Entrevues

Marie-Claude Verdier et la mémoire du futur

Julie Artacho

À l’occasion de la 10e édition du festival de lectures publiques Dramaturgies en Dialogue, produit par le Centre des auteurs dramatiques, Marie-Claude Verdier voit sa pièce, Univers, mise en lecture par Marc Beaupré. Le texte se déroule à une époque où «les luttes politiques et l’amnésie, individuelle et collective, menacent l’humanité entière, tous clans confondus». Victimes d’une guerre d’indépendance entre la Terre et sa colonie martienne, Romer et Fiona «tentent de trouver un antidote à un virus qui détruit les liens entre les neurones et, par extension, la mémoire affective». Quant à Rébecca et Lomond, une Martienne et un Terrien exilés sur une station en orbite autour de Jupiter, ils «explorent les voûtes du serveur mémoriel martien».

Marie-Claude Verdier conçoit la science-fiction comme «une philosophie appliquée du présent par le biais de l’avenir»: «Elle replace l’humanité au centre d’un cosmos sublime et infini, puis elle essaye d’en déterminer la destination. Ce ne sont plus les dieux qui décident, mais plutôt la raison et la technique humaine. Ici, la science revêt les accoutrements de la magie et rend le surnaturel naturel, et surtout possible. Nous entrons dans le domaine de la mythologie et de la gnose, du salut par la connaissance. La science-fiction nous permet d’aborder des thèmes, au-delà des monstres et des robots, comme la nature de l’âme humaine, la transcendance, la réalité, ou, de façon plus modeste, la volonté de sauvegarder la mémoire des êtres aimés.»

Pour dépeindre le futur, l’auteure utilise une forme ancienne, soit celle du chœur et du coryphée: «Cela m’apparaît comme un bon moyen de déjouer les attentes vis-à-vis de l’esthétique de la science-fiction, tout en rendant bien compte des enjeux. Bien que l’action se déroule de manière interplanétaire et avec une technologie sophistiquée, elle raconte néanmoins une histoire intime et humaine. Nous sommes tous une histoire qui se développe en permanence par et à travers nos perceptions, sentiments et récits. Pour exister, nous devons posséder notre monologue intérieur, le rassembler, afin de maintenir notre identité. Ce monologue de la conscience est au centre de la forme et au cœur du contenu de ce projet théâtral.»

La partition, futuriste et fragmentée, s’inscrivant dans un cycle sur le sublime, est un véritable chantier: «Le texte a beaucoup changé au fil du temps, précise l’auteure. L’apport de toute l’équipe de création a été immensément précieux. Cette présentation à l’occasion de Dramaturgies en Dialogue sera notre première rencontre avec les spectateurs. Ce sera un moment excitant, où nous pourrons jauger la compréhension des enjeux, des personnages et des histoires.»

Univers

Texte: Marie-Claude Verdier. Mise en lecture: Marc Beaupré. Avec Marie-Hélène Bélanger-Dumas, Jean-François Blanchard, Louise Laprade, Catherine Larochelle, Alexis Lefebvre et Guillaume Tremblay. Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, à l’occasion de Dramaturgies en Dialogue, le 28 août 2018.

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