Critiques

Elle est en avance // Un spectacle curieux, 805-4821 et Silver Venus Redux : Performances déconfinées

OFFTA 2020Double Fantasy

Dimanche dernier se terminait la 14e édition – bien spéciale – du OFFTA 2020. Le festival d’arts vivants, vu les circonstances actuelles, offrait une programmation de performances à distance imaginées par des artistes émergent·es. Les créateurs et créatrices ont dû repenser leurs œuvres de façon à les rendre accessibles au public, en surmontant les obstacles qu’impose la pandémie et en préservant le « vivant » de l’art vivant. C’est le mandat qui a été donné, entre autres, aux artistes derrière Elle est en avance // Un spectacle curieux (En tournée), 805-4281 et Silver Venus Redux.

Elle est en avance : déambulatoire introspectif

Ensemble sous le nom de Double Fantasy, les chorégraphes Camille Lacelle-Wilsey et Nien Tzu Weng ont adapté leur œuvre initiale pour créer Elle est en avance // Un spectacle curieux (En tournée), une expérience déambulatoire. Guidé·es par la série d’étapes que composaient la partition à suivre, les spectateurs et spectatrices étaient invités à bouger, marcher, respirer, réfléchir, imaginer et improviser, parfois de façon ludique et concrète, parfois de façon métaphorique. Cette promenade introspective poétique visait à nous faire prendre conscience de notre environnement, de notre corps et de l’espace physique que nous occupons à travers les lieux qui nous entourent. 

Le « vivant » dans Elle est en avance se faisait toutefois assez discret. C’est en fait celui ou celle qui effectuait la partition qui avait le mandat de donner vie à l’expérience et d’y jouer le rôle d’acteur ou d’actrice. Ce n’était toutefois pas chose simple d’y arriver pleinement lorsqu’on se retrouvait seul·e, avec rien d’autre qu’une liste d’étapes à suivre. Pour réussir à vivre l’expérience entièrement, il était primordial de se plonger à l’intérieur de soi et de faire l’effort d’observer ce qui nous entoure avec une vision artistique. 

805-4821 : Écriture en direct

Le 24 mai avaient lieu quatre représentations de 805-4821, une performance virtuelle d’écriture en direct. Conçue au départ pour un projecteur, la pièce de Gislina Patterson, initialement interprétée par Davis Plett, s’est transportée, pour l’occasion, sur Google Doc. C’est sur cette plateforme qu’a pris vie le récit d’un coming out trans, raconté poétiquement à travers des bribes de conversations via Messenger, des passages de Hamlet et des souvenirs de cours de natation. 

D PlettCallie Lugosi

Sous une forme rappelant le journal intime, le texte apparaissait en direct sur nos écrans, parfois accompagné d’images ou de liens sur lesquels nous étions invité·es à cliquer. Ces derniers nous ont mené·es à quelques reprises vers YouTube, où l’œuvre était logée pendant quelques minutes. Faisant partie intégrante de la performance, ces vidéos, pendant lesquelles le texte se poursuivait, étaient complétées d’une trame sonore qui continuait d’accompagner le récit lors de notre retour au Google Doc. Franchement brillant !

Les allers-retours entre ces différentes plateformes ajoutaient du rythme à l’œuvre et assuraient de garder les spectatrices et spectateurs bien investis. 805-4821, qui a su utiliser la technologie de façon très créative, a réussi à conserver un certain lien entre ses artistes et son public, et ce, grâce au direct, allié précieux et indispensable à l’art vivant. 

Silver Venus Redux : chorégraphie sonore

À partir de la partition de Silver Venus (2018), la chorégraphe Andrea Spaziani et le concepteur sonore Matt Smith ont repensé leur œuvre pour la transformer en danse pour écouteurs, accessible via un lien internet. Le public était d’abord invité à s’imprégner d’images tirées du spectacle initial, en regardant quelques bribes du deux heures de montage vidéo éclectique créé par Alejandro Fargosonini. L’auditoire était ensuite appelé à s’installer confortablement, à enfiler une paire d’écouteurs, à se fermer les yeux et à se laisser transporter par les 38 minutes de chorégraphie sonore composant Silver Venus Redux. 

A SpazianiClaire Harvie

L’assemblage de sons, qui nous faisait voyager entre la méditation, le questionnement et un certain état d’angoisse, est parvenu à nous faire vivre différentes émotions grâce à sa variation de rythmes et de textures sonores. Toutefois, pour que l’œuvre soit significative et pour être capable d’y trouver un sens, celui ou celle qui l’écoutait ne pouvait faire autrement que d’être investi·e et de laisser aller sa créativité. La danse de sons exploitée dans Silver Venus Redux est un concept bien original certes, mais demande un grand effort d’interprétation et d’imagination aux participant·es. 

Elle est en avance // Un spectacle curieux (En tournée)

Cocréation : Camille Lacelle-Wilsey et Nien Tzu Weng. Production : Double Fantasy.

805-4821

Direction et dramaturgie : Gislina Patterson. Interprétation et texte : Davis Plett. Traduction : Zoe Lambrinakos-Raymond. Production : We Quit Theatre, avec le soutien de Conseil des arts du Canada, Manitoba Arts Council.

Silver Venus Redux

Interprétation : Andrea Spaziani et Matt Smith. Partition chorégraphique : Andrea Spaziani. Conception sonore : Matt Smith. Cinéma : Alejandro Michelangelo Fargosonini. Danseurs et danseuses en vidéo : Nicole Rose Bond, Irvin Chow, Francesca Chudnoff, Alicia Grant, Julia Male, Claire Turner Reid. Coproduction : Dancemakers Centre for Creation (Toronto), avec le support de Conseil des arts du Canada.

Trois performances présentées lors de la 14e édition du OFFTA, en mai 2020.

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