Critiques

Mythe : L’envoûtement des voix humaines

Mythe

Le sol est recouvert de tissus blancs, écrus. Des poutres de bois naturel, servant de banquette ou de crédence, morcellent l’espace en zones ouvertes. Des coussins moelleux disposés à l’avenant. On nous accueille avec une tisane. Le lieu est convivial, les chanteuses circulent parmi nous. Le rituel peut commencer, bienvenue au cœur de la vie et de la mort. Sur des textes et musiques de Mykalle Bielinski, qui nous avait donné Gloria au Mois Multi de 2016, quatre femmes se joignent à la poétesse et musicienne pour nous emporter dans les mythologies du monde.

MytheMaxime Côté

Mythe est une succession de chants et de poèmes sur la condition humaine. Les textes sont dits parfois par une seule voix portée telle une prière, chuchotée, soufflée, souvent par toutes les voix en harmonie. Elles sont rythmées comme un gospel ou les chœurs bulgares ou encore les mélopées de voix de femmes, faisant résonner l’apex cérébral. Chants sacrés qui invitent à la méditation, à un ébranlement intérieur qui remonte dans la nuit des temps.

Le rituel sacré commence par une respiration qui emplit l’espace et une femme qui marche vers un homme qu’on ne voit pas, blotti dans un lit. Il est malade, voire moribond, il délire. Mais il connaît des cycles de guérison pour soigner l’âme malade. Et c’est par les textes mythiques qu’on y parviendra.

«Nous savons que le soleil va exploser, mais avant nous voulons tous être des dieux.» 

MytheMaxime Côté

Les textes puisent aux grands récits de l’humanité, toutes croyances confondues. « Tout ce qui est en moi, tout ce qui m’entoure est sacré ». Arrive alors le débat sur le début, la question de l’origine. Superbe pièce où les mythes fondateurs sont évoqués, pêle-mêle, dans une urgence pour tous les nommer, contradictoires, mythiques et scientifiques, allégoriques et matérialistes, comme pour s’assurer ainsi d’en préserver le mystère insoluble. Et quoi ! Le monde a été créé par un désir, c’est l’imagination qui a créé tout cela. Et au final, les cinq voix aiguës criant vers le ciel. Sublime ! 

La petite heure se déroule dans le temps fluide des voix et d’un clavier qui vibre comme un orgue. Les femmes vont et viennent, tout à coup à proximité de nous, en voix directe ou amplifiée, tapissant un mur de post it, puis les froissant avant de les jeter au bûcher : pièce sonore et odorante. Elles les retireront plus tard du brasier pour nous les remettre, épargnés par la magie. Sur mon morceau de papier, d’ailleurs, Albus Dumbledore, le magicien et grand maître de Harry Potter. Ou encore, rassemblées au centre, elles récitent un poème à quatre voix, générant un tourbillon de sons et de sens. 

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Le dispositif, les éclairages, les lampions modulés par le souffle d’une chanteuse, les voix en nous et autour de nous, la quiétude des actrices et des témoins du rituel favorisent cet éveil vers la spiritualité qui hante Bielinski, en contrepoint au bruit et à la vitesse de notre époque. Il faut dès lors se laisser porter par ce qui devient de l’envoûtement. Au fil de ce concert-performance, l’oralité reprend sa place centrale dans les contes mythologiques, dans l’évocation du mystère, là où la raison doit abandonner. Alors nous serons confrontés à la naissance du monde, à la mort, au temps du rêve et à notre matérialité cellulaire, puisque l’éternité n’a pas de lien avec le temps, mais avec notre présence ici et maintenant. Comme dans la philosophie bouddhiste, il faut savoir se reconstruire à chaque respiration. C’est l’expérience à laquelle nous convie Mythe.

Mythe

Écriture, mise en scène, composition : Mykalle Bielinski. Interprétation : Mykalle Bielinski, Laurence Dauphinais, Elizabeth Lima, Florence Blain Mbaye, Émilie Monnet. Dramaturgie : Sophie Devirieux. Assistance à la mise en scène et direction technique : Claudie Gagnon. Éclairages : Hugo Dalphond. Son : Joël Lavoie. Scénographie : Odile Gamache. Direction de chœur : Stacey Brown, Mélodie Rabatel. Conseils au mouvement : Mélanie Demers. Mentor à la mise en scène : Marie Brassard. Présenté au Mois Multi, à Méduse, les 7 et 8 février. Puis à Espace Libre (Montréal), du 12 au 16 févier. 

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