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Critiques

Titans : Cirque absurde

Elina Giounanli

Le performeur grec Euripides Laskaridis s’amène au FTA, pour la première fois à Montréal, avec une création bien distrayante, amusante par moments, où il fait flèche de tout bois pour susciter l’étonnement. Tout lui est en effet prétexte à produire du son, de la lumière, du mouvement, des éclats à partir d’objets détournés de leur usage, avec l’aide d’une machinerie sophistiquée de mini-rampes d’éclairage, de poulies, de micros, d’appareils divers, de styromousse et de neige sèche. Un bric-à-brac qui sert sa folie, mais dont on peut interroger la finalité.

Elina Giounanli

La représentation consiste en un duo, où l’étrange personnage incarné par Laskaridis, travesti en improbable femme enceinte, au long collant rose qui le couvre des pieds à la tête, qu’il modifie à l’aide de divers éléments de costumes, et muni d’un nez postiche, est épaulé et mis en valeur par un comparse de l’ombre, faire-valoir et technicien de scène. Ce dernier, Dimitris Matsoukas, tout de noir vêtu, incluant la tête et les mains, comme un marionnettiste tirant les ficelles, évolue dans la pénombre, déplaçant des accessoires ou les orientant pour éclairer ou faire disparaître l’autre, avec une présence constante et discrète. Ce faisant, il produit des images parfois poétiques.

Chacun des objets que touche l’homme-femme-enfant joué par Laskaridis est relié soit à un micro – même sa voix étant amplifiée et transformée, lui qui ne dit pas un mot intelligible, se limitant à un charabia d’onomatopées –, soit à un appareil lumineux qui réagit au moindre effleurement à l’autre bout de l’aire de jeu. L’étrangeté prévaut, l’absurde de situations qui se succèdent déroute, dans ce jeu d’enfants délirants dont il n’y a pas lieu d’attendre une signification ou une logique. Ode à la liberté de la création et à la folie, au processus imprévisible qui produit de l’art.

Elina Giounanli

Quant au titre, Titans, on pourra chercher son sens, pas plus évident que le reste. Le metteur en scène et chorégraphe lui attribue une référence aux débuts des temps, à l’origine de toute chose, son personnage de femme enceinte évoquant dans son esprit «la mère de tout». On ne peut faire abstraction, cependant, tout au long de la représentation, que ce ventre proéminent, ces bas roses et ces souliers à talons sont portés par un homme. Un clown inlassable nommé Laskaridis.

On peut rigoler, ricaner, comme l’a fait une bonne partie du public à la première, réservant même une ovation debout aux créateurs. On peut aussi ne pas vraiment adhérer à cet univers, à cette esthétique parfois douteuse, à ce cirque absurde qui ne semble pas avoir d’autre but que le jeu, toute intention de critique sociale ou politique étant évacuée. Une œuvre qui tourne un peu à vide, plutôt anodine, nonobstant toute l’agitation sur la scène, non dénuée de redondances malgré la petite heure que dure la représentation.

Titans

Mise en scène, chorégraphie et scénographie: Euripides Laskaridis. Costumes: Angelos Mentis. Musique et son: Giorgos Poulios. Éclairages: Eliza Alexandropoulou. Son: Themistocles Pandelopoulos. Conseiller dramaturgique: Alexandros Mistriotis. Collaboration artistique: Drosos Skotis, Diogenis Skaltsas, Simos Patieridis, Nikos Dragonas et Thanos Lekkas. Avec Euripidis Laskaridis et Dimitris Matsoukas. Une production d’Osmosis. À l’Usine C, à l’occasion du Festival TransAmériques, jusqu’au 31 mai 2018.

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