Critiques

Mélanie sans extasy : Une pilule dure à avaler

Annie Éthier

Est-ce le titre de la pièce ou la citation de Viriginie Despentes lue dans le dossier de presse: «Arrêter la drogue, c’est accepter l’ennui»? Toujours est-il que je marchais de bon train rue Ontario mardi soir en direction du Théâtre Prospero, comme un imbécile heureux qui a retenu les mauvais mots (extasy, drogue), réjoui d’avance de se prendre une bonne claque. J’en ai été quitte pour une tasse de thé, enlisé quelque part entre un centre de méditation estrien et un bungalow de banlieue.

Mélanie (Véronique Pascal) n’a jamais vraiment fait le deuil du suicide de son père, survenu quand elle avait 14 ans. Depuis, elle fuit dans les raves et le chimique, refuse de s’engager même quand elle tire le bon numéro, Hubert (Éric Robidoux). Seulement, voilà, à 34 ans, ça commence à devenir pathétique, surtout quand il n’y plus rien à attendre du travail, aliénant à souhait, et ce n’est pas sa sœur Annie (jouée par Édith Paquet, l’auteure) qui va l’aider. En effet, celle-ci ne se gêne pas pour la critiquer vertement lors de soupers tout ce qu’il a de plus rébarbatifs. A posteriori, de sa retraite de yoga en Estrie, Mélanie revit ces épisodes, en attente d’une «illumination» qui changerait sa vie.

Annie Éthier

La première véritable pièce d’Édith Paquet – elle a signé préalablement de courts textes joués à la Licorne – est une comédie dramatique rarement drôle qui ne trouve jamais son équilibre, son plus sérieux handicap étant son sujet. Le mal de vivre typiquement occidental d’une trentenaire qui se cherche et qui essaie tant bien que mal de comprendre son absence au monde sans y parvenir, ça n’est pas exactement neuf. Pour s’en tirer avec les honneurs, il faut à la fois du talent qui sort par les oreilles et beaucoup de métier.

Paquet ne manque peut-être pas de talent, mais elle ne parvient pas à éviter les stéréotypes et ses personnages apparaissent caricaturaux, comme celui d’Annie, psychorigide insupportable – très bien rendue, du reste – et son mari sympathique mais soumis (Louis-Olivier Mauffette). En chemin, l’auteure tombe à répétition dans les clichés, une explication entre Mélanie et Annie en fournit un bouquet: «T’as pas le monopole de la souffrance», «La famille, on l’a pas choisie, mais c’est la seule qu’on a». On peut retourner cela à sa guise, avec le chandelier et le Colonel Moutarde dans le living-room si ça nous chante, ça reste banal.

Dans le rôle-titre, Véronique Pascal déçoit. Son interprétation est inconstante, amorphe et terne par moments. Les intentions du personnage ont-elles été clairement définies? La direction d’acteur a-t-elle été menée avec toute l’attention requise? Comble de malheur, l’effet de contraste joue en défaveur de la comédienne: les autres acteurs sont tous bons. Le jeu de Marc-François Blondin en Charlo, illuminé de yoga aux yeux de merlan frit et dégoulinant de paix intérieure, réussit à faire sourire.

Annie Éthier

Rien à redire sur les interprétations de Robidoux et de Maufette, ce dernier brossant malgré tout un beau-frère pittoresque en camaïeu de beige. L’acteur tient d’ailleurs la meilleure scène de la pièce lorsqu’il se dédouble en Toshiro Mifune, samouraï autoritaire, martelant ses quatre vérités à Mélanie. La scène fait office de pivot, mais elle survient tard et on se demande pourquoi Paquet a tenu à la dédramatiser complètement en y insérant des blagues qui tombent à plat. Bref, beaucoup de maladresses à la conception, ce sera partie remise pour la révélation.

Mélanie sans extasy

Texte: Édith Paquet. Mise en scène: Nicolas Gendron. Scénographie: Joëlle Harbec. Costumes: Leïlah Dufour Forget. Éclairages: Renaud Pettigrew. Son: Gaël Lane Lépine. Avec Marc-François Blondin, Louis-Olivier Mauffette, Édith Paquet, Véronique Pascal et Éric Robidoux. Une production du Choix de la Présidente. Dans la salle intime du Théâtre Prospero jusqu’au 17 mars 2018.

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