Critiques

Festival Quartiers Danses : Questionnements sur l’individualité et le groupe

Édouard HueGrégory Batardon

Depuis l’an 2000, le Festival Quartiers Danses (FQD) a pour mission de rendre la danse contemporaine accessible au plus grand nombre et de participer au développement de cette discipline en donnant une visibilité à des artistes professionnels et émergents. Il propose des spectacles provenant des scènes locale, nationale et internationale en salle, à l’extérieur et dans différents lieux publics.

Jusqu’au 15 septembre, le FQD invite le public montréalais à assister à des performances de danse contemporaine très variées et à apprivoiser la danse par le biais d’ateliers de médiation culturelle. Le Festival s’adresse à tous et toutes de différentes façons; qu’il s’agisse de tables rondes, de projections de films ou d’une visite du Musée des beaux-arts, les activités du FQD amènent à dévier de la routine en repensant la relation qu’entretient chacun·e avec la ville et le mouvement.

Festival Quartier DanseJackie Hopfinger

The Smile Club

En première partie d’un programme triple, Trip The Light Fantastic, un ensemble montréalais de 20 danseuses et danseurs professionnel·les ou en voie de professionnalisation, a interprété une chorégraphie de Kyra Jean Green aux accents parfois épiques. La pièce explore de façon assez pédagogique la faculté qu’a l’individu de refléter ou de manipuler physiquement les émotions qu’il ou elle éprouve. Les tableaux montrent divers états du sourire, tour à tour radieux, forcé, passionné, apathique ou carrément dessiné au marqueur. The Smile Club est le fruit d’un stage intensif de création de 50 heures réalisé l’été dernier; de fait, on ressent une proximité réjouissante entre les membres du groupe. Les participant·es se rejoignent, se séparent, s’isolent, forment des factions et des figures avec une joie si communicative qu’on en ressort dynamisé·e.

Chorégraphie : Kyra Jean Green. Interprétation : Adia Parris, Alexia Gourd, Camille Scully, Clara Chemtov, Daniela Carmona, Gaëlle Mong, Hannah Mahler, Hannah Surette, Hunish Parmar, Jade Ferland, Joane Papillon, Mélanie Sirois, Noël Vézina, Siena Picone, Sofia El Iraki, Thaïna Rosinvil, Xdzunúm Trejo, Zoé Delsalle. Musique originale : Pascal Champagne.

A Safe Space

Ensuite, le chorégraphe montréalais Nicholas Bellefleur a présenté une belle pièce à saveur urbaine où se réunissent sept interprètes dans ce qui ressemble à la fois à une salle de répétition et à une boîte de nuit. Cet espace sécuritaire est le lieu où s’exprime et se dévoile la personnalité des danseurs et danseuses, libres de révéler les zones d’ombre se cachant sous des dehors festifs, par l’usage de nombreux mouvements de torsion. Chacun·e déploie son style particulier et danse sur sa propre piste sonore, notamment lorsque la musique quitte les enceintes de la salle pour être diffusée par les haut-parleurs de téléphones cellulaires. Certainement la pièce la plus intéressante de la soirée, A Safe Space amène le spectateur et la spectatrice à réfléchir à ses relations interpersonnelles ainsi qu’à sa propre individualité.

Chorégraphie : Nicholas Bellefleur. Interprétation : Adrian Batt, Marilyne Cyr, Kennedy Henry, Naomi Hilaire, Emma-Lynn MacKay-Ronacher, Caroline Namts, Gabrielle Roy, Noël Vézina. Musique originale : Guillaume Michaud. Costumes : Wan Hua Li.

Nicholas BellefleurLouise Comet

Forward

La soirée s’est achevée sur ce solo, hypnotique tant par l’utilisation réussie de stroboscopes que par la répétition des mouvements du Genevois Édouard Hue (Beaver Dam Company). Cette œuvre porte sur la recherche d’assises et s’appuie sur une gestuelle unique, sans fioritures. Les mouvements précis et progressifs du danseur se transforment du début à la fin de la pièce, à la manière de l’humain évoluant à travers les âges jusqu’à la position debout. Il s’agit ici d’affirmer la spécificité d’un corps à la recherche d’équilibre entre la volonté d’avancer et le déferlement des passions qui le traversent et par lesquelles il se définit. Malgré la virtuosité du danseur et la beauté de sa gestuelle, il faut avouer que la performance peut s’avérer quelque peu répétitive.

Chorégraphie : Édouard Hue. Interprétation : Édouard Hue. Assistance à la chorégraphie : Yurié Tsugawa. Musique : Charles Mugel. Éclairages : Arnaud Viala. Conseils dramaturgiques : Merel Heering. Photographie : Grégory Batardon.

My Urban Nature

Barbara Kaneratonni DiaboPatrick Bureau

Cette pièce plurielle, chorégraphiée par l’artiste mohawk Barbara Kaneratonni Diabo, mériterait certainement d’être présentée à nouveau. Le contenu y est dense. On y juxtapose différentes formes : danse traditionnelle mohawk, danse urbaine et danse contemporaine dans un pow-wow moderne et entraînant. Interrogeant le rapport des citadin·es à la nature, le  propos peut sembler pessimiste : l’herbe est réduite à un rouleau de gazon synthétique, les ailes des oiseaux sont reproduites par des cerceaux de plastique. Les cubes dans lesquels sont contenus les interprètes expriment à la fois la densité urbaine et l’enfermement, voire la solitude vécue en ville.

Le spectacle se conclut toutefois sur une réflexion ouverte portant sur la célébration de la vie, sur la contribution de chacun·e à une élévation commune et sur l’instrumentalisation de la nature. La danse est ici une invitation à la fête, au rassemblement, et les idées qu’elle véhicule n’assombrissent en rien le caractère contagieux de cette performance haute en couleur. Un moment à la fois savoureux et solennel, tout à fait approprié à une représentation extérieure.

Chorégraphie : Barbara Kaneratonni Diabo. Interprétation : Daniela Carmona, Victoria May, Oliver Koomsatira, Sonik Boom, Sam Ojeda, Barbara Kaneratonni Diabo. Chant : Nina Segalowitz. Composition musicale : Cris Derksen, Craig Commanda, Nina Segalowitz, Urban Surf Kings. Le 11 septembre à Forêt urbaine et le 12 septembre au square Victoria.

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