Critiques

Festival International de la Littérature : Des mots pour survivre

Le Cabaret des résistances, Festival International de Littérature (FIL) 2020

Élaborée pendant le confinement, au printemps dernier, la programmation de la 27e édition du Festival International de la Littérature (FIL) est en quelque sorte une bravade faite à la pandémie qui frappe la planète. Peu importe les restrictions avec lesquelles l’organisation aurait à composer, l’événement aurait lieu. Les contraintes, on a choisi de les voir comme des défis. Cet esprit volontaire se remarque dans les différentes propositions qui jalonnent ce FIL hybride, présenté sur les planches, à l’extérieur et en ligne jusqu’au 27 septembre.

Cabaret de la résistance

En ouverture du festival, 14 artistes se sont réuni·es pour offrir au public des textes qui leur tiennent à cœur et qui racontent la résistance sous toutes ses formes. Des récits de gens debout devant l’ennemi, qu’il s’agisse de racisme, de misogynie, d’intimidation, d’âgisme, d’abus de pouvoir ou de violence policière. On gardera en mémoire l’œuvre inédite d’Evelyne de la Chenelière sur la distance dictée par les mesures sanitaires, qui nous force à avoir davantage de recul et qui favorise l’introspection et, ainsi, révèle le vrai visage de l’humain·e. Quant à Marie-Ève Milot et Elkahna Talbi, elles ont lu les mots de Jeanne Hyvrard et d’Hélène Monette avec conviction. En maître de cérémonie cynique et frondeur, Olivier Kemeid a donné à ses interventions des airs de mise en boîte en ne lésinant pas sur les railleries pour présenter les lecteurs et lectrices de la soirée. Certaines vannes, délicieuses, ont insufflé à cette prise de parole importante un brin de légèreté. Comme l’a affirmé Étienne Lou, en partageant son expérience d’adolescent victime de commentaires haineux, la résistance, c’est également « accueillir la joie quand elle vient et garder sa place quand elle part ».

Tous les monstres naissent égaux

Tous les monstres naissent égaux, Festival International de Littérature (FIL)Marie-Andrée Lemire

La comédienne douée Marie-Pier Labrecque a profité de cette édition du FIL pour révéler la première étape de travail de son spectacle solo, une adaptation pour la scène de son recueil de poésie à paraître. Dès le lever du rideau, on est fasciné par ce personnage de femme qui dénonce les agressions commises par les hommes, tout en confessant ses propres excès de brutalité. « Si seulement les hommes savaient aimer sans leurs mains. », dira-elle. Figure à la fois sensuelle, athlétique et guerroyeuse, cette créature monstrueuse explore ses souvenirs, déchirée entre Éros et Thanatos. Elle transforme la spectature en examen de conscience et nous laisse avec une question qui nous hante : si on répond à la violence par la violence, devient-on soi-même un monstre ? Dans cette mise en scène chirurgicale signée Thomas Payette, chaque claquement de talon effilé et chaque frottement de micro sur le sol accentuent le caractère sans appel des vers livrés par l’actrice. Une œuvre singulière et puissante, qu’on suivra assurément dans les prochaines étapes de sa création.

Un vent fou s’est levé dans ma tête

Au printemps 2014, les autrices Carole Fréchette et Lise Vaillancourt débutent chacune l’écriture d’une nouvelle pièce. Prises par leurs tâches d’enseignantes, les voyages et les responsabilités familiales, les deux amies font alors le pacte de s’envoyer des missives toutes les deux semaines pour échanger des idées, mais surtout pour garder le cap sur leur projet. De cette correspondance naîtront ces chroniques de création, mises en scène sobrement par Catherine Vidal. L’ajout de photos et d’extraits musicaux ponctue agréablement ces confidences entre deux artistes complices, incarnées par Marie-Thérèse Fortin et Dominique Quesnel. On se prend rapidement d’affection pour la sage Carole et l’hilarante Lise, qui posent un regard sensible sur le métier de dramaturge, la place des femmes dans les arts, l’engagement social et la définition de la réussite.

Parmi les autres spectacles à venir au FIL, on surveillera avec intérêt, au théâtre La Chapelle, la suite des Dimanches de Martin Faucher, le 27 septembre, ainsi que les dernières représentations de la reprise du monologue La Vie littéraire de Mathieu Arsenault. On mettra aussi à l’agenda la lecture publique, le 27 septembre au parc Walter-Stewart, du livre On n’est pas des trous-de-cul de Marie Letellier, racontant l’histoire d’une famille défavorisée du quartier Centre-Sud de Montréal à la fin des années 1960, un projet d’Evelyne Rompré et de Gabriel-Antoine Roy.

Cabaret de la résistance

Idée originale : Michelle Corbeil et Olivier Kemeid. Direction artistique et mise en lecture : Olivier Kemeid. Lecteurs et lectrices : Sarah Berthiaume, Evelyne de la Chenelière, Alain Farah, Marie-Thérèse Fortin, Olivier Kemeid, Robert Lalonde, Étienne Lou, Marie-Ève Milot, Émilie Monnet, Jérémie Niel, Philippe Racine, Elkahna Talbi, Mounia Zahzam et Tatiana Zinga Botao. Une coproduction du Festival International de la Littérature et du Théâtre de Quat’Sous, présentée le 18 septembre 2020.

Tous les monstres naissent égaux

Idée originale, texte, interprétation et danse : Marie-Pier Labrecque. Mise en scène et conception vidéo : Thomas Payette. Mise en scène et chorégraphies : Marilyn Daoust. Conseils sur la dramaturgie : Robert Lalonde. Scénographie : Xavier Mary. Costumes : Audrée Lewka. Conception sonore : Laurier Rajotte. Lumières : Jean-François Piché. Une coproduction du Festival International de la Littérature et de Bye Bye Princesse, présentée le 20 septembre 2020 à la Cinquième salle de la Place des Arts.

Un vent fou s’est levé dans ma tête

Idée originale et textes inédits : Carole Fréchette et Lise Vaillancourt. Adaptation et montage des textes : Carole Fréchette, Lise Vaillancourt et Catherine Vidal, avec la collaboration de Marie-Thérèse Fortin et Dominique Quesnel. Avec Marie-Thérèse Fortin et Dominique Quesnel. Mise en scène : Catherine Vidal. Lumières : Cédric Delorme-Bouchard. Conception sonore : Francis Rossignol. Décor et costumes : Ariane Brière. Réalisation et montage du documentaire : Eliot Laprise. Recherche d’archives : Alexandre Cadieux. Une coproduction du Festival International de la Littérature et de Cœur battant, présentée les 21 et 22 septembre 2020 à la Cinquième salle de la Place des Arts.

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