Serge Boucher fait un retour au théâtre après deux séries télévisées de qualité, Aveux et Apparences. Son écriture dramatique a-t-elle été marquée par ce passage à la télé? Oui, définitivement. Est-ce pour le mieux? Il est permis de se poser la question.
Le prétexte de cette pièce est de nous montrer le quotidien d’un homme après avoir commis le crime horrible de tuer ses deux enfants et de rater son suicide. Puis, comment cet homme, un être humain après tout, réussit à attendrir une pauvre infirmière.
La grandeur tragique d’un tel geste est réduite au drame ordinaire des petites gens. Après maintient le spectateur dans une zone de malaise et d’inconfort du début à la fin. Cette Médée masculine à l’ère de l’hyper médiatisation prend le partie de la banalité du quotidien. Il est impossible de faire abstraction des événements récents impliquant un éminent médecin. Cette fois, il s’agit d’un ingénieur, un homme instruit qui s’est taillé une place de choix dans la société. Impossible de ne pas voir cet homme comme un monstre, au-delà de sa douleur et de sa vulnérabilité. D’où le malaise.
Alors que l’infanticide inspire l’horreur, du moins la démesure, le chaos ou la folie, Boucher et René Richard Cyr à la mise en scène ont choisi de présenter le meurtrier comme un petit animal blessé, centré sur sa propre douleur. Depuis la séparation de sa femme, il a une «boule», il n’est pas bien, et il a décidé de faire payer celle qui a provoqué une rupture dans ses petites habitudes. Mais sa perversité le pousse à rester délibérément en vie pour voir souffrir la responsable de sa propre souffrance.
Maude Guérin et Étienne Pilon sont excellents, respectivement dans le rôle de la vieille fille qui n’a jamais connu l’amour, animée d’une malsaine curiosité mêlé au syndrome de Mère Teresa, et lui, dépassé par les événements, dans un état semi léthargique causé par le choc posttraumatique ou les médicaments. La relation qu’ils développent est hautement irréaliste: au ballet incessant des nombreux intervenants entourant l’hospitalisation s’ajoute celui des médias, des enquêteurs, de la famille, des préposés aux bénéficiaires et à l’entretien, etc. Mais cela devient possible dans la fiction proposée par Boucher, centrée sur les liens qui se créent entre ces deux êtres en manque évident d’affection. En lui offrant un livre, La Reconnexion d’Eric Pearl, l’infirmière ne cherche-t-elle pas, elle aussi, à se «reconnecter» avec ce qui est dramatiquement absent de sa vie? L’amour, la tendresse ou simplement la présence d’un être humain à réconforter.
La mise en scène sobre et efficace de René Richard Cyr procède à une dilatation du temps par des passages au noir à répétition, en introduction puis tout au long de la pièce. La scénographie d’un réalisme épuré de Jean Bard situe l’action dans une chambre d’hôpital improbable: un bol de toilette directement dans la chambre? Qu’est-ce qui a motivé ce choix? D’autant qu’il n’a qu’une valeur décorative.
Après donne l’impression d’une pièce polie, dans tous les sens du terme. Tout est propre et bien mené. Il n’y a pas de sang ni d’excès. Aucune démesure donc, mais également un manque d’épaisseur des personnages, particulièrement l’ingénieur, dont nous aurions souhaité une plus grande complexité. Tuer ses deux enfants est un acte qui demande une force immense, c’est le résultat d’un dérèglement profond, qui ne peut être relégué à un incident ordinaire.
Texte de Serge Boucher. Mise en scène de René Richard Cyr. Au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 19 mars 2016.
Serge Boucher fait un retour au théâtre après deux séries télévisées de qualité, Aveux et Apparences. Son écriture dramatique a-t-elle été marquée par ce passage à la télé? Oui, définitivement. Est-ce pour le mieux? Il est permis de se poser la question.
Le prétexte de cette pièce est de nous montrer le quotidien d’un homme après avoir commis le crime horrible de tuer ses deux enfants et de rater son suicide. Puis, comment cet homme, un être humain après tout, réussit à attendrir une pauvre infirmière.
La grandeur tragique d’un tel geste est réduite au drame ordinaire des petites gens. Après maintient le spectateur dans une zone de malaise et d’inconfort du début à la fin. Cette Médée masculine à l’ère de l’hyper médiatisation prend le partie de la banalité du quotidien. Il est impossible de faire abstraction des événements récents impliquant un éminent médecin. Cette fois, il s’agit d’un ingénieur, un homme instruit qui s’est taillé une place de choix dans la société. Impossible de ne pas voir cet homme comme un monstre, au-delà de sa douleur et de sa vulnérabilité. D’où le malaise.
Alors que l’infanticide inspire l’horreur, du moins la démesure, le chaos ou la folie, Boucher et René Richard Cyr à la mise en scène ont choisi de présenter le meurtrier comme un petit animal blessé, centré sur sa propre douleur. Depuis la séparation de sa femme, il a une «boule», il n’est pas bien, et il a décidé de faire payer celle qui a provoqué une rupture dans ses petites habitudes. Mais sa perversité le pousse à rester délibérément en vie pour voir souffrir la responsable de sa propre souffrance.
Maude Guérin et Étienne Pilon sont excellents, respectivement dans le rôle de la vieille fille qui n’a jamais connu l’amour, animée d’une malsaine curiosité mêlé au syndrome de Mère Teresa, et lui, dépassé par les événements, dans un état semi léthargique causé par le choc posttraumatique ou les médicaments. La relation qu’ils développent est hautement irréaliste: au ballet incessant des nombreux intervenants entourant l’hospitalisation s’ajoute celui des médias, des enquêteurs, de la famille, des préposés aux bénéficiaires et à l’entretien, etc. Mais cela devient possible dans la fiction proposée par Boucher, centrée sur les liens qui se créent entre ces deux êtres en manque évident d’affection. En lui offrant un livre, La Reconnexion d’Eric Pearl, l’infirmière ne cherche-t-elle pas, elle aussi, à se «reconnecter» avec ce qui est dramatiquement absent de sa vie? L’amour, la tendresse ou simplement la présence d’un être humain à réconforter.
La mise en scène sobre et efficace de René Richard Cyr procède à une dilatation du temps par des passages au noir à répétition, en introduction puis tout au long de la pièce. La scénographie d’un réalisme épuré de Jean Bard situe l’action dans une chambre d’hôpital improbable: un bol de toilette directement dans la chambre? Qu’est-ce qui a motivé ce choix? D’autant qu’il n’a qu’une valeur décorative.
Après donne l’impression d’une pièce polie, dans tous les sens du terme. Tout est propre et bien mené. Il n’y a pas de sang ni d’excès. Aucune démesure donc, mais également un manque d’épaisseur des personnages, particulièrement l’ingénieur, dont nous aurions souhaité une plus grande complexité. Tuer ses deux enfants est un acte qui demande une force immense, c’est le résultat d’un dérèglement profond, qui ne peut être relégué à un incident ordinaire.
Après
Texte de Serge Boucher. Mise en scène de René Richard Cyr. Au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 19 mars 2016.