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Entrevues

Jocelyn Pelletier : le rituel tragique

Jules Ronfard

Soucieux d’intensifier l’expérience théâtrale, et même de la radicaliser, Jocelyn Pelletier puise à la vidéo, flirte avec la performance, emprunte aux arts plastique et sonore. C’est dans cet esprit de renouvellement des traditions et des classiques qu’il s’est attaqué à Shakespeare. Le metteur en scène s’apprête à présenter au OFFTA une deuxième mouture de Mac(death), un premier laboratoire ayant été réalisé en août 2017, au Studio d’essai de Méduse, au terme d’une résidence de création organisée par Recto-Verso.

Exploration scénique et textuelle, un objet que le créateur n’hésite d’ailleurs pas à qualifier d’étrange, Mac(death) fait de la musique en direct «un élément actif de l’expérience théâtrale». «Nous sommes en présence d’un band, explique Jocelyn Pelletier. Dans ce groupe, qui s’appelle Mac(death), chaque membre campe l’un des protagonistes de la pièce de Shakespeare: Macbeth, Lady Macbeth, Banquo. Quant à Érick D’Orion, concepteur sonore, aussi sur scène, il représente les sorcières, qui à leur tour s’incarnent en différents personnages: un messager, Ross et Angus, le roi Duncan, etc.» Selon Pelletier, la manipulation des instruments de musique entraîne les comédiens «dans une zone très physique, fragile et concrète, un état brut qui rend justice à la partition textuelle»: «Les actions scéniques réelles du band font écho, grâce à la machinerie théâtrale et à la connaissance générale de la tragédie de Macbeth, à divers moments clés de la fiction. C’est cette posture performative qui nous libère du psychologisme et provoque, je crois, une réaction différente face à l’œuvre.»

Iconoclaste, certes, le créateur n’en est pas moins respectueux envers la pièce du grand barde. «La beauté poétique sombre et cruelle de Macbeth me fait vibrer, explique-t-il. La déchéance des personnages, leur chute, tout cela me fascine et m’effraie à la fois. En ce sens, le spectacle est une ode incantatoire et cathartique. Je souhaite célébrer la théâtralité de l’œuvre le plus authentiquement et viscéralement possible, et non pas de la limiter à un commentaire social ou encore cynique sur notre société. J’ai envie d’y aller à fond pour qu’émane une certaine beauté à travers un rituel scénique inspiré de la tragédie de Macbeth.» Pour étayer son propos, le créateur cite L’insignifiance tragique, un essai de Florence Dupont paru chez Gallimard en 2001: «Le texte, étant ce par quoi le rituel s’enracine dans l’actualité et l’accidentel, n’a pas en conséquence à apporter de message philosophique ou une vérité dépassant le cadre temporel de l’évènement rituel.»

La présentation de ce laboratoire à l’occasion du OFFTA va permettre à Jocelyn Pelletier et ses collaborateurs de valider la cohérence de leurs choix dramaturgiques. «On verra si les fragments d’histoire retenus sont suffisants, explique le metteur en scène. Si on a besoin d’une plus grande linéarité temporelle pour suivre la performance. Ce qu’on souhaite, c’est que le spectateur soit posé devant un objet assez radical pour le faire vibrer et même lui hérisser les poils. L’expérience que nous recherchons est hautement sensorielle.»

Mac(death)

Idéation, adaptation du texte, mise en scène et scénographie: Jocelyn Pelletier. Son: Érick D’Orion. Vidéo: Francis-Olivier Métras. Éclairages: Martin Sirois. Costumes: Kate Lecours. Avec Caroline Boucher-Boudreau, Érick D’Orion, Jean-Étienne Marcoux, Maxim Paré-Fortin et Guillaume Perreault. Au Studio du Monument-National, à l’occasion du OFFTA, les 26 et 27 mai 2018.

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