Critiques

Philadelphia High School : Se confondre en admiration

Olivier Courtois

«Jusqu’où peut-on aller dans l’adoration d’une chose? Existe-t-il une limite à l’amour que le public peut porter à ses idoles? Que veulent ces fans et quel manque cherchent-ils à combler? Qu’arrive-t-il si les admirateurs deviennent les héros de leur propre “fanfiction”?». Le synopsis annonçait pourtant la couleur. Avec Philadelphia High School, on allait pousser un peu plus loin nos réflexions sur le fanatisme, sur notre dépendance au virtuel et sur l’idolâtrie au temps d’Instagram. À vrai dire, il n’en a rien été. Ou pas grand-chose. La faute à un texte pauvre et à une vision simpliste de l’adolescence.

Olivier Courtois

Présentée par l’Escadron Création et Rouge arrête vert passe, la pièce met en scène dix adolescents, admirateurs absolus d’une célèbre émission qui va disparaître après cinq saisons pleines de «rebondissements». Sauf que l’épisode final n’est pas à la hauteur des attentes de notre joyeuse équipe, qui décide de repenser ce dernier afin notamment de sauver la peau du personnage principal. Les dix amis se retrouvent donc dans leur sous-sol de banlieue et redonnent vie à l’émission grâce à des vidéos publiées sur YouTube. Cette fanfiction devient alors rapidement pour eux une obsession, qui gomme peu à peu les frontières entre la réalité et la fiction, faisant s’entrechoquer culture populaire et virtualité, sexualité et affirmation d’identité.

Ouvertement dédiée aux 15-25 ans, la pièce ne rate pas sa cible et parviendra certainement à trouver son public. Sauf que l’œuvre signée et mise en scène par Jonathan Caron (coauteur de Starshit, 2016) a la fâcheuse tendance à prendre les ados pour des «presque pas de cerveau», avec une sacrée dose de clichés et de lieux communs sur la génération: dépendance aux séries et aux téléphones, difficile quête d’affirmation, amitiés élastiques, premières amours et premières brosses.

Olivier Courtois

«À trop faire semblant, on finit par y croire», prévient le metteur en scène dans le programme. Malheureusement, on a bien du mal à y croire tant la direction d’acteurs semble confuse. D’ailleurs, pendant les 95 minutes que dure le spectacle, on se demande si crier est la seule nuance dans le jeu des dix jeunes comédiens. Pour la subtilité donc, on repassera. D’autant que Philadelphia High School multiplie les longueurs et les choix douteux du début à la fin autour d’une intrigue qui n’en est pas vraiment une, et de jokes qui ne sont pas souvent drôles.

En fin de compte, difficile donc de savoir si Jonathan Caron joue volontairement avec les clichés pour caricaturer l’univers de la génération Z. Ou s’il a voulu les balancer à la face du public pour mieux les dénoncer. Le résultat est plus proche d’une mauvaise série de Disney Channel que d’une critique finement acérée d’une génération, de ses codes et de ses paradoxes. Une série de Disney Channel avec des «fuck» dedans.

Philadelphia High School

Texte et mise en scène: Jonathan Caron. Conseiller dramaturgique: Guillaume Corbeil. Concepteurs: Olivier Courtois, Caroline Daigle, Myriam DeBonville, Cédric Delorme-Bouchard, Kristelle Delorme, Jenny Huot, Fany Mc Crae, Noémi Paquette et Habib Zekri. Avec Geneviève Bédard, David Bourgeois, Yannick Coderre, Katrine Duhaime, Marie-Ève Groulx, Marina Harvey, Alexandre Lagueux, Simon Landry-Désy, Magali Saint-Vincent et Kevin Tremblay. Une coproduction de L’Escadron Création et de Rouge arrête vert passe. À la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 31 mars 2018.

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