Entrevues

Peter James risque tout

Le Festival Phénomena et la Chapelle offrent une carte blanche au performeur Peter James. L’insaisissable artiste, champion de l’improvisation, concocte un cabaret contemporain, invitant à sa suite Emile Pineault (cirque), Lara Oundjian (danse, performance et vidéo) et Thomas Saulgrain (cirque et autres) pour quatre soirées uniques du 10 au 13 octobre: Le chant du singe – happening postpostpost.

En 35 ans, Peter James s’est acquis un public fidèle. Performeur, interprète, dramaturge, metteur en scène, chorégraphe et professeur, il a touché aux arts scéniques avec bien des cordes à son arc. Sa carrière multidisciplinaire a même grandi à l’international. Comment nous surprendre? Par une énième parodie de ballet? «Je me suis mis en danger, lance le créateur. Là plus que jamais. Je ne prépare rien. Je suis dans le néant depuis huit mois. Je veux que mon état de panique constante fasse partie du happening. Ce sera entre 30 et 40 minutes d’improvisation dans l’esprit du work in progress. J’aime le vide, la peur.»

Repousser les limites

Dans son camp de chasse, en Abitibi, Peter James affronte et conjure ses peurs. Mais à 60 ans, il inscrit ce néant en lui. «J’apporte des objets dans ma loge, mais même nu, à lui seul, mon corps raconte déjà beaucoup. J’accepte cependant de ne pas savoir quoi faire en scène. J’aime voir les gens dans l’incertitude et en état de survie durant une performance expérimentale. Que c’est beau!» Comme pour prolonger sa vision déjantée, atypique, le créateur a proposé à trois jeunes artistes de cirque qui font de la performance d’entrer dans sa «zone de risque». À chacun il a donné une carte blanche de vingt minutes.

La performance, est-ce la vie, est-ce la scène? «Je suis un lecteur compulsif de Walter Benjamin, d’Agamben, de Nathalie Heinich, explique James. Ils me permettent de mélanger vie, art et scène. J’enseigne aussi la présence à l’école de cirque, comment différencier jouer mal et jouer juste, être et paraître, cet avant-jeu des danseurs qui se contentent d’être en scène sans jouer. Depuis Pina Bausch, la danse a pris une très bonne place, éliminant selon moi les théâtreux!»

Très proche de l’interprète, Peter James joue avec son «corps total», viscéral, chorégraphiant la vie au théâtre. Comme chez Andrew Harwood, dit-il, chaque geste est vécu entièrement. Le corps est investi en entier. S’il utilise des mots, c’est en tant qu’éléments plastiques, pas comme texte, mais comme objet scénique. Des états spontanés, à la fois réfléchis et risqués, surgissent de son corps: «Il y aura de l’invention. Le son et la lumière m’accompagneront, nous serons, à trois, moins seuls!» Son souhait? Qu’un spectateur curieux et averti fasse l’expérience avec lui de ces états de dépassement de soi.

Le chant du singe – happening postpostpost

Créateur et performeur: Peter James. Éclairages: Karine Gauthier. Son: Francis Rossignol. Avec la participation spéciale d’Emile Pineault, Lara Oundjian et Thomas Saulgrain. Musique (pour Emile Pineault): Joël Lavoie. Éclairages (pour Emile Pineault): Julien Brun. À la Chapelle, à l’occasion du Festival Phénomena, du 10 au 13 octobre 2017.

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