Entrevues

Antoine Carabinier Lépine : les barbus contre-attaquent

«C’est le mot qui nous décrit le mieux», révèle Antoine Carabinier Lépine afin d’expliquer que le dernier spectacle du Cirque Alfonse, la compagnie qu’il a cofondée en 2005 avec sa sœur Julie Carabinier Lépine et quelques amis et membres de leur famille élargie, s’intitule Tabarnak. «C’est sympathique, c’est spontané, c’est québécois, ajoute-t-il, et c’est ce que nous lancent en riant les gens que nous rencontrons à l’étranger lorsqu’ils apprennent d’où nous venons.»

C’est donc la dimension humoristique du terme qui sera mise de l’avant dans la nouvelle production du collectif auquel on doit déjà La Brunante, Timber! et Barbu. L’acrobate nous assure que la création, présentée à l’occasion du festival Montréal complètement cirque, n’aura rien d’iconoclaste : «Le spectacle ne parle pas de religion, ce n’est pas une critique ou une satire religieuse, mais plutôt de l’église comme lieu de rassemblement. D’ailleurs, il n’y a que des numéros de groupe dans le spectacle. Aucun solo.»

Il aurait pu être risqué d’aborder franchement la religion, car il faut aussi penser au potentiel d’exportation du spectacle, une réalité incontournable pour le Cirque Alfonse : «On n’a pas le choix d’aller ailleurs, confirme Carabinier Lépine. On aimerait pouvoir tourner à l’année au Québec, comme plusieurs cirques le font en France, mais ce n’est pas possible. Même si certaines salles pourraient physiquement nous accueillir, on choisit souvent de programmer un spectacle d’humoriste qui n’aura besoin d’aucune publicité. Il est extrêmement difficile de percer en régions.»

Question de rythme

Tenant néanmoins à présenter sa plus récente création au public de sa région natale, c’est dans une église de Saint-Alphonse-Rodriguez que la bande de joyeux lurons a fait ses cabrioles. Il est en effet primordial à leurs yeux de ne jamais se couper de leurs racines. D’ailleurs, les origines de la troupe se font entre autres sentir dans l’omniprésence, au sein de leurs productions, de la musique traditionnelle, dont on considère Lanaudière comme étant l’un des principaux bastions. Les numéros sont livrés au son d’une trame originale faite d’un amalgame de musiques traditionnelle et rock teinté de rythmes du monde et même de sonorités rappelant certaines rites religieux.

Celle-ci est interprétée en direct sur scène par des membres de la troupe afin d’ajouter au caractère organique de l’expérience. «L’orchestre est en symbiose avec les acrobates, explique le codirecteur artistique. Les musiciens nous suivent et nous aussi les suivons. Plutôt que de devenir mécanique, le spectacle reste vivant et plein de possibilités. Par exemple, si un artiste chute en tentant de faire une acrobatie, il peut se reprendre.»

Qui plus est, Antoine Carabinier Lépine conçoit le cirque contemporain comme un amalgame de diverses disciplines artistiques, non seulement la musique, mais aussi le théâtre et la danse contemporaine. «Aujourd’hui, un salto n’est plus seulement un salto, soutient-il. Grâce à la dramaturgie, il y a une émotion qui vient avec le saut et celle-ci fait partie intégrante du spectacle. C’est ça le cirque aujourd’hui.» Il ne nous reste plus qu’à découvrir quelles émotions seront suscitées par Tabarnak.

Tabarnak

Mise en scène : Alain Francoeur. Musique : David Simard. Scénographie : Francis Farley. Éclairages : Nicolas Descôteaux. Costumes : Sarah Balleux. Direction artistique : Julie et Antoine Carabinier. Support à la création : Alain Carabinier et Louise Lépine. Avec Antoine Carabinier Lépine, Julie Carabinier Lépine, Jonathan Casaubon, Jean-Philippe Cuerrier, Gen Morin, Nikolas Pulka, Josianne Laporte, David Simard et Guillaume Turcotte. Une production du Cirque Alfonse. À la Tohu, à l’occasion du festival Montréal complètement cirque, du 5 au 11 juillet 2017.

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