Critiques

Le Timide à la cour : Un classique rajeuni

Pour la saison 2016-2017 au Théâtre Denise-Pelletier, Claude Poissant souhaitait « une contamination des savoirs et une cohabitation de jeunes artistes ». En invitant le metteur en scène Alexandre Fecteau et le Théâtre de la Banquette arrière pour jouer Le Timide à la cour de Tirso de Molina, c’est plutôt bien parti.

Le TDP est un théâtre voué à la jeunesse, s’adressant aux adolescents du milieu scolaire, ne l’oublions pas. Son mandat est lié à certaines contraintes dont celle de présenter les grandes œuvres du répertoire classique. Quelle bonne idée de donner à une jeune troupe de théâtre dirigée par un metteur en scène audacieux, cette délicate mission de susciter l’intérêt d’un public composé en majeure partie d’étudiants obligés d’aller au théâtre et dont ce n’est pas la première passion. Dans ce cas-ci, le défi est relevé avec grâce et bon goût.

Très peu joué à Montréal, Tirso de Molina est un prolifique auteur du Siècle d’Or espagnol à qui l’on doit L’Abuseur de Séville, qui donna naissance au personnage de Don Juan. Cette époque est marquée par l’amour courtisan et Le Timide à la cour s’inscrit complètement dans cet univers de comédie d’intrigue.

L’intrigue très complexe de la pièce repose sur une série de quiproquos, de rebondissements, de travestissements, de tromperies. En effet, le berger Moreno (excellent Renaud Lacelle-Bourdon) troque ses vêtements pour celui d’un noble (Anne-Marie-Levasseur) en fuite. Il est aussitôt pris pour le fraudeur et emprisonné chez le duc d’Aveiro (Roger Larue). Le duc a deux filles, la rebelle Seraphina (Kim Despatis) et la gentille Magdalena (truculente Sophie Cadieux), dont Moreno tombera amoureux. Mais les deux filles sont promises à d’autres. Il s’ajoute à cette histoire Don Antonio (Éric Paulhus) qui manigance avec sa cousine Juana (Lise Martin), à l’emploi à la cour d’Alveiro, afin de conquérir Seraphina.

Les deux protagonistes, interprétés par Sophie Cadieux et Renaud Lacelle-Bourdon, se détachent nettement de l’ensemble de la distribution par leur jeu physique élaboré. C’est un réel plaisir de voir leurs corps tordus par les tourments de l’amour.

La chic irrévérence

La mise en scène de Fecteau, tout en restant dans une forme plutôt classique, donne la liberté aux interprètes pour se permettre quelques adresses au public à saveur féministe. Le procédé brechtien a pour fonction de jeter un regard critique sur les propos parfois misogynes de l’auteur. Toute la direction d’acteur est axée sur un jeu où les comédiens sont constamment en train de commenter le personnage qu’ils jouent, ce qui rend le texte de Molina beaucoup plus en phase avec le présent et donne lieu à des effets parfois très comiques. Par exemple, à plusieurs reprises, les personnages disent : « Je n’ai rien compris de ce qu’il a dit. » Cela nous les rend beaucoup plus sympathiques, partageant ainsi le même sentiment que le spectateur peu habitué à un texte à la tournure très souvent alambiquée.

L’ensemble de la production est marqué par des choix qui oscillent entre l’irrévérence et l’élégance. Les costumes de Marc Sénécal, mélange de contemporain et d’époque, la scénographie d’Olivier Landreville, constituée en grande partie par des panneaux manipulés finement par les comédiens, en contreplaqué teint d’un côté et miroir de l’autre, les éclairages (André Rioux) et l’environnement sonore (Éric Forget) participent subtilement à cet ensemble.

Le Timide à la cour

Texte : Tirso de Molina. Mise en scène : Alexandre Fecteau.Avec Sophie Cadieux, Kim Despatis, Sébastien Dodge, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Roger La Rue, Anne-Marie Levasseur, Lise Martin, Éric Paulhus et Simon Rousseau. Scénographie : Olivier Landreville. Costumes : Marc Senécal. Éclairages : André Rioux. Environnement sonore : Éric Forget. Maquillage et coiffures : Suzanne Trépanier. Une coproduction du Théâtre Denise-Pelletier et le Théâtre de la banquette arrière. Au Théâtre Denise-Pelletier, jusqu’au 22 octobre 2016.

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