Critiques

To Da Bone : Grands sauts

Laurent Philippe

Galvanisant, c’est le premier mot qui vient en tête pour qualifier To Da Bone, le spectacle présenté au FTA par (La)Horde, un collectif français mené par Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel. Sur une scène vide de tout artifice apparaissent neuf danseurs et une danseuse au sommet de leur art, le jumpstyle. Portée par une énergie peu commune, celle de ses interprètes de haut vol, la représentation est une réflexion sur les notions d’engagement, de révolte et de solidarité.

Laurent Philippe

Combattants-virtuoses

Né vers la fin des années 1990, avec la musique du même nom, le jumpstyle a été popularisé au début des années 2000. La danse se caractérise par de petits pas sautés, effectués sur le tempo. Lorsque les pieds du danseur touchent le sol, ils sont soit joints, soit écartés vers l’avant et l’arrière. Bien entendu, à partir des figures de base les interprètes de To Da Bone, virtuoses en jeans et vestes de sport, multiplient les variantes.

Exécutées en groupe ou en solo, investissant tout l’espace, leurs chorégraphies invitent une foule d’images percutantes, les styles les plus divers, les disciplines les plus variées. On pense aux guerriers d’autrefois et aux soldats d’aujourd’hui, aux militants d’ici et d’ailleurs, aux battles de hip-hop aussi bien qu’aux arts martiaux. On pense également aux athlètes, ceux du football aussi bien que du ballet. Le plus émouvant, c’est probablement le sentiment de découvrir une communauté en bonne et due forme, un groupe avec ses codes, ses convictions, ses rêves, ses combats, son histoire, sa culture, son langage et sa vision du monde, sans oublier ses dissensions et ses désillusions.

Tom de Peyret

De la rue à la scène

Après nous en avoir mis plein la vue, les danseurs, venus de neuf pays, s’adressent à nous, en anglais et en français, mais aussi en russe et en polonais, pour se raconter. Il est question des origines de leur art, des territoires où ils sont nés et ont grandi, de leurs premiers pas comme danseur, de leur apprentissage, le plus souvent grâce aux tutoriels du duo néerlandais Patrick Jumpen sur YouTube.

C’est que le jumpstyle appartient aux danses post-Internet, celles qui sont nées, se sont enseignées, ont été développées et démocratisées aux quatre coins du globe grâce au Web. Entraîner son art de la rue à la scène, le faire connaître au plus grand nombre, lui octroyer ses lettres de noblesse, favoriser son rayonnement et sa progression sans jamais renier ses origines urbaines et virtuelles, ce n’est pas un geste banal. En ce sens, les danseurs de To Da Bone sont d’exceptionnels ambassadeurs pour le jumpstyle.

Les dernières minutes du spectacle nous entraînent dans une tout autre ambiance, à la fois onirique et politique. À l’aide d’une caméra et d’un grand tissu blanc, les danseurs créent des effets somptueux, provoquent un dialogue entre les corps en scène et les visages sur l’écran. Puis, lorsqu’ils s’avancent vers nous, à contre-jour, silhouettes tragiques, manifestants déterminés émergeant d’un nuage de fumée, on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour celles et ceux qui mènent dans le monde entier le crucial combat des droits de la personne.

To Da Bone

Mise en scène et conception : Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel. Son : Aamourocean. Éclairages : Patrick Riou. Costumes : Lily Sato. Avec Valentin Basset aka Bassardo, Mathieu Douay aka Magii’x, Camille Dubé Bouchard aka Dubz, László Holoda aka Leslee, Kevin Martinelli aka MrCovin, Viktor Pershko aka Belir, Nick Reisinger aka Neon, Edgar Scassa aka Edx, Andrii Shkapoid aka Shkap, Damian Kamil Szczegielniak aka Leito et Michal Adam Zybura aka Zyto. Un spectacle de (La)Horde. Au Théâtre Rouge du Conservatoire, à l’occasion du Festival TransAmériques, jusqu’au 1er juin 2017.

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