Critiques

Déjà, au début… : Dans le ventre de l’orgue

Gauthier Mignot

Avec Déjà, au début…, Samsara Théâtre et Art Partage transportent les tout-petits au sein d’une forteresse ludique où l’exploration et l’imagination sont reines. Comme prémisse, il y a cette idée que tout, au commencement, est déjà là – tant chez l’enfant qui se développe que chez les jeunes spectateurs qui découvrent le théâtre pour la première fois.

Gauthier Mignot

«Résistez à l’envie de tout expliquer aux enfants. Ils ont des yeux, comme vous, et ils vont tout comprendre», soulignait aux adultes l’une des membres du personnel des Gros Becs avant la représentation. Et si certains ont manqué des petits bouts du spectacle, troublés par leur déracinement du quotidien, la majorité de la centaine de bambins n’en a pas perdu une miette. Les changements d’éclairage et de tons, l’apparition d’un objet, d’une image, le moindre détail était accueilli par des exclamations qui montraient que le spectacle était aussi limpide qu’imaginatif. Les concepteurs ont eu l’habileté de varier continuellement les ambiances pour conserver l’attention des petits – et la nôtre. En 35 minutes, nous avons traversé bien des univers et fait bien des découvertes.

En entrant dans la salle, nous sommes d’abord invités à faire une promenade derrière la scène, dans un sentier balisé par des tubes de carton et des balles lumineuses qui courent au sol. On entend déjà des sons qui résonnent et on découvre, dans les silos, des paysages découpés qui évoquent la forêt, la ville, les saisons.

Construire des mondes

Une fois tout le monde bien installé, un personnage, joué par Liliane Boucher, entre par une porte de la palissade cartonnée. On entend un battement de cœur et une berceuse étouffée qui nous laissent croire qu’elle est dans le ventre de sa mère, en attente de voir le monde. Mais voilà, le personnage ne se contente pas d’attendre sagement. Elle découvre, cachés dans les tubes qui l’entourent, des objets, des sons, des lumières. Et elle en vient à construire des mondes.

Gauthier Mignot

En tirant un voile, elle crée la mer. Avec des tubes, elle façonne un poisson. Avec ses pieds, elle devient sirène. Les projections et les sons ajoutent une nouvelle couche, mais déjà, juste avec quelques objets simples et quelques gestes, l’image était créée. Puis elle construira une ville, avec des viaducs, des grues et des avions, avant de partir en balade en forêt et d’explorer un paysage de congères. Après cette épopée, elle quittera finalement le cercle, pour repartir par où nous sommes entrés. Le tout s’enchaîne avec des gestes dansants et réfléchis. Liliane Boucher a le talent de capter l’attention par ses mimiques franches, mais jamais exagérées. On s’attache facilement à cette petite exploratrice qui n’a peur de rien et qui déplace des montagnes.

Tout le travail sonore donne l’impression qu’elle se trouve au cœur d’un orgue (les tuyaux de carton à la verticale renforcent cette impression). La scénographie, dans les tons de blanc et de beige, les éclairages et les projections se fondent complètement dans un spectacle soigné, vivant et harmonieux.

Déjà, au début…

Scénario: Jean-François Guilbault et Liliane Boucher. Mise en scène: Jean-François Guilbault. Scénographie et costumes: Cassandre Chatonnier. Éclairages: Cédric Delorme-Bouchard. Musique: Laurier Rajotte. Vidéo: Jason Hendricks et Éric Grice. Mouvement: Marilyne St-Sauveur. Avec Liliane Boucher. Une production de Samsara Théâtre et d’Art Partage. Aux Gros Becs jusqu’au 15 octobre 2017. À l’Arrière Scène du 22 au 26 octobre 2017.

Un commentaire

  1. Merci Josianne! « Dans le ventre de l’orgue. » C’est si beau cette façon de nommer la pièce! Ton regard est précieux et nous pousse à continuer notre recherche pour un théâtre pour la petite enfance!

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