Critiques

À la belle étoile : L’union fait la force

Michel Pinault

Si le Petit Chaperon rouge se fait dévorer par un loup retors, si Peau d’âne fuit l’amour incestueux de son royal père et si la Belle et la Bête peuvent sembler faire l’éloge du syndrome de Stockholm, il est certes possible d’arguer que le sort d’Hansel et Gretel se révèle le moins enviable de tous.

Non seulement les jeunes héros sont-ils abandonnés à eux-mêmes au beau milieu de la forêt par leurs propres parents n’étant plus en mesure de les nourrir – certaines versions du conte prêtent ces instincts dignes de la loi de la jungle à une belle-mère plutôt qu’à la mère des petits, histoire d’en atténuer l’horreur –, mais le duo a la malchance de tomber ensuite sur une sorcière anthropophage.

Jean Briand

Avec À la belle étoile, L’Illusion propose une version pour marionnettes d’Hansel et Gretel qui, tout en restant très près de l’œuvre écrite par les Frères Grimm, arrive à atténuer la terreur qu’elle contient intrinsèquement. Plutôt qu’un récit d’épouvante, la metteure en scène Claire Voisard signe un conte tout en tendresse et en espoir. Alors qu’au sein du Gretel et Hansel de Suzanne Lebeau, présenté en 2013 à la Maison Théâtre, la rivalité entre frère et sœur flirtait avec la cruauté, ici le lien qui unit le garçonnet et la fillette s’avère harmonieux, attendrissant, et cette solidarité leur procure beaucoup de force.

Plus encore, cette relation participe à insuffler non seulement de la douceur au spectacle, mais aussi de l’humour. L’amusante danse de la sorcière, interprétée avec allant par Salim Hammad, désamorce tout autant le potentiel tragique et angoissant de l’histoire. La voix feutrée et le sourire de Sabrina Baran apportent quant à eux un surcroît de bonhomie à l’ensemble.

Une esthétique soignée

Notons d’ailleurs que les deux interprètes sont à la fois acteurs, narrateurs ainsi que marionnettistes, et que les transitions d’un statut à l’autre se font sans heurts. Cette habile polyvalence trouve d’ailleurs écho dans la scénographie créée par Robert Smolik. Une structure de bois rappelant la forme d’une chaloupe supporte un hamac-xylophone (fait de lattes de bois de différentes tailles produisant différentes sonorités lorsque percutées), de même que certains éléments temporaires, telle une petite maison – dont on se servira pour créer des ombres chinoises – ou encore une branche symbolisant la forêt. Simple, mais ingénieux et fascinant à regarder.

Marie-Claude Pion-Chevalier

Les marionnettes à tige représentant les protagonistes, avec leurs têtes surdimensionnées et leurs vêtements de laine, captent elles aussi le regard du spectateur. Leur bouille amène et artisanale s’inscrit dans l’esthétique recherchée du spectacle, qui passe aussi beaucoup par les éclairages fins de Guy Simard. Le jeune auditoire a d’ailleurs fortement réagi, lors de la première, aux diverses ambiances créées par ces jeux de lumière. Pour le reste, il écoutait les péripéties qui lui étaient racontées avec ce qui avait toutes les apparences du ravissement.

À la belle étoile

Idéation, texte et mise en scène: Claire Voisard. Scénographie et marionnettes: Robert Smolik. Costumes: Sabine Voisard. Musique: Pierre Labbé. Éclairages: Guy Simard. Avec Sabrina Baran et Salim Hammad. Au Studio-Théâtre de L’Illusion jusqu’au 12 novembre 2017.

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