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Entrevues

Gypsy Snider : minimalisme et raffinement

Tom Bouchet

«C’est un spectacle des 7 doigts… et ce n’en est pas un, tant c’est différent de ce que j’ai fait jusqu’à présent», lance Gypsy Snider à propos de SisterS, une création inspirée par l’univers musical et la famille de son amie, la regrettée autrice-compositrice-interprète Lhasa de Sela. Le spectacle sera créé à l’occasion du festival Montréal Complètement Cirque.

«Le mouvement y est distillé, épuré jusqu’à un extrême raffinement, précise Snider. Lhasa faisait l’équivalent dans ses concerts: par moments, elle était presque silencieuse et le public avait envie de se pencher vers l’avant pour entendre les tout petits sons qu’elle émettait. Cela va presque à l’opposé des cinq derniers spectacles que j’ai créés. Il n’y a même pas tant d’arts du cirque à proprement parler dans SisterS. Les mouvements acrobatiques ne servent qu’à exprimer soit le côté imaginaire, soit la tension de certaines situations.»

Cette économie du geste s’explique aussi en partie par la distribution du spectacle. Des trois interprètes, deux sont les sœurs de Lhasa, Miriam et Ayin de Sela. La première est trapéziste, mais la seconde a dû renoncer à sa carrière de fildefériste à la suite de problèmes de santé. Sur scène, confie Gyspy Snider, elle arrive à peine à se déplacer sans s’appuyer sur sa sœur. «J’avais très envie, depuis un moment, de travailler avec des acrobates d’un certain âge – Miriam est dans la quarantaine et Ayin a presque 50 ans –, pour pouvoir miser sur des histoires ayant plus de profondeur, pour être moins dépendant des prouesses acrobatiques et extraire toute la théâtralité que recèlent les arts du cirque.»

Une approche très théâtrale, donc, mais qui mise aussi sur l’apport d’autres formes d’art. «C’est vraiment une œuvre multidisciplinaire», confirme la Québécoise d’origine américaine. En plus de la danse, qui occupe une place importante dans SisterS, des images réalisées par la matriarche du clan de Sela, la photographe Alexandra Karam, seront projetées sur le décor. En outre, non seulement la harpiste Sarah Pagé, qui a beaucoup travaillé avec Lhasa de Sela, interprétera certaines des pièces de cette dernière sur scène, mais à cette narration musicale s’ajoutera une narration olfactive. «Depuis qu’elle n’est plus funambule, Ayin crée des parfums. Elle a élaboré trois odeurs pour le spectacle et chacune d’elle fait avancer l’histoire… presque comme une potion magique.»

Néanmoins, Gypsy Snider n’a pas la prétention de réinventer la roue: «Ce n’est pas si nouveau de mélanger les disciplines. Les artistes veulent toujours repousser les limites de leur art. Même en cirque traditionnel, il y avait de la musique et même parfois des performances clownesques au cœur de numéros acrobatiques de haut niveau. De la même façon, quand j’étais petite, j’étais fanatique de comédies musicales et mes acteurs favoris étaient aussi, en quelque sorte, des acrobates. Par exemple, Gene Kelly et Donald O’Connor, qui travaillaient d’ailleurs aussi en cirque. Je pense également à des films comme Les Enfants du paradis ou encore La Strada. Cette idée de mélanger les arts existe depuis toujours.»

Tout l’intérêt du mariage des disciplines reposerait donc dans la finesse de leur combinaison et dans ce que, mises ensemble, elles arrivent à véhiculer. À cet égard, l’éminemment complexe relation sororale semble une thématique fort propice à se prêter aux nuances les plus riches et délicates.

SisterS

Conception et mise en scène: Ayin de Sela, Miriam de Sela et Gypsy Snider. Direction musicale: Sarah Pagé. Musique: Lhasa de Sela, Sarah Pagé et Jonah Fortune. Scénographie et accessoires: Ayin de Sela, Miriam de Sela et Olivier Brie. Éclairages: Matthieu Sampic. Son: Julien Woittequant. Vidéo: Lluvia de Sela (Mélodie Rondeau) et Laure Saint-Hillier. Costumes: Ayin de Sela et Miriam de Sela. Une coproduction de Blueline Productions et des 7 Doigts. Avec Ayin de Sela, Miriam de Sela, William Underwood et Sarah Pagé. Au Théâtre Outremont, à l’occasion de Montréal Complètement Cirque, du 8 au 21 juillet 2018.

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