Critiques

Les Contes à passer le temps : Flocons de tendresse

Cath Langlois

Les voûtes de la Maison Chevalier, à Place Royale, invitent à la confidence. L’espace restreint et clos est tout indiqué pour se raconter des histoires: les habitués de ce rituel sont d’ailleurs bien disposés à se prêter au jeu de la nostalgie. Pour cette 6e édition Les Contes à passer le temps proposent 6 contes ayant la neige pour thème. Dès l’entrée, on nous offre gâteaux, café et Glühwein, question de se mettre dans l’esprit de Noël; atmosphère bon enfant, familiarité spontanée et chaleureuse. Bienvenue dans la machine à remonter le temps.

Six auteurs en autant de tableaux, représentant chacun un des quartiers centraux de Québec nous convient à un festin singulier où le décor historique avec ses habitants devient la base même de nos dérives émotives. Les résidents de Québec peuvent aisément visualiser les lieux, y reconnaître les attitudes, y découvrir des commerces, des événements, des loisirs disparus: autant de portraits sociologiques qui ont encore beaucoup de prégnance dans la mémoire collective. Tous les contes prennent ainsi assise dans le réel. Quelques uns se développent de manière linéaire dans un seul plan narratif. Les autres usent d’astuces différentes. Voyons voir.

Des métaphores ancrées dans le réel

Trois contes se démarquent par la manière habile dont la fiction vient moduler le réel. Ainsi  L’histoire de l’horloge, emmaillée avec la légende de La Reine des neiges, ouvre le spectacle et revient comme un leitmotiv en cours de soirée: l’horloge et la reine. Maxime Robin, dans un récit sur la mort de son père, nous emporte dans un joli détour vers le conte d’Andersen, égratignant au passage les versions édulcorées à la Disney. La métaphore de l’enfance sauvée par la persévérance et la pureté des émotions, se transpose dans le lien entre les deux frères qui vont assister au décès de leur père. La distance entre Québec et Montréal ouvre l’espace pour cette métaphore, le lien entre la vie et le deuil.

Cath Langlois

L’Assemblée de monstres, de Jean-Michel Girouard (jeune auteur qui nous avait déjà donné un remarquable Amours écureuils) joue sur le même registre. Un misanthrope notoire de la ville (clin d’œil au Grincheux qui voulait gâcher Noël) haïssant tout ce que représente Noël, se rend à contrecœur au réveillon familial, négligeant le cadeau pour sa filleule. Il décide alors de lui improviser un conte sur des monstres hommes-harfangs. Ce récit sur la tolérance deviendra l’outil de sa propre rédemption. Admirablement interprété par Bertrand Alain. On aime aussi Les Diamants de Noémie O’Farrell, ces anges que la mort réunit à trente ans d’intervalle. Une histoire d’amour infini que la jouissive et bouleversante Frédérique Bradet inscrit profondément dans nos fibres émotives.

Le dispositif de proximité et la mise en scène dépouillée de cette soirée créent un beau moment d’écoute et de complicité. L’absence du quatrième mur, l’intervention directe avec les spectateurs, la prise de contact visuel permet au public de se projeter dans ces contes. La conclusion beaucoup trop longue permet toutefois de nous libérer de l’enfermement des sempiternels récits de Noël dans un éclatement jubilatoire. On reconnaît dans ce spectacle la touche irrévérencieuse et festive de Maxime Robin qui joue ici tous les rôles: auteur, metteur en scène, comédien. Entre nostalgie et humour, les contes parlent de solitude, d’amour, de tendresse, de tolérance, de sincérité et des cadeaux du cœur pour contrer le mercantilisme qui entache le sens premier de cette fête chrétienne.

Les Contes à passer le temps

Textes: Maxime Beauregard-Martin, Jean-Michel Girouard, Sophie Grenier-Héroux, Noémie O’Farrell, Pascale Renaud-Hébert, Maxime Robin. Mise en scène: Maxime Robin. Avec Bertrand Alain, Maxime Beauregard-Martin, Frédérique Bradet, Raymonde Gagnier, Pascale Renaud-Hébert, Maxime Robin. Une production de la Vierge folle, en collaboration avec Premier Acte. À la Maison Chevalier jusqu’au 18 décembre 2016.

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