Critiques

Entrez, nous sommes ouverts : Et je coupe le son!

Marion Gotti

Déconcertant, dérangeant, déroutant mais aussi hilarant par moments, le nouveau spectacle-laboratoire du Bureau de l’APA n’est pas de tout repos! Comme on dit, ça déménage! Sur le thème de la connexion, six interprètes, à la fois performeurs, musiciens, techniciens, explorent toutes les possibilités de mettre en contact des fils, des machines, leurs corps, et créent un grand désordre organisé, un chaos dont le sens ne se révèle pas facilement, au-delà de la révolte, du désir de changement et du plaisir de créer. C’est déjà pas mal… mais pas vraiment suffisant.

Marion Gotti

Dans une ambiance sonore de discothèque, un danseur se démène sur un petit tréteau en retrait, une DJ s’active à une grande table encombrée au centre et un technicien à sa console aux nombreux appareils veille, pendant qu’on nous lit quelques phrases-clés sur la recherche de «pensées non encore avenues», de «possibles inaperçus», qu’on appelle de ses vœux. Commence alors une suite ininterrompue de gestes, de bricolages, de raccords produisant des sons, des images sur un écran, tout cela interconnecté et souvent inattendu. En se servant de tout, d’une caméra, de micros, mais aussi de nourriture, de vin rouge, de feu, d’eau, de verre, de bois, de métal, puis de salive, de sueur et j’en passe, de nombreux éléments de costumes qu’on met, qu’on enlève, on connecte, déconnecte, et ainsi de suite.

L’insolite, ici indescriptible, provoque souvent le rire de l’assistance. Quelques images, comme le derviche tourneur avec son énorme cor surmonté d’une boule à miroirs, créent de la poésie. Des chansons, où l’on joue d’amplification et d’effets visuels étonnants, apportent des moments ludiques, voire touchants. Des phrases marquent quelques balises: «Le chemin qui va de l’idée confuse à l’idée claire n’est pas fait d’idées», nous précisant qu’il faut disposer sa pensée à accueillir les idées nouvelles… Mais il y a tellement de bidules sur cette scène qu’on n’arrive pas toujours à faire le lien… pour saisir ce qui se passe et, surtout, ce qu’on veut nous dire.

Explorateurs d’univers

Ces créateurs et créatrices ont une démarche des plus fertiles, leur audace est exemplaire, mais le danger, dans ce travail exploratoire, semble être d’oublier la finalité : car si la recherche porte, elle doit bien aboutir quelque part. Devant cette représentation, on a l’impression qu’elle pourrait se poursuivre encore longtemps, sans qu’il n’en ressorte rien de vraiment concluant. C’est comme si, dans l’accumulation, tout se banalisait.

Et puis, il faut le dire, la musique forte en décibels, le côté trash de l’ensemble, ne plairont pas à tous. Quelques spectateurs et spectatrices, n’en pouvant plus, sont d’ailleurs sortis avant la fin de cette heure trente qui s’étire. Le souhait des artistes de remettre en question la propriété, l’économie, l’amour tombe un peu à plat, comme si l’exploration ne dépassait pas le stade de l’intention. Dommage, comme public, on aurait aimé se sentir un peu plus connecté…

Entrez, nous sommes ouverts

Équipe de création: David Archambault, Frédéric Auger, Laurence Brunelle-Côté, Jasmin Cloutier, Julie Cloutier Delorme, Simon Drouin, Ludovic Fouquet, Danya Ortmann et Chloé Surprenant. Avec Frédéric Auger, Jasmin Cloutier, Julie Cloutier Delorme, Simon Drouin, Ludovic Fouquet et Danya Ortmann. Une coproduction du Bureau de l’APA, du Festival TransAmériques et des Productions Recto-Verso. À Espace Libre, à l’occasion du Festival TransAmériques, jusqu’au 3 juin 2017. Puis, toujours à Espace Libre, du 11 au 20 janvier 2018.

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