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Corteo : Des funérailles de rêve

Corteo
CorteoLucas Saporiti

Qui ne voudrait pas de semblables funérailles ? Un cortège fantaisiste et ludique, avec des musiques entraînantes malgré le funeste contexte, un esprit festif, bref, une ode à la vie. Le clown Mauro vient de mourir et, de l’au-delà, il observe ses nombreux amis : clowns, musiciens, sauteurs, équilibristes, aériens, lilliputiens, géant, acrobates, une joyeuse troupe qu’un MC tente parfois vainement de discipliner. 

CorteoLucas Saporiti

Le Cirque du Soleil a adapté avec succès Corteo pour l’espace ingrat d’un aréna et l’offre à Montréal en cette fin 2018. En plus de la délicieuse mise en scène à saveur onirique de Daniele Finzi Pasca, le spectacle présenté au centre Bell jusqu’au 30 décembre a conservé un autre point fort de la création en chapiteau de 2005 : la scénographie bifrontale plaçant le public de chaque côté de la scène. Les immenses peintures des rideaux et les couleurs chaudes du cadre de scène habitent efficacement les lieux et créent une sensation de proximité. 

CorteoLa griffe de Finzi Pasca fait de Corteo un spectacle de cirque très théâtral avec des personnages colorés et des tableaux où une troupe nombreuse prend tout le plancher. La théâtralité est accentuée par des textes, comme dans La trilogie du ciel réalisée pour Éloize entre 2002 et 2007, particulièrement ceux du personnage principal qui navigue aisément entre l’italien, l’anglais et le français. Un spectacle très aérien aussi, avec beaucoup d’entrées et de sorties par les airs et plusieurs scènes en hauteur, comme l’ouverture où trois lustres géants se balancent à l’unisson avec des acrobates qui serpentent dans ces appareils inusités. Fidèle à l’imagerie du metteur en scène, Corteo est peuplé d’anges aux ailes de multiples formes et aux robes bellement imaginées par Dominique Lemieux, qui signe les costumes. 

CorteoLucas Saporiti

Le jeu physique dans le comique donne des scènes irrésistibles comme celle du Teatro Intimo, un ballet allegro, mélangeant jeu clownesque, slapstick, cascades et manipulation du décor, rodé au quart de tour. Daniele Finzi Pasca a aussi su donner une couleur circassienne poétique à des éléments comme cette marionnette vivante dont on voit le mouvement des fils, mécanismes et contrepoids, ou encore ce siffleur virtuose. 

CorteoLucas Saporiti

Parmi les moments forts du spectacle, la promenade aérienne de Valentina au-dessus des spectateurs grâce à ses ballons fait l’unanimité. Le spectaculaire numéro de barres, plus athlétique qu’artistique, impressionne tout de même avec sa mécanique impeccable. Vous verrez aussi dans Corteo un numéro de pôle aérien féminin tout en force, une acrobate qui fait tourner un cerceau sur chaque jambe pendant qu’elle se tient en équilibre sur les mains, une chanteuse dans un tissu aérien, trois arlequins qui jonglent à toute vitesse et des pluies de plumes, de flocons de papier ou de paillettes. Le tout assaisonné d’un brin de nostalgie, cette douce et souriante tristesse qui rend l’esprit serein sans empêcher d’avoir le cœur à la fête. 

Corteo

Conception et mise en scène: Daniele Finzi Pasca. Directrice de création: Line Tremblay. Scénographie: Jean Rabasse. Costumes: Dominique Lemieux. Chorégraphies: Debra Brown. Direction musicale: Philippe Leduc et Maria Bonzanigo. Composition musicale: Jean-François Côté, Philippe Leduc et Maria Bonzanigo. Éclairage: Martin Labrecque. Entraînement théâtral: Hugo Gargiulo et Antonio Vergamin. Conception sonore: Jonathan Deans. Analyse Dramaturgique: Dolores Hereida. Conception de l’équipement acrobatique: Danny Zen. Conception des maquillages: Nathalie Gagné. Interprétation par une cinquantaine d’artistes: acrobates, comédiens, danseurs et musiciens. Une production du Cirque du Soleil au Centre Bell du 19 au 30 décembre 2018. 

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