Critiques

Rêveurs définitifs : Cabaret de tous les possibles

Laurence Labat

Laboratoire de la magie nouvelle, le spectacle Rêveurs définitifs s’inscrit dans cette mouvance qui veut montrer, à travers la magie, une nouvelle façon de voir le monde, et plus seulement un divertissement pour public en mal de sensation.

Sorte de cabaret poétique, le spectacle pose la question de la limite entre le réel et l’illusion, de façon drôle et onirique, mêlant danse, jonglerie, clownerie, manipulation d’objets, magie et technologie. Les Français Clément Debailleul et Raphaël Navarro ont privilégié une mise en scène sur le modèle des spectacles de cabaret traditionnel, mais le contenu va autrement plus loin. Seule la musique accompagne chacun des numéros. Pour les représentations montréalaises, on a fait appel à Patrick Watson afin d’interpréter quelques «respirations» musicales.

Laurence Labat

La danseuse Ingrid Estarque ouvre le spectacle avec un numéro de hip-hop original dans lequel son corps quitte le sol, s’élève dans les airs ou se courbe jusqu’à défier les lois de la physique. C’est ensuite au tour du magicien Éric Antoine de jouer avec les objets et, à défaut de lapin dans son chapeau, de faire apparaître un tuyau de plastique vivant, avec lequel il va cabotiner.

On s’amuse ensuite avec Yann Frisch, qui déstructure le traditionnel numéro des balles dans un gobelet. Si la magie est son premier langage, il possède aussi des compétences hors normes en clownerie.

Le numéro le plus surprenant est certainement celui d’Étienne Saglio, sorte de croisement entre un jongleur et un illusionniste, doublé d’un créateur d’émotions. À partir d’une boule de plastique, il donne vie à une petite créature lumineuse fantomatique qui va s’envoler librement à travers la salle. Plongé dans le noir complet, le public suit les tribulations de ce spectre indomptable, capable également de se démultiplier. C’est certainement le numéro le plus poétique et le plus onirique de la soirée.

Laurence Labat

L’entracte sera, par contre, le prétexte à un numéro d’humour dans la grande tradition française. Éric Antoine et Yann Frisch se livrent à une parodie hilarante, où le public est pris pour cible sans retenue. La parole est libérée, voire débridée.

Plusieurs numéros perdent toutefois en profondeur et en intérêt au fur et à mesure de la soirée, comme le retour du clown-jongleur ou de la danseuse. La technique de l’hologramme a un potentiel romanesque certain. Le numéro où les comédiens passent de la scène à l’écran, avant de prendre vie dans le réel, est plutôt bien rodé, mais si vous n’êtes pas placé dans les sièges du centre de la salle, vous risquez d’en perdre tout l’intérêt à cause d’une visibilité réduite.

Au terme des 80 minutes du spectacle, on s’est un peu ennuyé à cause de la longueur de certains numéros, on s’est amusé et on a été ému. On a rêvé aussi, un peu…

Rêveurs définitifs

Conception et écriture : Clément Debailleul et Raphaël Navarro. Mise en scène : Raphaël Navarro. Éclairages : Elsa Revol. Avec (en alternance) Éric Antoine, Ingrid Estarque, Yann Frisch, Étienne Saglio, Calista Sinclair, Sarah Cerneaux, Gabriel D’Almeida Freitas, Léonie St-Onge et Mick Holsbeke. Invité musical : Patrick Watson. Une coproduction du Théâtre du Rond-Point et de la Compagnie 14 : 20. Au Théâtre Saint-Denis 2, à l’occasion du Festival Juste pour rire et du 375e anniversaire de Montréal, jusqu’au 22 juillet 2017.

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