Critiques

Stockholm, le syndrome : Dans l’absurde, sombrer

© Cath Langlois

Six employés d’un bureau d’assurance sont victimes d’une prise d’otage. On pense à un thriller psychologique, à un huis clos où la tension révélera peu à peu les laideurs d’une bande d’humains désespérés. Mais sitôt les premières répliques prononcées, on tombe à pieds joints dans un univers absurde, volontairement daté et franchouillard.

On s’approche de la traduction trop française d’une pièce d’Agatha Christie, où chaque prénom de personnage est répété à outrance en mordant dans les syllabes. Les crises de nerfs des jeunes, des femmes (ou plutôt de l’unique femme) et des faibles ponctuent la tension. Les mouvements d’arts martiaux et les techniques de psychologie à cinq cents se mélangent aux envolées mélancoliques et aux discours à la logique inquisitrice.

Après une vidéo sur un match de cricket où le ton du commentateur oscille entre la fascination candide et une exaltation surréaliste, une longue pièce nous apparaît, sertie de néons et d’une sortie de secours. Gary (Vincent Nolin Bouchard), un frêle jeunot des ressources humaines, est le premier à être jeté dans l’arène. Suivrons Daniel (Jean-Michel Déry), le pleutre pessimiste de l’informatique, Camille (Laurence Moisan Bédard), une rouquine qui rédige les communiqués, M. Beaubien (Denis Marchand), le patron, Yvon (Paul Fruteau de Laclos), le ninja de la sécurité, et Sylvain (Marc Auger Gosselin), la star déchue des relations publiques. Tous les personnages sont en place, la psychose collective peut commencer.

Une chorale hystérique

La flopée éclectique rappelle des archétypes de la culture pop, les personnages de Clue, de Scooby Doo, de That ’70s Show. Le discours emprunte au dessin animé, au mauvais roman policier, tend un peu vers Ionesco, mais se ravise pour finalement préférer l’humour (trop) appuyé à l’absurde porteur de tragique.

Gabriel Fournier signe le texte et la mise en scène de ce projet amorcé aux Chantiers du Carrefour international de théâtre de Québec. L’humour et le fou rire finissent par nous atteindre, notamment à cause de la rectitude des acteurs, dont l’œil ne cligne pas même dans les moments les plus absurdes.

Il manque toutefois un propos, une intention, qui permettent d’insuffler un peu de pertinence à ce pastiche. Entre le traumatisme du « triste semestre », un plan d’assurances irréalisable et enterré dans les archives de la compagnie, les dérèglements de tous et chacun selon leur formation, les vies volées et les délires purs et simple, on a bien mal à trouver du sens. Les digressions et les déséquilibres de l’écriture se concluent par une finale avec peu de panache.

Après avoir un moment fait confiance à l’absurde, on se retrouve pantois, las des élucubrations et de la chorale hystérique.

Stockholm, le syndrome

Texte et mise en scène : Gabriel Fournier. Avec Marc Auger Gosselin, Denis Marchand, Jean-Michel Déry, Paul Fruteau de Laclos, Laurence Moisan Bédard, Vincent Nolin Bouchard. Concepteurs : Mathieu Campagna, Jean-François Labbé, Sébastien Dionne. Une production du Chien sourd. À Premier Acte jusqu’au 29 octobre 2016.