Critiques

Golgotha Picnic : Une invitation à la réflexion

Maxime-Robert Lachaine

Angela Konrad nous a habitués à des mises en scènes rigoureusement hors normes en déconstruisant les codes du théâtre, entre autres dans le traitement grotesque de Macbeth ou Le Royaume des animaux. Rodrigo Garcia crée des œuvres qui dérangent et attirent la polémique. Golgotha Picnic n’y a pas manqué à sa création à Toulouse en 2011 et lors de sa reprise parisienne, en soulevant les foudres d’organisations chrétiennes qui jugeaient la pièce blasphématoire et christianophobe. Il n’y a plus rien de tout cela dans la proposition de Konrad présentée à l’Usine C : elle signe ici une œuvre à la facture classique où prédomine les mots de Garcia et la musique de Haydn.

Maxime-Robert Lachaine

On ne retrouve dans cette pièce aucune charge réelle contre le christianisme mais, au contraire, un Christ déçu, pour ne pas dire déprimé, devant les désastres de l’humanité. Après une longue introduction au piano par David Jalbert, interprétant avec sensibilité Les Sept dernières paroles du Christ en croix de Joseph Haydn, le Christ (Samuel Côté) traverse la scène, jonchée de déchets, dont beaucoup de plastique, symbole de la déchéance actuelle de la planète. Cette entrée en matière musicale retranche les spectateurs dans leurs pensées, elle invite à l’introspection et nous parle, avec tous ses silences, d’humanité et de mort. Le Christ de Garcia est redescendu sur terre pour faire le triste constat de la perte du sacré. Il est humain, – et c’est probablement ce qui a le plus choqué les chrétiens outre-Atlantique -, parfois vulgaire, en utilisant des termes scatologiques ou sexuels. Il incite à accepter l’homme dans son imperfection. La première des sept paroles du Christ n’est-elle pas : «Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font »? Puis on dresse le tableau de toutes les représentations de La descente de croix dans les musées, de Fra Angelico à Rubens en passant par Mantegna. L’image la plus véhiculée de Jésus est celle de la crucifixion, comme si, depuis la nuit des temps nous nous faisions plaisir à voir les tortures infligées au père du christianisme.

Maxime-Robert Lachaine

Dans cette pièce, exit la spiritualité, Jésus mange des croustilles et raconte son accident de voiture, en écoutant… la Passion de Bach. Entouré de trois femmes (on ne peut s’empêcher de penser aux trois archétypes de la pièce de Denise Boucher, Les fées ont soif, la mère, la putain et la Vierge Marie), Sylvie Drapeau, Dominique Quesnel et Lise Roy, habillées de robes longues noires, sont sublimes. Si elles se permettent quelques galipettes en imitant candidement les anges, affublées d’accessoires de costumes diaphanes blancs, les trois interprètes sont le plus souvent sur un mode narratif. Les moments les plus relevés de la pièce sont ceux où on fait l’éloge de la richesse parce que ce n’est surtout pas mainstream de dire : «  Les riches sont pleins de sagesse » et où on se moque de la tendance santé de manger bio : « Christ de biologique ! » est scandé en chœur. Cette fois c’est la gauche caviar qui est égratignée au passage par Garcia. Mais, à part ces quelques moments, la pièce à l’affiche à l’Usine C, loin de soulever l’indignation, finit par lasser.

Golgotha Picnic

Texte : Rodrigo García. Traduction : Christilla Vasserot. Adaptation, mise en scène, scénographie : Angela Konrad. Avec Samuel Côté, Sylvie Drapeau, Dominique Quesnel et Lise Roy. Piano : David Jalbert. Assistant et régie : William Durbau. Conception costume : Ying Gao. Conception lumière : Cédric Delorme-Bouchard. Images : Julien Blais. Son : Simon Gauthier. Une coproduction de La Fabrik et de l’Usine C, présentée jusqu’au 29 septembre 2018.

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