Critiques

Ovo : Insectes d’aréna

Créé en 2009, Ovo donne à voir sous la loupe fantaisiste de la metteure en scène brésilienne Debrah Colker un monde inspiré par les insectes. En ouverture, le numéro d’antipodisme d’industrieuses fourmis rouges intègre des jeux icariens, avec kiwis et épis de maïs qui virevoltent, assaisonnés de prouesses en groupe du plus joli effet. Dans cette collection entomologique, un tissu aérien devient un cocon et des papillons forment aux sangles aériennes un duo parfaitement rodé.

Trois personnages assurent les numéros comiques à grand renfort d’onomatopées, de mime et de mimiques, avec des moments burlesques, un brin de slapstick et des bruitages imagés qui rappellent certains dessins animés. Le personnage central, l’irrésistible coccinelle interprétée par Michelle Matlock, plaira à toute la famille, autant que la chenille, sorte de slinky géant aux formes parfois agréablement saugrenues. Certains numéros ont une approche plus traditionnelle, moins chorégraphique, comme la contorsion ou le diabolo sur un axe vertical.

Pour l’excellent numéro de fil mou, une musique acoustique très appropriée accompagne Qiu Jiangming, à l’envers sur un monocycle ou en équilibre sur les mains dans un original dispositif acrobatique. La trame musicale aux forts accents brésiliens de Berna Ceppas propose aussi des moments funk et rock. Ainsi, le dernier tableau, très réussi, couvre tout l’espace scénique et donne une ampleur au mélange d’airtrack et de trampo-mur avec, en plus des sauteurs, des acrobates évoluant, telles des araignées agrippées aux prises d’escalade disposées sur le grand mur. Avec la guitare électrique, certains acrobates survoltés apparaissent comme des ninjas.

L’insectarium d’Ovo a désormais troqué le chapiteau contre le ciment et l’architecture industrielle des arénas, comme l’ont fait avant lui Saltimbanco et Varekaï (qui tirera sa révérence en décembre 2017 après 11 ans sous la tente et 4 ans en aréna). L’expérience du chapiteau est une des forces du Cirque du Soleil et la diffusion en aréna donne l’impression qu’un peu de magie s’évapore dans ce vaste espace où, paradoxalement, la machinerie peut encombrer le champ de vision alors que les performeurs semblent loin.

Ceux qui connaissent bien le cirque seront sensibles au haut niveau technique de plusieurs numéros d’Ovo. Ceux qui ont un faible pour le cirque de proximité, traditionnel ou contemporain, regretteront probablement le chapiteau ou la scène à l’Italienne. Par contre, ceux qui ont aimé Stone dans l’amphithéâtre trifluvien, qui vibrent pendant les grandes messes musicales ou encore qui sont adeptes des événements en aréna, trouveront certainement leur plaisir.

Ovo

Auteure, metteure en scène et chorégraphe: Deborah Colker. Directrice de création: Chantal Tremblay. Scénographie et accessoires: Gringo Cardia. Costumes: Liz Vandal. Musique et direction musicale: Berna Ceppas. Éclairages: Éric Champoux. Son: Jonathan Deans. Performance acrobatique: Philippe Aubertin. Maquillages: Julie Bégin. Une production du Cirque du Soleil. À la Place Bell jusqu’au 17 septembre 2017.

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