Critiques

Et voilà encore un beau dimanche de passé! : Après le spectacle

Marianne Duval

Dans leurs costumes de clown et d’ours polaire, Esther et Joël saluent, sous des applaudissements hors champ auxquels se mêlent bientôt ceux, bien réels, du public de la Maison Théâtre. Le rideau tombé (littéralement: par terre!), on les retrouve dans leur loge, contents de cette 153e représentation de leur spectacle… même si Joël reproche à sa partenaire l’intonation de sa dernière réplique: «Et voilà encore un beau dimanche de passé!»

Marianne Duval

Il lui indique comment elle aurait dû la dire, mais avec exactement la même intonation, ce qui fait bien rire les enfants (8 à 12 ans). Elle nie, il insiste et répète la fameuse réplique, toujours avec une prétendue nuance… absolument inaudible! Cette petite querelle à la Ionesco est vite balayée, car il faut justement balayer la neige sur la scène et se livrer aux autres tâches d’après-spectacle. Ce qu’ils feront durant toute la durée… du spectacle.

Créée en 2016 aux Coups de théâtre, la pièce du Français Philippe Dorin propose une visite pimpante de l’envers du décor. Ces dernières années, on avait pu voir de cet auteur, au même festival, Ils se marièrent et eurent beaucoup (de sa compagnie Pour ainsi dire), et Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu (spectacle des Deux Mondes qui sera repris à l’Arrière Scène en novembre 2017, puis à la Maison Théâtre en avril 2018). Préférant les formes éclatées à une trame linéaire, il évoque ici la vie ordinaire des acteurs et du régisseur une fois le public parti: ranger les accessoires, démonter le décor, mais aussi border la marionnette pour la nuit ou tenter d’expliquer à sa mère au téléphone pourquoi l’enfant qui ne jouait jamais a choisi comme métier de jouer.

Marianne Duval

Ponctuée de mots d’esprit, la pièce, toute simple, donne lieu à un réjouissant spectacle, grâce à la mise en scène inventive de Martin Boisjoly et à la prestation joyeuse d’Esther Beauchemin et de Joël da Silva. Grands complices sur scène, ils jouent ici avec un plaisir contagieux, comme des enfants, s’en donnant à cœur joie avec les lazzis. Conservant son costume d’ours parce qu’il le tient au chaud, Joël finit par s’en défaire après moult contorsions et non sans crainte d’être mordu! Le mélange du monde du théâtre et de vraie vie est ainsi propice à l’humour absurde, qui réjouit les spectateurs, petits et grands.

Discret mais efficace, Colin, le régisseur, doit toujours les rappeler à l’ordre, car ils ont la fâcheuse manie de faire de la scène un terrain de jeu ou une piste de danse, utilisant un caisson comme percussion pour entamer un rap, une perceuse électrique pour scander le riff célèbre de Deep Purple, Smoke on the Water…, ou alors se livrant à une salsa ou à une danse à claquettes. Ces intermèdes musicaux ne sont que quelques-uns des plaisirs auxquels les deux amis se livrent, stimulés par tout ce qui leur tombe sous la main.

Marianne Duval

Mais nous aurons la surprise de voir que le régisseur aussi aime jouer et qu’il caresse un rêve. Profitant de la scène vide pour y installer une ambiance, avec projecteur et fumée, il y déclamera quelques répliques de Prospero, monté sur des échasses. La scène est bien cet espace où sont possibles tous les rêves, de l’étoffe desquels nous sommes faits. Cette production du Théâtre Magasin et de la Vieille 17 nous dit essentiellement cela: le théâtre, ça ne sert à rien, sinon à rêver. C’est déjà beaucoup!

Et voilà encore un beau dimanche de passé!

Texte: Philippe Dorin. Mise en scène: Martin Boisjoly. Scénographie: Loïc Lacroix Hoy. Costumes: Marianne Thériault. Éclairages: Nancy Bussières. Musique: Louise Beaudoin. Son: Michel Robidoux. Chorégraphies: Joël da Silva. Marionnette: Colin St-Cyr Duhamel et Sandra Turgeon. Avec Esther Beauchemin, Joël da Silva et Colin St-Cyr Duhamel. Une coproduction du Théâtre Magasin et du Théâtre de la Vieille 17. À la Maison Théâtre jusqu’au 19 novembre 2017. À la Rubrique (Saguenay) les 24 et 25 novembre 2017. À Côté Scène (Sherbrooke) les 10 et 11 décembre 2017. Au Théâtre Hector-Charland (L’Assomption) du 23 au 25 janvier 2018. Aux Gros Becs du 7 au 11 février 2018.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *