Critiques

Patinoire : Comme un lapsus géant

Roland Lorente

Depuis Montréal complètement cirque en 2011, Patrick Léonard a présenté Patinoire à 150 reprises au Québec, en France, en Espagne, en Suisse et au Chili. S’inspirant de la tradition du cirque, puissant dans l’essence du cabaret, avec ses micros, ses chansons, ses adresses au public et son acolyte pris dans le public, le codirecteur artistique des 7 doigts est à la Tohu pendant toute la période des fêtes.

Roland Lorente

On rit beaucoup pendant ces 75 minutes. Seul (ou presque, étant donné qu’un assistant invisible et silencieux, Laval Dufour, lancera divers objets au clown pour le sortir d’embarras ou pour lui en créer de nouveaux), l’artiste enchaîne les saynètes. À sa guise, il fixe l’attention du public, chatouillant l’art de rire de soi dans des numéros d’équilibre, où l’improbable se marie à la maladresse en un suspense épatant.

Dans le personnage sympathique et ridicule qu’est Patou, on reconnaît l’artiste équilibriste et jongleur, danseur, mime, comédien, artiste hybride. On y sent aussi le doigté expert du co-metteur en scène Nicolas Cantin, à son meilleur dans le théâtre d’objets et grand complice d’une poésie que la présence scénique révèle. Ces deux-là font la paire. Nul doute, ils ont été les premiers à rire, frôlant la catastrophe et le bide des ratés quotidiens. Car Patou est cet être loufoque et gaffeur qui tombe, s’enfarge et se redresse, tel un mille-pattes qui rattrape les bouteilles en chute libre, qui s’escamote en catastrophe et qui se jette en scène dans une glissade ventrale d’un seul jet.

Patou raconte, annonce, change de visage, gesticule d’un bout à l’autre de la scène. Il fait jouer des chansons vieillottes délicieuses, entraînantes, airs de crooners américains, succès anglais extirpés d’une collection de vinyles décatis, et ces trésors fusent sous ses gestes malencontreux et désaccordés. La musique joue, plaisante, insensible aux pitreries, pour la joie viscérale des petits et des grands, applaudissant la performance irrévérencieuse.

Roland Lorente

Patou s’entête à faire glisser un sou sur son visage, sou qu’il avale et recrachera plus tard. Ou bien il se tient droit sur des empilements bancals, puis sur une chaise d’école posée sur le goulot de quatre bouteilles, un numéro fameux. Et cela continue dans un numéro d’épate avec un diabolo, comme du haut de sa glissoire géante, commençant par le punch de la scène avant de tourner autour du toboggan sans succès.

Que peuvent donc ensemble quatre haut-parleurs, un tourne-disque, une vieille chaîne haute fidélité et quelques cordes, une flopée de bouteilles et une valise écornée? Rappeler un artiste de la scène comique québécoise, Olivier Guimond, qui créa lui aussi un personnage d’alcoolique mémorable du répertoire burlesque. Pourtant, dans son costume scénique qui rétrécit, Léonard est unique. Récompensé de plusieurs prix à l’étranger, l’artiste né en 1969 déconstruit l’esprit de sérieux avec une souplesse et une versatilité rares.

Patinoire

Idée originale, direction artistique, scénographie et performance: Patrick Léonard. Mise en scène: Patrick Léonard et Nicolas Cantin. Une production des 7 Doigts. À la Tohu jusqu’au 6 janvier 2018.