Critiques

Bienvenue Welcome : Chambres communicantes

Jonathan B Cormier

Chaque été depuis 2001 on présente une création québécoise dans la charmante petite salle de l’Ancien presbytère de Granby. Sous la houlette de l’énergique Martin Gougeon ont vu le jour des spectacles marqués par l’ingéniosité, le talent et la conviction. C’est que la poursuite du rire se fait ici avec l’intelligence et le dosage qui manquent à plusieurs.

Jonathan B Cormier

Cet été, c’est la formule de la pièce à sketches qui a été retenue, un choix on ne peut plus «estival» qui offre une multitude de tons, de personnages et de rebondissements. Alors que cela peut paraître plus simple à accomplir, la soirée de courtes pièces présente un véritable défi : atteindre l’équilibre, donner une cohérence à l’ensemble, faire en sorte que les morceaux du puzzle s’emboîtent parfaitement. Heureusement, à cet art délicat, Gougeon et ses collaborateurs commencent à être rompus.

«Comédie écrite à 12 mains pour 4 comédiens et un lit double», Bienvenue Welcome nous entraîne dans une chambre d’hôtel à voyager dans le temps. Le périple, désopilant, nous guidera sur un siècle, des années folles au bogue de l’an 2000 en passant par l’après-guerre et les inénarrables années 1980, bien entendu avec tout ce que cela implique de changements dans la posture et la langue, sans parler des vêtements et des coiffures! Dans ce véritable feu roulant, les comédiens s’engagent avec autant de dynamisme que de précision, résistant admirablement à la tentation du cabotinage.

Jonathan B Cormier

Entre les scènes, on a placé des numéros de cabaret qui pourraient très bien avoir lieu dans le bar de l’hôtel, des performances musicales ou humoristiques qui vont du cinéma muet au stand-up en passant par la chanson country et le concours d’amateurs. En plus d’être irrésistiblement drôles, sans pour autant s’appuyer sur des imitations caricaturales, les apparitions de la Bolduc, de la Poune et d’Elvis Presley contribuent grandement à camper les différentes époques.

Si les scènes ne sont pas d’un égal intérêt, cela va de soi, il faut admettre que la moyenne est plutôt bonne. Et quand la situation est un peu moins étonnante, la truculence des personnages compense largement. Benjamin Déziel, Laurie Gagné, Martin Gougeon et Andrée-Anne Lacasse donnent à tous leurs rôles, les grands comme les petits, une identité, une singularité qui nous donne envie d’en apprendre davantage sur les protagonistes.

Jonathan B Cormier

Dépeignant des rituels de séduction pour le moins cocasses, les textes de Louis-François Grenier sont parmi les plus marquants de la soirée. En 1930, un gangster use de tendresse pour dérober à son complice sa part du butin. En 1945, c’est une nonne qui emploie des méthodes bien peu orthodoxes pour récupérer l’argent que lui a extorqué un malhonnête vendeur de brosses. En 1960, on assiste à la nuit de noces d’un couple de nouveaux mariés terriblement naïfs. Leur apprentissage des rudiments de l’amour charnel, alors qu’ils sont guidés au téléphone par la mère de la jeune femme, est un sommet comique.

La deuxième partie de la soirée est moins dense que la première, mais elle comporte une pièce de résistance, un hommage au soap opera signé Patrick Golau. Dans un registre qui s’apparente à celui du Cœur a ses raisons, les comédiens se lancent corps et âmes, pour notre plus grand plaisir.

Bienvenue Welcome

Textes : Martin Barry, Amélie Bergeron, Laurie Gagné, Patrick Golau, Martin Gougeon et Louis-François Grenier. Mise en scène : Martin Gougeon. Scénographie : Martin Gougeon. Costumes et accessoires : Marie-France Chouinard. Musique : Amélie Bergeron. Avec Benjamin Déziel, Laurie Gagné, Martin Gougeon et Andrée-Anne Lacasse. À l’Ancien presbytère (Granby) jusqu’au 23 août 2017.

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