Critiques

Nos corps : Une autre version de la danse de Saint-Guy

Nos Corps

L’été 1518 a été le théâtre d’un fait divers, aussi étrange que surprenant, qui a pris place dans la ville de Strasbourg en France, et qui a notamment fait l’objet d’un récent roman (« Entrez dans la danse ») de l’auteur français Jean Teulé.

Nos CorpsKarel Chladek

Prise d’une crise aussi soudaine que violente, une femme indigente a jeté son bébé dans la rivière avant de se mettre à danser frénétiquement, nuit et jour. Rapidement, des dizaines d’autres personnes se joignent à sa danse, au fil des jours et des semaines, par un mystérieux effet de contagion. Un mois après le début de cette épidémie, le groupe se chiffrait, selon certaines archives locales, à plus de deux cents danseurs et danseuses pauvres et affamé·es, et leur nombre allait sans cesse croissant. Les autorités de l’époque, notamment la bourgeoisie et le clergé, ne savaient comment réagir face à cette folle et incontrôlable liesse populaire, qui prit fin au bout de soixante jours.

Une extrapolation hasardeuse

Le collectif Castel Blast s’est inspiré de cette légendaire histoire vraie pour en tirer la fragile et paresseuse dramaturgie de sa nouvelle création, intitulé Nos Corps. Il tronque en plus la réalité du fait divers pour l’extrapoler dans une réalité contemporaine, totalement différente. Pour le collectif, danser sans retenue symboliserait une forme de révolte de notre société et de moyen de défense face à l’oppression, autant politique qu’économique. 

Après une mise en contexte sommaire, une musique techno house électronique démarre et ne s’arrêtera que 60 minutes plus tard, sans autre explication, mise en abîme ou en situation. Le public est bien entendu invité à se joindre à l’atome de comédien·nes qui lancent le bal.  

Nos CorpsKarel Chladek

Pour Castel Blast, l’attroupement significatif des danseurs et danseuses semble montrer l’évidence que des liens peuvent se créer pour former un nouveau langage à l’intérieur d’une microsociété parallèle, qui répond à cet appel incontrôlé du mouvement. On pourra d’ailleurs noter que lorsque les interprètes lancent un mouvement chorégraphique original, emprunté aux clichés de l’aérobie des années 80, l’ensemble va petit à petit les suivre et les imiter, prouvant ainsi que l’être humain a besoin de repères. Dans n’importe quel contexte, l’humain a un besoin viscéral et intrinsèque d’être en relation avec les autres. Qu’il soit en révolte ou pas, le comportement sociétal humain brise la marginalité et l’originalité pour fabriquer un moule qui réconforte et satisfait. C’est aussi ce que l’on a pu observer avec le mouvement des gilets jaunes français, qui continue de rallier à ses manifestations des individus de la classe ouvrière, malgré les émeutes, les violences et la répression de plus en plus violente de la police. 

Néanmoins, en transformant la scène en piste de danse où s’ébrouent principalement des milléniaux ayant l’impression d’extérioriser leurs individualités, mais qui, dans les faits, s’amalgament pour former un ensemble homogène et dogmatique, Castel Blast prouve tout et son contraire. Encore eut-il fallu que le collectif ait envie de prouver, ou tout simplement de dire, quelque chose avec cette création.

Nos corps

Dramaturgie : Chloé Gagnon Dion. Direction musicale : Castel Blast et Ourielle Auvé. Collaboration musicale : Simon Chioini. Conception lumière : Gonzalo Soldi. Interprètes : Olivia Sofia, Leo Loisel, Guillaume Rémus, Gonzalo Soldi, Chloé Gagné Dion, Ourielle Auvé, Simon Chioini, Pamela Gómez Widman, Pénélope Gromko, Laury Nial, Thomas Mundinger, David Emmanuel Jauniaux, Brontë Poiré-Prest, Jérémie Jacob, Jérémie Brassard, Audray Julien, Lyndz Dantiste, Roxane Azzaria et Andrea Ubal Rodríguez. Une production du collectif Castel Blast à l’affiche du Théâtre Aux Écuries jusqu’au 13 avril. 

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