Entrevues

Virginie Beauregard D. : ultime demeure

Après une incursion dans l’univers des adolescents avec Album de finissants de Mathieu Arsenault, la metteure en scène Anne-Sophie Rouleau et la scénographe Marie-Eve Fortier s’attardent maintenant aux chambres d’un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). D’abord présenté en mai au Jamais Lu, Le couloir des possibles porte en lui les émouvants messages de quelques résidents du centre Le Cardinal. La performance documentaire de la compagnie Matériaux composites sera donnée au ZH Festival dans une version remaniée. Entretien avec l’une des auteures, Virginie Beauregard D.

Marie-Eve Fortier

C’est sous la bannière du cycle Home Dépôt, qui s’interroge sur la notion de maison, que Rouleau et Fortier ont eu envie d’entrer dans un CHSLD pour s’inspirer de ceux qui y vivent. Comme les adolescents, les personnes âgées sont en marge de la vie active. Pour déplacer les frontières, investir ces territoires, les explorer, les deux créatrices ont fait appel à des artistes de divers horizons. Steve Gagnon, Claudine Vachon, Mathieu Arsenault et plusieurs autres, qui interpréteront aussi leurs textes, se sont rendus au Cardinal pour faire des rencontres hors du commun.

«Rouleau et Fortier ont privilégié une approche très expérientielle, indique Véronique Beauregard D. Le but, c’était de vivre le moment de la manière la plus complète et la plus profonde possible. Personnellement, je suis tombée sur une centenaire très lucide. Je me suis assise à côté d’elle, et nous avons regardé un cadre électronique qui faisait défiler des photographies de sa vie. Le plus difficile a été d’expliquer ce que je faisais là. J’ai essayé d’amener la discussion vers sa mémoire à elle. Elle m’a même confié sa peur de la mort.»

Immersion créative

Évitant un angle journalistique, ou même social, les auteurs ont plutôt été invités par les idéatrices à se laisser imprégner par ce qu’ils allaient vivre. «Il n’y avait pas beaucoup de contraintes dans l’écriture, si ce n’est le temps, explique Virginie Beauregard D. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on ne présente pas seulement des conversations peaufinées. Ces rencontres ont parfois été un prétexte à la fiction. C’était un point de départ.»

Marie-Eve Fortier

Virginie Beauregard D. avoue que le contexte a guidé la forme de son travail : «Ça m’a inspiré un dialogue en forme de boucle, lié à la perte de contrôle. La dame que j’ai rencontrée revenait avec les mêmes idées périodiquement. Elle oubliait que j’existais, se mettait à parler d’autre chose, pour finalement me demander qui j’étais. Malgré notre différence d’âge, j’ai réalisé que les éléments de base de nos vies sont les mêmes : l’amour, la mort…»

Chorégraphe fascinée par le monde des CHSLD, Ariane Boulet a passé des heures à observer les lieux, à découvrir la façon dont les corps s’y expriment. «Elle a utilisé sa mémoire du corps pour s’imprégner de plusieurs personnages, explique Virginie Beauregard D. Elle nous a ensuite transmis tout cela.» Après un accueil chaleureux au Jamais Lu, l’auteure admet qu’elle est bien enthousiaste de présenter le spectacle à nouveau au ZH Festival : «C’est une très belle occasion, une vitrine extraordinaire. Des créateurs ont quitté le projet, d’autres s’y sont joints. C’est une aventure pas banale qui se poursuit.»

Le couloir des possibles

Auteurs-performeurs : Mathieu Arsenault, Virginie Beauregard D., Ariane Boulet, Steve Gagnon, Anne-Marie Guilmaine, Benoît Landry, Marie-Louise Bibish Mumbu, Claudine Vachon, Jean-Christophe Réhel. Mise en scène et dramaturgie : Anne Sophie Rouleau. Scénographie : Marie-Eve Fortier. Une production de la compagnie Matériaux composites. À Espace Libre, à l’occasion du ZH Festival, le 28 juillet 2017.

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