Critiques

Le bizarre incident du chien pendant la nuit : Perception du monde

Voici une belle façon pour Michel Dumont de tirer sa révérence après 27 ans à la barre de la Compagnie Jean-Duceppe. La dernière pièce de sa dernière saison est tout simplement excellente. L’adaptation du roman de Mark Haddon par l’auteur britannique Simon Stephens, Le bizarre incident du chien pendant la nuit, a déjà fait ses preuves à Londres comme sur Broadway en remportant de nombreux prix. Hugo Bélanger, qui en signe la mise en scène montréalaise, se montre largement à la hauteur de ce succès international en y insufflant une bonne dose d’inventivité et de poésie.

Caroline Laberge

Bélanger en est à sa troisième mise en scène chez Duceppe, après Peter et Alice en 2014 et Harold et Maude en 2017, toujours avec Sébastien René, qui incarne ici Christopher Boone, un garçon de 15 ans atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. Ce qui est fascinant dans le roman, comme dans l’adaptation théâtrale, c’est la perception différente du monde par cet adolescent obsédé par les chiffres et possédant une mémoire phénoménale en plus d’être surdoué en mathématique. Sa vie se trouve bouleversée lorsqu’il découvre le cadavre du chien de sa voisine et décide de partir à la recherche du meurtrier. Parce que s’il possède des dons particuliers, Christopher souffre également de fortes incapacités sociales. Par exemple, il n’aime pas les étrangers et il a horreur de tous contacts physiques. Son enquête devient alors une véritable aventure où il doit aller au-delà de lui-même, surpasser ses peurs et briser sa routine réglée à la minute près.

Bélanger a opté pour un plateau vide dont la scénographie ingénieuse de Jean Bard est magnifiquement complétée par les projections de Lionel Arnould. Les images projetées sont particulièrement efficaces quand elles donnent à voir la représentation mentale chaotique de Christopher. Le traitement de la vidéo est remarquable. En utilisant le plancher et le mur du fond, les projections nous offrent une plongée dans l’imaginaire complexe du garçon. Cette utilisation brillante de l’espace donne toute la dimension poétique de la pièce. De plus, la sobriété de l’espace scénographique laisse toute la place au drame familial. Hugo Bélanger réussit un parfait dosage dans le jeu des acteurs, ne reniant pas son amour d’un jeu théâtral, il n’en abuse toutefois pas.

Caroline Laberge

La narration est partagée entre Christopher, Siobhan, sa professeure (Catherine Dajczman), et le reste de la distribution, qui cumulent de nombreux rôles. Le père (Normand D’Amour) et la mère (Catherine Proulx-Lemay) portent en eux une charge émotive qui atteint le public directement. Sébastien René est tout simplement fabuleux, en jouant avec nuances et vérité un personnage d’une extrême complexité. Adèle Reinhardt et Cynthia Wu-Maheux apportent la dimension comique. Avec leurs personnages de composition, ce sont celles qui osent le plus dans un niveau de jeu théâtral, sans toutefois verser dans la caricature. C’est donc avec une grande maîtrise de la scène que Bélanger a dirigé cette pièce qui mérite d’être largement diffusée et demeure accessible à tous les publics.

Le bizarre incident du chien pendant la nuit

Texte: Simon Stephens, d’après le roman de Mark Haddon. Traduction: Maryse Warda. Mise en scène: Hugo Bélanger. Scénographie: Jean Bard. Costumes: Marie Chantale Vaillancourt. Éclairages: Luc Prairie. Musique: Ludovic Bonnier. Accessoires: Normand Blais. Vidéo: Lionel Arnould. Avec Stéphane Breton, Normand D’Amour, Catherine Dajczman, Lyndz Dantiste, Milva Ménard, Catherine Proulx-Lemay, Adèle Reinhardt, Sébastien René, Philippe Robert et Cynthia Wu-Maheux. Au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 19 mai 2018.

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