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Critiques

Comment je suis devenu musulman : Mariage forcé

Patrick Lamarche

Un petit thé à la menthe? Dès l’entrée de la Licorne, Comment je suis devenu musulman amadoue le spectateur par les papilles en lui proposant un verre de thé «à la marocaine», comme une introduction sucrée au folklore qui va suivre. Musique arabisante, youyous et danses traditionnelles ouvrent cette comédie dramatique produite par Simoniaques Théâtre, démonstration par la caricature sur la difficulté à instaurer le vivre ensemble, sans doute bienveillante dans ses intentions, mais qui n’échappe pas à quelques dommages collatéraux.

Patrick Lamarche

Cela fait trois ans que Jean-François (Benoit Drouin-Germain) et Mariam (Sounia Balha) se fréquentent. La rencontre initiale avec la mère de Mariam (Nabila Ben Youssef) laisse entrevoir les ressorts dramaturgiques: pas question que sa fille épouse un non-musulman. «Faut-il croire en Dieu?», questionne le futur époux, peu séduit par l’idée de se marier, encore moins par celle de se convertir à l’islam. «Ça n’est pas la question», rétorque la future belle-mère, dévoilant ainsi toute l’hypocrisie de la transaction matrimoniale que l’auteure Leïla Slimani a brillamment mise à jour dans Sexe et mensonges – la vie sexuelle au Maroc (Les Arènes, 2017). L’honneur des deux familles est en jeu; chacune livrera sa version du mariage en une cacophonie bien orchestrée. Balle au centre.

Dans la veine du film à succès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu?, Simon Boudreault crée un spectacle grinçant sur ces préjugés qui grippent encore notre société. Il force le trait sans vergogne et cette approche, justement, provoque un rire très sélectif auprès d’un public généreusement communicatif le soir de la deuxième représentation. Ce serait passionnant si la pièce, septième création de la compagnie, n’était pas aussi frustrante et paresseuse dans son contenu, lequel semble avoir à cœur de dérouler sur un tapis rouge tous les poncifs religieux et culturels. Séance d’exorcisme chez les cathos, cartomancie et chiromancie chez les Arabes. Mariage trop précoce pour une génération au Québec, union arrangée au Maroc. Voile chez les uns, donc foulard chez les autres (selon une pirouette imposant un tout autre ton à la deuxième partie de la pièce). Et la réduction suprême: thé à la menthe ou champagne au mariage? N’en versez plus.

Patrick Lamarche

L’auteur et metteur en scène prend bien soin d’arbitrer un match nul, pour que dominent sans ambiguïté tolérance et laïcité. Ce souci d’équité culmine dans un jeu-questionnaire religieux renvoyant dos à dos les principales religions par la violence de leurs textes sacrés. Comme si ces dernières, par une pirouette rhétorique, pouvaient toutes s’annuler au profit d’un terrain neutre laïc. Une énième leçon pour nous dire, au cas où ne l’aurions pas compris, que rien ne vaut l’absence de religion. Consolation: le metteur en scène a réuni une excellente équipe d’acteurs d’origines diverses, qui offrent de beaux moments de jeu et se prêtent avec brio aux séquences burlesques plutôt réussies. Mais ce n’est pas suffisant pour effacer le sentiment d’un sujet seulement effleuré au détriment d’un minimum de délicatesse dans son traitement.

Comment je suis devenu musulman

Texte et mise en scène: Simon Boudreault. Scénographie: Richard Lacroix. Costumes: Suzanne Harel. Éclairages: André Rioux. Musique: Michel F. Côté. Avec Sounia Balha, Nabila Ben Youssef, Benoît Drouin-Germain, Michel Laperrière, Marie Michaud et Manuel Tadros. Une production de Simoniaques Théâtre. À la Licorne jusqu’au 21 avril.

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