Critiques

Petite Sorcière : Sous deux formes

Marie-Andrée Lemire

Grande Sorcière est très malade et, pour guérir, il lui faudrait cueillir une fleur magique qui pousse dans le bois. Avec sa fille, Petite Sorcière, elle part s’installer dans une cabane sombre et humide au fond de la forêt, lieu mystérieux de toutes les peurs enfantines. Mais la fleur magique n’existe pas, et un matin, Grande Sorcière ne se réveille pas, «ni le lendemain, ni le jour d’après, ni jamais…». Petite Sorcière arrive chez l’Ogre qui, malgré la promesse faite à Grande Sorcière de s’occuper de sa fille après sa mort, a très envie de la manger. Et comme il a très faim, il pourrait aussi dévorer le petit garçon que Petite Sorcière a rencontré en chemin. La petite fille va déployer ruses et courage pour résister à l’Ogre et à la tentation de devenir comme lui.

Marie-Andrée Lemire

Avec cette fable, l’auteur Pascal Brullemans et la metteure en scène Nini Bélanger (tandem auquel on doit le bouleversant Beauté, chaleur et mort et le très beau Vipérine) abordent le thème de la négligence et de la responsabilité des adultes envers les enfants. L’originalité du projet tient dans sa présentation en deux formes: un conte auditif, destiné aux enfants à partir de 6 ans, merveilleusement raconté par Emmanuelle Lussier-Martinez, et une pièce de théâtre, pour les jeunes de 10 ans et plus.

Dans un décor dépouillé figurant la chambre de Petite Sorcière, Emmanuelle Lussier-Martinez démontre dans la petite forme un réel talent de conteuse. Changeant de personnage par quelques modulations de voix (ou de micro), elle sait tenir en haleine son auditoire. Des images fortes et belles surgissent, et on se laisse entraîner dans l’histoire, tout en laissant l’imagination faire le reste. Le délicat habillement sonore de Mathieu Doyon crée une ambiance poétique et chaleureuse, tout en suggérant finement les changements de lieux.

Marie-Andrée Lemire

En revanche, la grande forme laisse une sensation d’inachevé. Les quatre personnages, interprétés par Emmanuelle Lussier-Martinez, Catherine Allard, Dany Boudreault et Gaétan Nadeau, perdent curieusement de leur puissance et de leur intérêt. Peut-être étaient-ils plus forts dans notre imaginaire? Un jeu convenu, des personnages frôlant la caricature, évoluant dans un décor qui, à force d’être simple, en devient insignifiant, viennent gâcher le plaisir qu’on avait éprouvé à l’écoute du conte.

Dans son passage à la scène, le texte écrit à la troisième personne, ce qui donne une certaine distance qu’il est parfois difficile d’abolir pour entrer véritablement dans ce qui est annoncé comme un «thriller fantastique», ne réussit pas à convaincre, et la pièce se réduit à une intrigue prévisible, où tout est bien qui finit bien: le méchant ogre est terrassé par l’ingénieuse petite fille, qui sauve son ami. Même la lumineuse Emmanuelle Lussier-Martinez, qui nous a éblouis dans la première forme, devient terne et sans relief. Dommage…

Petite Sorcière

Texte: Pascal Brullemans. Mise en scène: Nini Bélanger. Scénographie: Patrice Charbonneau-Brunelle. Costumes: Marilène Bastien. Éclairages: David-Alexandre Chabot. Son: Mathieu Doyon. Vidéo: Antonin Gougeon/HUB Studio. Avec Catherine Allard, Dany Boudreault, Emmanuelle Lussier-Martinez et Gaétan Nadeau. Une production du Projet MÛ. Petite forme: aux Écuries les 18 et 25 novembre 2017. Grande forme: aux Écuries les 17, 18 et 24 novembre 2017.

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