Critiques

Plywood : Bâtir sur des retailles

Plywood, un show sur le rough, la dernière création atypique signée par Omnibus, est une plateforme mouvante, un cri du cœur de la génération Y. «À qui la rue? À nous, la rue!», scande cette jeunesse derrière ses planches de bois.

Le maître d’œuvre Réal Bossé s’est prêté, non sans ironie, à l’exercice de créer un spectacle sans décor. Que peut-on faire avec trois feuilles de contreplaqué pour construire une image? C’est la prémisse qu’a donné Réal Bossé, codirecteur artistique d’Omnibus depuis 2014 (aux côtés du fondateur Jean Asselin et de Sylvie Moreau), aux dix jeunes interprètes et créateurs de Plywood, leur donnant le champ libre afin qu’ils puissent prendre la parole.

Ces planches de bois vont devenir leur chantier de construction, un grand terrain de jeu où s’entrechoquent leurs rêves et désillusions. Le Printemps érable, l’amour, le sexe, l’argent, l’ennui sont autant de sujets qui sont au cœur du discours de ces jeunes qui unissent leurs voix en un chœur de protestation.

Sans se censurer, en adoptant un langage familier propre à leur génération, où les jurons deviennent une métaphore de leur rébellion, les dix interprètes nous racontent des anecdotes parfois loufoques, charnelles ou tragiques, tirées de leurs préoccupations quotidiennes. Ces bribes de vie banales prennent une toute autre dimension lorsque les corps se mettent à parler un langage poétique chorégraphié, où l’expression devient silencieuse et puise toute sa puissance évocatrice dans le mouvement.

Les corps deviennent les piliers de cette production, le groupe soulevant littéralement un comédien se tenant sur une planche de plywood à bout de bras. C’est cette précarité qui sert de pivot à l’expression des auteurs, elle est à l’image d’une société qu’ils jugent bancale, où tout est à reconstruire.

La distribution est hybride, on y trouve des anciens collaborateurs de l’École de mime comme Anne Sabourin, épatante dans sa maîtrise du jeu corporel, côtoyant les débutantes et prometteuses Sarah Beer et Noémi Lira, ou encore des étudiants fraîchement diplômés des écoles de théâtre, citons entre autre le talentueux Charles Fournier.

Plywood tient sa force dans l’effet du groupe, dans la diversité et la représentativité de cette jeunesse. Quand la meute brandit les planches telles des pancartes et s’avance vers le public en grondant toute sa rage, on touche à l’essence de cette création, l’expression d’une jeunesse marquée par la grève de 2012, bercée de contradictions et animée d’une fougue insatiable.

Plywood, c’est l’expression de jeunes créateurs, qui nous donne envie de les suivre, pour voir comment vont évoluer leurs bourgeons au prochain Printemps.

Plywood, un show sur le rough

Maîtrise d’œuvre de Réal Bossé. Une production de la compagnie Omnibus. À Espace Libre jusqu’au 30 avril 2016.

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