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Message de Véronique Côté pour la Journée mondiale du théâtre

Pour la Journée Mondiale du Théâtre, 
le Conseil québécois du théâtre honore l’art théâtral si essentiel à l’identité et la culture d’une nation.
 Il confie la rédaction du message québécois à une personnalité de théâtre et salue ainsi la contribution du théâtre québécois au rayonnement international du Québec et du Canada.
En 2017, Véronique Côté, comédienne, auteure et metteure en scène, signe le message québécois.

Ici, il y a un théâtre.

Et le théâtre est ouvert.

À ceux qui doutent, qui rêvent, qui se taisent,
 à celles qui cherchent.

Aux révoltés, aux indignées et aux inconsolables.

Aux inconnus. Aux cœurs brisés, aux corps marqués, aux familles en dix mille morceaux.

Aux fragiles, aux invisibles, aux héroïnes.

Aux amoureux.

Aux désobéissantes et aux sceptiques.
 Aux indécises, aux chétifs, aux mystiques, aux mêlées, à tous ceux qui se sont toujours fait écœurer.

Aux maganées, aux épuisés, aux surmenées,
 aux convalescents, aux fatigués.

Aux pas pareils, aux recalées, aux cancres, 
aux réfractaires.

Aux punks, aux activistes, aux manifestantes, 
aux voyageurs.

Aux infirmières, aux actuaires
et aux libraires, aux économistes, aux comptables, aux fleuristes de bonne volonté.

Aux amateurs et aux surqualifiées.

Ici, il y a un théâtre. Vous y êtes les bienvenus.

Bienvenue aux ordinaires. Bienvenue aux braves.

Bienvenue aux pognés dans le trafic,
 aux retardataires, aux mal-peignés, aux mal-lunées,bienvenue à ceux qui avaient un billet pour hier ou pour demain. Bienvenue à tous les voisins. Bienvenue aux nombreux déçus.

Bienvenue à ceux qui en ont toujours arraché
 et bienvenue aux actrices de plus de cinquante ans.

Bienvenue à la jeunesse ardente et bienvenue à ceux qui ont déjà peur de mourir.

Bienvenue à ceux qui sont passés au feu.

Bienvenue à celles qu’on n’a pas crues.

Bienvenue à ceux qui fuient, à celles qui tremblent, bienvenue aux Premiers et aux derniers arrivés.

Bienvenue à toi, qui es là depuis à peine neuf mois, bienvenue à toi en beau fusil parce que 
ta prof de Cégep t’oblige à venir ici, ici-même,
 oui, ce soir, au théâtre, alors que tout ce que tu veux c’est que tes compétences soit reconnues pour pouvoir participer à ce pays à la pleine mesure de ce dont tu es capable.

Bienvenue à ta colère, à ton vague à l’âme,
à ton courage. Tu crois que tu n’auras jamais les mots pour dire tout ce que tu as dû quitter pour arriver jusqu’ici, mais tiens bon : les mots te seront rendus.

Si tu veux, un jour, reviens. Reviens nous raconter.

Nous qui mettons debout la poésie et les histoires, nous qui travaillons à transformer la parole
 en action, faisons-donc ce qu’on dit, enfin.

Faisons-le devant et pour les autres. Faisons-le contre ce présent implacable qui nous veut faibles,
divisés, en furie.

Soyons vigilants, vigilantes, soyons-le pour nous et pour les suivants : soyons-le gratuitement.

Soyons ces veilleurs qui n’en laissent pas passer une.

Soyons ces inquiets qui traquent les mauvais réflexes d’abord dans leur cour.

Soyons attentifs. Soyons paritaires – et même mieux : soyons de toutes les parités.

On le dit, on le fait. Soyons ces oracles : échappons au prévisible.

Ouvrons nos théâtres, pour vrai, ouvrons les portes et les fenêtres et les esprits et les possibles,
 ouvrons les paysages et le futur, ouvrons grand, mettons-nous les mains dedans.

Ouvrons nos scènes. Ouvrons-nous le cœur.

Ouvrons-nous donc.

Bienvenue aux blessés. Bienvenue aux enfants.

Bienvenue aux morts et aux vivants.

Vous êtes ici chez vous.

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