Critiques

Hroses : Histoire de l’amour

Svetla Atanasova

Une histoire d’amour naît, vit et meurt sous nos yeux. Elle est unique, mais ressemble pourtant à beaucoup d’autres. C’est une histoire d’amour qui raconte l’amour comme une histoire, avec un début et une fin. Elle est aussi une ode à ce cœur qui bat dans la poitrine, pas toujours au même rythme, pas toujours de la même façon, pas toujours à la même place. Et parce que «la position du cœur change souvent pendant une vie», elle nous renvoie, presque malgré nous, à l’impermanence des sentiments. Elle nous rappelle, dans un dernier souffle teinté d’un optimisme contraint, que «ce n’est pas parce qu’on est au peloton d’exécution qu’on va se faire tuer».

Svetla Atanasova

Inspirée d’une liaison impossible que l’auteure Jill Connell a entretenue pendant quatre ans, Hroses est la représentation de la beauté de cette relation autant que de la souffrance née de l’incapacité pour elle à l’endurer. Elle met en scène une femme, Lily, et un homme, Ellery, qui vont se rencontrer, s’aimer, se haïr, s’aimer encore, se détester et se quitter. Le tout est servi par des passages introspectifs où chaque personnage se plonge dans ses propres sentiments, ses propres fantasmes et ses propres certitudes.

Cette relation ultra réaliste contraste avec l’univers onirique qui semble l’envelopper. Présent tout au long de la pièce, le cheval en est un des éléments essentiels. Il représente l’amour que l’on ressent, que l’on s’invente et que l’on écrit comme on veut. D’ailleurs «horses» devient «hroses» entre les mains d’Ellery. Dans ce décor à la frontière du réel, l’amour se délite comme les tunnels de la mine de sucre dans laquelle Ellery transpire chaque jour et se recouvre peu à peu de papillons de nuit, symbole d’une mort inéluctable.

Svetla Atanasova

Le public est placé de part et d’autre du plateau, créant une communion qui nourrit un spectacle dont la force réside avant tout dans le texte, qui réussit remarquablement la rencontre entre le français et l’anglais, grâce notamment à une dramaturgie bilingue de haute voltige signée Mireille Mayrand-Fiset. C’est d’ailleurs ce bilinguisme qui donne à la pièce son côté universel, et qui permet, paradoxalement, de déplacer le sens un peu plus loin que sur le seul langage. Du texte sortent alors les sons, les lieux, les rêves, les fantasmes, les corps aussi. Le travail de Tedi Tafel sur le mouvement, tout comme la scénographie et la conception vidéo d’Ishan Davé, apportent grâce et volupté à un ensemble d’une pureté inouïe.

Quant aux deux acteurs sur scène, ils ne sont pas bons, non. Ils sont excellents. Frédéric Lemay et Sascha Cole sont d’une justesse étourdissante et campent l’homme et la femme, amoureux et amoureuse, avec leurs failles, leurs écueils, leurs paradoxes et la sincérité de leurs émotions. On a tellement envie de croire à leur histoire que l’on tombe un peu amoureux de chacun. Dans Hroses, il y a «roses». Pour son texte comme pour ses choix de mise en scène, Jill Connell ne mérite rien de moins.

Hroses: Outrage à la raison

Texte et mise en scène: Jill Connell. Traduction française et dramaturgie bilingue: Mireille Mayrand-Fiset. Mouvement: Tedi Tafel. Concepteurs: Paul Chambers, Ishan Davé, Matthew Pencer, Claudia Dey et Heidi Sopinka. Avec Sascha Cole et Frédéric Lemay. Une production de It Could Still Happen. À la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 14 avril 2018.

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