Le sexe n’est pas un jeu. Il arrive qu’il soit ludique ou mis en scène, bien entendu. Il est parfois même théâtral, voire spectaculaire, mais il n’est jamais anodin, jamais sans conséquence, jamais à prendre à la légère. Parfois, le sexe est une célébration. On en parle comme de la plus belle et de la plus pure expression de l’humanité. Parfois aussi, trop souvent malheureusement, le sexe est perverti par la violence, cruellement détourné de son sens.

À notre époque, impudique, ostentatoire, c’est-à-dire hypersexualisée, le sexe semble avoir investi toutes les sphères de notre vie. Il ne faudrait pas croire pour autant que tous les tabous sont tombés. Parler de sexe, c’est encore et toujours un geste audacieux. Pas scandaleux, pas sulfureux, pas indécent, mais tout de même subversif. Parce qu’il s’agit de regarder le corps en face. D’appeler les choses par leur nom. Mais aussi, et peut-être même surtout, parce que cela demande d’avancer sur un territoire miné, celui où s’entrelacent l’intime et le politique.

À en croire les artistes et les observateurs qui témoignent dans le dossier de Sara Dion, le premier que dirige notre nouvelle membre de la rédaction, il n’est pas si simple d’aborder au théâtre ce sujet qui est pourtant fondamental. En effet, comment se fait-il que, quelque 50 ans après la révolution sexuelle, la sexualité soit si peu présente sur les scènes de nos théâtres ? Serait-ce une autre preuve du pernicieux retour de la droite conservatrice et bien-pensante ?

Le plus préoccupant, le plus insoutenable, c’est ce décalage hypocrite entre nos vies et ce qui apparaît sur nos scènes. Qu’est-ce qui, de nos existences, individuelles et collectives, a droit à la représentation dans nos théâtres ? On se demande où est le sexe, mais on pourrait tout aussi bien se demander où sont les femmes, où sont les transgenres, où sont les personnes racisées, où sont les homosexuels, où sont les pauvres, où sont les corps atypiques.

Ce numéro fait la part belle à un enjeu d’actualité, un sujet crucial qui est sur toutes les lèvres par les temps qui courent : la diversité. Il y est question de la diversité des sexualités, cela va de soi, mais aussi, hors dossier, de la diversité des identités, des modes de vie, des cultures et des pratiques artistiques. De plus en plus nombreux sont les gens qui réclament une expression artistique de la diversité, une représentation, au théâtre, au cinéma, à la télévision et ailleurs, de la multiplicité des rapports au monde.

C’est précisément ce qu’on lit dans le plaidoyer de Dinaïg Stall, metteure en scène et marionnettiste, dans les réflexions de Quincy Armorer, le directeur artistique du Black Theatre Workshop, avec lequel s’est entretenu Xavier Inchauspé, et dans les propos des artistes queer montréalais interrogés par Tarek Lakhrissi.

Il est temps de prendre parti, de dire notre besoin viscéral d’un théâtre qui traduise la riche complexité du Québec d’aujourd’hui.

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