Un texte manuscrit est projeté sur les tulles de part et d’autre du petit castelet LANTISS. Il s’agit d’extraits du journal de Tchékhov qui entreprend, à 27 ans, alors qu’il est lui-même tuberculeux, de se rendre à Sakhaline pour y soigner les bagnards qui vivent dans des souffrances insoutenables. Nous voici embarqués dans un long périple qui va de Moscou jusqu’à l’extrême est du pays, dans une île perdue de la mer d’Okhotsk.
Ce théâtre de marionnettes pour adultes offre un pétillant voyage dans l’immensité d’une Russie très XIXe siècle. À partir des lettres que le célèbre auteur envoie à son éditeur pour fin de publication, Denyse Noreau complète le périple par des scènes de son cru, offrant ainsi une lecture plus théâtrale des commentaires de Tchékhov : les critiques de ses amis qui ne comprennent pas cette aventure, les craintes de son amoureuse, les mises en garde de son éditeur. Il s’agit pour le jeune Tchekhov d’un voyage vers la souffrance, vers cette île devenue pénitencier pour les criminels du bout du monde. Mais le texte est prétexte à nous entraîner à travers ce pays incommensurable. Le train, les routes difficilement carrossables, le fleuve Amour, les rencontres fortuites, le séjour dans une isba qui permet de découvrir la vie dans les steppes.
Le travail du théâtre Ad Lux est remarquable de finesse et d’ingéniosité. Projections mobiles sur éventails, modulation d’une architecture scénique sur le castelet électronique, superbe outil de simulation que Keven Dubois manipule avec doigté. Les éclairages subtils fusant du plancher à travers les petites dalles mobiles, les escaliers et paliers se succédant comme dans un dessin de M. C. Escher, les personnages gravissant ces surfaces qui se dérobent sous leurs pieds, comme pour accentuer l’idée du voyage… tout est parfaitement intégré dans un fluide continu. On dirait une dentelle finement ciselée.
Quelques scènes impromptues quelque peu déroutantes viennent alimenter ce sentiment de vacuité qu’on ressent devant le texte. Bien sûr il fallait traverser l’Amour et peut-être parler du Japon voisin, mais globalement le contenu nous laisse sur notre faim. Comme si le montage du texte voilait une dimension qu’on ne peut imaginer absente des lettres de Tchekhov. Mais cette légèreté dans le propos laisse toute la place à la mise en scène polymorphe pour une belle harmonisation des humains et de la technologie. Le tout petit castelet, dans son écrin, se magnifie par l’extension que lui confèrent les marionnettistes. Nous surfons sur ce voyage exemplaire avec toute la magie du rêve éveillé d’un voyageur au long cours. Et les paysages, les espaces de rencontres se succèdent dans un mouvement ondulatoire jusqu’à Sakhaline dont, hélas, nous n’apprendrons pas beaucoup. Mais nous avons ici une belle démonstration du pouvoir du castelet que le LANTISS nous avait déjà présenté dans un récent Carrefour de théâtre. Ce qui alors n’était qu’une ébauche atteint ici une maturité complète. Où l’on constate aussi que ce castelet est réservé pour de petites salles intimistes.
Un texte manuscrit est projeté sur les tulles de part et d’autre du petit castelet LANTISS. Il s’agit d’extraits du journal de Tchékhov qui entreprend, à 27 ans, alors qu’il est lui-même tuberculeux, de se rendre à Sakhaline pour y soigner les bagnards qui vivent dans des souffrances insoutenables. Nous voici embarqués dans un long périple qui va de Moscou jusqu’à l’extrême est du pays, dans une île perdue de la mer d’Okhotsk.
Ce théâtre de marionnettes pour adultes offre un pétillant voyage dans l’immensité d’une Russie très XIXe siècle. À partir des lettres que le célèbre auteur envoie à son éditeur pour fin de publication, Denyse Noreau complète le périple par des scènes de son cru, offrant ainsi une lecture plus théâtrale des commentaires de Tchékhov : les critiques de ses amis qui ne comprennent pas cette aventure, les craintes de son amoureuse, les mises en garde de son éditeur. Il s’agit pour le jeune Tchekhov d’un voyage vers la souffrance, vers cette île devenue pénitencier pour les criminels du bout du monde. Mais le texte est prétexte à nous entraîner à travers ce pays incommensurable. Le train, les routes difficilement carrossables, le fleuve Amour, les rencontres fortuites, le séjour dans une isba qui permet de découvrir la vie dans les steppes.
Le travail du théâtre Ad Lux est remarquable de finesse et d’ingéniosité. Projections mobiles sur éventails, modulation d’une architecture scénique sur le castelet électronique, superbe outil de simulation que Keven Dubois manipule avec doigté. Les éclairages subtils fusant du plancher à travers les petites dalles mobiles, les escaliers et paliers se succédant comme dans un dessin de M. C. Escher, les personnages gravissant ces surfaces qui se dérobent sous leurs pieds, comme pour accentuer l’idée du voyage… tout est parfaitement intégré dans un fluide continu. On dirait une dentelle finement ciselée.
Quelques scènes impromptues quelque peu déroutantes viennent alimenter ce sentiment de vacuité qu’on ressent devant le texte. Bien sûr il fallait traverser l’Amour et peut-être parler du Japon voisin, mais globalement le contenu nous laisse sur notre faim. Comme si le montage du texte voilait une dimension qu’on ne peut imaginer absente des lettres de Tchekhov. Mais cette légèreté dans le propos laisse toute la place à la mise en scène polymorphe pour une belle harmonisation des humains et de la technologie. Le tout petit castelet, dans son écrin, se magnifie par l’extension que lui confèrent les marionnettistes. Nous surfons sur ce voyage exemplaire avec toute la magie du rêve éveillé d’un voyageur au long cours. Et les paysages, les espaces de rencontres se succèdent dans un mouvement ondulatoire jusqu’à Sakhaline dont, hélas, nous n’apprendrons pas beaucoup. Mais nous avons ici une belle démonstration du pouvoir du castelet que le LANTISS nous avait déjà présenté dans un récent Carrefour de théâtre. Ce qui alors n’était qu’une ébauche atteint ici une maturité complète. Où l’on constate aussi que ce castelet est réservé pour de petites salles intimistes.
Le voyage de Tchékhov à Sakhaline
Texte de Denyse Noreau, mise en scène du Théâtre Ad Lux
Présenté à Premier acte, Québec jusqu’au 9 février