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Critiques

L’Effet Hyde : Sombres desseins

Mathieu Doyon

Quatre artistes accomplis ont choisi d’explorer les chambres obscures de l’inconscient à partir de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, écrit par Robert Louis Stevenson à la fin du 19e siècle, adapté ici par Francis Monty, également en scène. «Une sale histoire à manipuler avec des gants blancs», cadrée à Londres, où un citoyen en apparence honorable se transforme en monstre aux instincts violents.

Mathieu Doyon

Dès l’entrée des spectateurs, une activité règne sur le plateau: les artistes échangent entre eux à voix basse, ajustent des éléments de leur installation. Tout au long de L’Effet Hyde, ils assureront le son et l’éclairage. L’époque victorienne a inspiré l’imagerie de cette production résolument contemporaine qui utilise le théâtre d’objets, incluant la marionnette, dans une scénographie parfois mouvante où l’ombre et la lumière jouent un rôle crucial tout autant que la musique en direct. Le guitariste Bernard Falaise enrichit les atmosphères dramatiques par ses textures sonores et contribue de façon prenante aux moments forts du spectacle.

De l’alliance de Marcelle Hudon avec le Théâtre de la Pire Espèce résulte une création complexe et ludique avec différents niveaux de jeu, des manipulations sophistiquées et un fascinant artisanat qu’on ne se lasse pas d’observer. La gestuelle de Marcelle, toujours précise, et son jeu au large registre en font une interprète de choix. Francis Monty amène son style à l’humour bien dosé, où le jeu décalé et alerte s’ajoute à la verve et au ton vif de ses textes aux accents par moments malicieusement grandiloquents.

Pixèle-moi est une fable aux accents technologiques vintage présentée par le RétroColectivo à la pièce ou en première partie de L’Effet Hyde. Maxime Dugas et Mariane Benny Perron font passer un très agréable moment par la façon dont ils recyclent l’esthétique d’anciens jeux vidéo aux images pixellisées avec l’utilisation d’un rétroprojecteur et d’acétates, minutieusement bricolées et animées par Camila Paz et Alix Mouysset. Au détour d’une partie historique de «Noentendo», Platon surgit et propose au héros de changer de niveau… de conscience. Ce dernier choisit la vérité et ses péripéties nous font passer, entre autres, par un tableau aux effets psychédéliques accompagné de la guitare de Nicolas Clemesac qui nous sert un Purple Haze tout à fait approprié. Le tout se termine par un passage à la troisième dimension et un dénouement a contrario des stéréotypes du genre.

Les manipulations apparentes pour la fabrication d’images et la musique en direct constituent des valeurs ajoutées pour ces deux pièces aux propos forts différents. À voir sans l’ombre d’un doute.

L’Effet Hyde

Texte: Francis Monty, d’après L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson. Mise en scène: Marcelle Hudon et Francis Monty. Masques, marionnettes et scénographie: Marcelle Hudon. Musique: Bernard Falaise. Collaboration à la création: Louis Hudon. Costumes et conseils scénographiques: Julie Vallée-Léger. Éclairages: Thomas Godefroid. Avec Bernard Falaise, Louis Hudon, Marcelle Hudon et Francis Monty. Une coproduction de Marcelle Hudon et du Théâtre de la Pire Espèce. Aux Écuries jusqu’au 24 mars 2018.

Pixèle-moi

Textes: Maxime Dugas. Mise en scène: Mariane Benny Perron. Conception visuelle: Camila Paz. Son: Nicolas Clemesac alias Pompet’, Rémy Girard et Sophie Bérubé. Éclairages: Jérémi Guilbault-Asselin. Conception de la «boîte»: Pierre-Alexandre Migneault. Accompagnement artistique: Olivier Ducas. Avec Camila Paz, Nicolas Clemesac alias Pompet’, Alix Mouysset et Maxime Dugas. Une production du RétroColectivo. Aux Écuries jusqu’au 24 mars 2018.

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