions de Bernard (Jean-Sébastien Ouellette) le patron du cabinet d’avocats, Frédéric (Charles-Étienne Beaulne), son gendre chaud-lapin, Pierre Maillard (Emmanuel Bédard), avocat plein de tics et de tocs qui s’apprête à mener le procès de sa vie, Sophie (Marie-Hélène Lalande), la jolie secrétaire qu’il a déjà fréquenté et Brigitte Verdier (Claude Breton-Potvin), une riche cliente dont le mari vient de mourir. Magouille et histoire d’amour sont déjà dans l’air.

Les paramètres changent, toutefois, avec l’entrée en scène du «visiteur», interprété par un Vincent Champoux jovial et survolté. Celui-ci modifie le temps, obligeant Pierre Maillard à revivre sans cesse la même scène. L’avocat débordé tente de repousser le quidam, mais bien vite, disjoncte. La comédie devient grinçante tant le désespoir du pauvre homme, incarné par un Emmanuel Bédard en pleine maîtrise, est convaincant.

Heureusement, la pièce prend une autre tournure lorsque Maillard et le visiteur se figurent ce qui se passe, et commencent à contrôler eux-mêmes les multiples retours en arrière et donc, le fil des événements. Lorsqu’il y a retour en arrière, les comédiens se figent, refont gestes et mimiques à l’envers, comme si la pièce était rembobinée (avec son de circonstance) et reprennent leurs postures et répliques. Ce qui aurait pu être une catastrophe avec des comédiens moins doués s’avère être un procédé très efficace pour surprendre le spectateur et dynamiser la mise en scène.

Le jeu est d’ailleurs la grande force de cette production. Tous y mettent dynamisme et conviction. Surtout, le texte respire, ce qui permet de multiplier les silences, les mimiques, le jeu physique. Les danses de Champoux, le ton mielleux et les airs de requin de Ouellette et les mimiques impayables de Bédard nous arrachent davantage de rires que les répliques elles-mêmes. L’équipe a pleinement su tirer profit de la partition, affinée par l’intelligence de la mise en scène et de la direction d’acteurs d’Édith Patenaude.

Hier est un autre jour

Texte: Sylvain Meyniac et Jean-François Cros. Mise en scène: Édith Patenaude. Une production du Théâtre Voix d’Accès. Au Théâtre Petit Champlain jusqu’au 29 août 2015.

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