Critiques

Une excellente trilogie sur la vie : Dispersions contrôlées

Colin Earp-Lavergne

Au son des gouttes d’eau tombant d’une glace qui fond, voir un homme naître, porter ses jouets, éparpiller ses reflets brisés, puis se promener entre eux au risque de se blesser. L’acteur de formation Thomas Duret propose, dans Une excellente trilogie sur la vie, une heure de performance durant laquelle une certaine progression du temps et des variations autour du motif de la dispersion offrent peut-être une réflexion sur le fait de grandir, de vieillir.

Colin Earp-Lavergne

Le spectacle s’ouvre sur le grand corps maigre et anguleux de l’interprète. D’abord nu, il se vêtit au fil de tableaux, durant lesquels il interagit avec quelques objets choisis. Avec des gestes lents et posés, il examine un Slinky, tente d’assembler un casse-tête impossible en morceaux de verre, et se promène entre les filaments lumineux de projections traversant un nuage de fumée.

Des images de dispersion et d’éparpillement ponctuent les tableaux regroupés en trois sections qui symboliseraient l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse. Il y a d’abord un sac de billes échappé un peu par accident, puis l’éparpillement délibéré de pièces brisées d’un grand miroir, et finalement un épais nuage de fumée se formant sans l’intervention de Duret et qui se dissipe dans la salle. La trilogie pourrait être cette sorte de déclinaison des intentions dans le rapport à soi, à son corps.

Le spectacle, lui, ne s’éparpille pas et reste en contrôle. L’état un peu absent de l’interprète alimente d’ailleurs cette impression de maîtrise, mais rend aussi la performance assez froide et distante, même parfois lassante. Duret adopte un regard vide et manipule ses accessoires sans curiosité, émerveillement, détermination ni application. Il s’agit possiblement d’une attitude porteuse de sens, mais à l’intérieur de cette proposition elle semble mettre en échec les tensions pouvant naître de cette présence en scène.

Colin Earp-Lavergne

La construction du sens devient alors bien plus cérébrale que sensorielle, et moins scénique ou performative que ne l’annonce la démarche intrigante et ambitieuse du jeune artiste. Il importe toutefois de féliciter l’honnêteté de sa mise à nu, ainsi que ses tentatives de construction du sens par des tableaux hybrides et un montage réfléchi.

Maître de son spectacle, dont il signe la mise en scène et les chorégraphies, Duret s’est aussi entouré d’artistes aux pratiques nourries pour le conseiller. On compte parmi eux le performeur Peter James, un adepte du risque et de la recherche en création; la chorégraphe Olivia Sofia, membre du collectif pluridisciplinaire Castel Blast; et le concepteur d’éclairages Cédric Delorme-Bouchard, qui présentera son propre spectacle prochainement. Peut-être qu’en poursuivant ses rencontres et en approfondissant ses collaborations, le travail de Duret gagnera de la force? Car il faut avouer que de ce spectacle il reste finalement quelques impressions passagères, et surtout le son délicat, joliment incessant, des gouttes d’eau provoquées par la fonte d’une glace.

Une excellente trilogie sur la vie

Mise en scène et interprétation: Thomas Duret. Scénographie et accessoires: Lisandre Coulombe. Éclairages: Cédric Delorme-Bouchard. Conseillère au mouvement: Olivia Sofia. Conseiller dramaturgique: Peter James. Dramaturgie: Alexandre Lebeau. Une production du Théâtre du Baobab. À la Chapelle jusqu’au 8 décembre 2017.

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