Critiques

Une chambre de verre : Fascinant vivarium

Chantal Lévesques

Au début d’Une chambre de verre émergent du noir deux corps au sol qui se meuvent d’abord lentement, pour ensuite rouler enlacés, entrelacés en d’acrobatiques étreintes. Un remarquable duo acrobatique évolue en connivence et complémentarité dans cette pièce amalgamant main à main, équilibres, contorsion et aérien avec une structure acrobatique au plafond transparent. Un cirque vivant et vibrant, un art sans compromis dont les choix esthétiques ne sont pas motivés par la commercialisation.

Chantal Lévesques

Active depuis 2013, la compagnie Nord Nord Est a été initiée par Anna Ward et Benoit Landry. Première production de la compagnie, Le voyage d’hiver offrait une incursion circassienne à forte théâtralité dans l’univers musical et poétique du Winterreise de Schubert. Suit en 2015 un laboratoire, Les sports d’été, et l’installation-performance Habitats présentée au OFFTA. Avec Une chambre de verre, Nord Nord Est met le cap sur un territoire existentiel où l’individualisme dérisoire, face à la vastitude d’un univers infini, se mesure avec l’élan vital qui donne intensité et envergure aux actions qui nous procurent la sensation de participer pleinement à la pulsation de notre monde.

Artiste inspiratrice du projet, Valérie Doucet a travaillé notamment pour la Compagnie du Hanneton en France et l’australienne Circa. Elle incarnait récemment un personnage pétillant et souriant dans Saloon d’Éloize, mais performe ici dans un tout autre registre. Son partenaire Julius Bitterling, finissant de l’École nationale de cirque en 2017 et moitié du prometteur duo Julius et César, constitue une force calme et attentive cruciale dans cette œuvre.

Chantal Lévesques

Franchement contemporaine, la mise en scène de Benoit Landry explore avec audace les méandres d’une dualité se manifestant à plusieurs niveaux. Avec ses découpages anguleux aux faisceaux obliques, ses douches triangulaires et ses couloirs de lumière, l’éclairage souvent zoné d’Alexis Bowles, empreint de théâtralité, montre l’obscurité révélant la lumière. Combiné à la respiration marine ou tonique de l’univers sonore, à la scénographie et au langage circassien, il contribue à l’onirisme et à l’esthétique réussie d’Une chambre de verre.

Soulignons l’interprétation lumineuse et le magnétisme de Valérie Doucet, autant que son travail de recherche acrobatique qui a enrichi le langage chorégraphique circassien, résultant autant de l’extrême flexibilité et de la force en présence que de la créativité des interprètes. Des portés en mouvance constante, avec des mouvements en fluidité, nécessitent un effort sur la durée considérable. Petite forme à la fois terrienne et aérienne, Une chambre de verre exige des interprètes une maîtrise acrobatique et une très grande dépense d’énergie dont résulte une expérience sensorielle qui stimule l’imaginaire et la perception pour marquer la mémoire.

À voir pour le vocabulaire chorégraphique circassien, pour l’admirable paire d’acrobates et pour l’originalité de l’œuvre. À voir pour connaître un cirque en phase avec notre siècle.

Une chambre de verre

Mise en scène: Benoit Landry. Scénographie: Sarah Lachance et Benoit Landry. Costumes: Anna Ward. Éclairages: Alexis Bowles. Son: Colin Gagné. Musique: Colin Gagné et Benoit Landry. Avec Valérie Doucet et Julius Bitterling. Une production de Nord Nord Est. À la Tohu jusqu’au 18 novembre 2017.

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