Entrevues

Gabrielle Chapdelaine passe à l’acte

Charlie Marois

À l’occasion de la 10e édition du festival de lectures publiques Dramaturgies en Dialogue, produit par le Centre des auteurs dramatiques, Gabrielle Chapdelaine voit sa pièce, Une journée, mise en lecture par Philippe Cyr. Le texte, qui a valu à son auteure le Prix Gratien-Gélinas 2018 et qui a été joué au Monument-National en février par les finissants de l’École nationale de théâtre, relate vingt-quatre heures dans la vie de quatre jeunes adultes, Alfonso, Harris, Debs et Nico, des personnages qui ne sont jamais nommés et qui sont peut-être les «aspects divergents d’une seule et même personne».

«Si cette pièce marque le début de mon parcours professionnel, elle s’inscrit également de façon assez logique dans mon parcours intime, lance Gabrielle Chapdelaine. C’est la première fois que j’écris quelque chose d’aussi personnel. Ces personnages, je les ai créés comme on observe quelque chose de mouvant à l’intérieur de soi. Ce sont des parties de ma personnalité et de celles des gens qui m’entourent qui s’enchevêtrent en vases communicants et se meuvent à l’infini. Alfonso est annoyingly optimistic, Debs est deliberately sad, Harris est helplessly sarcastic et Nico est normally obsessive. Ils existent ensemble. Ils essaient, en tout cas.» Ainsi, l’auteure s’intéresse franchement à ce qu’elle appelle «la banalité de l’existence»: «On aspire au grandiose alors que le point culminant de notre journée est bien souvent quelque chose comme une soupe minestrone à la mijoteuse. Nos autosabotages sont tellement quotidiens qu’ils en deviennent anodins. On les chérit, presque, parce qu’ils nous protègent. Qu’est-ce que c’est que cette chose en nous qui nous pousse à agir? C’est avec cette question en tête que j’ai écrit la pièce.»

Quand ils ne sont pas en train d’exister dans leur propre vie, poussés par le temps qui presse, les personnages de Chapdelaine narrent la vie des autres, ou alors se reconnaissent dans les films qu’ils ont vus. «Comme quoi les fictions de nos vies forgent notre rapport à la réalité, lance l’auteure. Entrelaçant gravité et humour, la pièce contient même une chanson! Les dilemmes et la douleur des personnages me semblent encore plus percutants, encore plus engageants lorsqu’ils sont traités avec beaucoup de légèreté. Ce que j’aime le plus, quand je suis face à une fiction, c’est lorsque celle-ci me donne envie de prendre part à ma propre vie. J’espère que la pièce fera ça pour au moins une personne. S’il vous plaît!»

Une journée

Texte: Gabrielle Chapdelaine. Mise en lecture: Philippe Cyr. Avec Sébastien David, Fayolle Junior Jean, Olivia Palacci et Élisabeth Smith. Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, à l’occasion de Dramaturgies en Dialogue, le 23 août 2018.

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