Critiques

Le Songe d’une nuit d’été : Rêve hollywoodien

Gunther Gamper

Pour un metteur en scène, Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare est un des classiques qui permet les plus grandes folies d’adaptation. J’ai encore le magnifique souvenir de la version de Jérôme Savary au Festival d’Avignon. En 1990, le metteur en scène avait installé l’intrigue dans un camp manouche, au milieu de la Carrière de Boulbon, tout en optant pour une traduction très fidèle de Jean-Michel Desprats.

Gunther Gamper

À la différence du duo formé par Catherine Vidal et Étienne Lepage, qui présente actuellement au TNM une version personnelle de L’idiot, d’après le roman de Dostoïevski, Frédéric Bélanger et Steve Gagnon annoncent Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Sauf que le texte qui est joué sur la scène est très librement inspiré de la partition originale de l’auteur anglais. Une fois qu’on a compris qu’on ne verra pas une relecture de la pièce originale, mais plutôt un texte qui en a gardé les intrigues et les personnages, tout en étant résolument ailleurs dans le choix des mots et des dialogues, on se laisse séduire par la proposition. Transposés au cœur d’un monde industriel pseudo-moderne, un peu hors du temps, les personnages se croisent au pied d’immenses lettres éclairées formant le mot dream, une référence au panneau Hollywood de Los Angeles, qui représente un rêve d’idéal pour les jeunes comédiens. Les poteaux de l’échafaudage serviront de forêt enchantée pour les amoureux, alors que l’arrière des lettres sera utilisé comme écran de cinéma où seront projetées des scènes en noir et blanc, clin d’œil à l’âge d’or du cinéma hollywoodien.

Dès le départ, les trois ouvriers (les excellents Olivia Palacci, Adrien Bletton et Jean-Philippe Perras) deviennent ouvreurs, bouffons et musiciens, faisant sans cesse tomber le quatrième mur en parlant directement aux spectateurs dans un langage populaire et actuel. On retrouve bien entendu le jeu des amoureux. Démétrius se meurt d’amour pour Hermia, qui ne jure que par Lysandre, qui le lui rend bien. Helena brûle de passion pour Démétrius qui ne veut rien savoir d’elle. Le quatuor d’amoureux transis va se déchirer et se retrouver grâce au pouvoir de Puck, et de son maître Obéron (Étienne Pilon), qui doit aussi composer avec la présence de son ex, la dominatrice Titania. Maude Guérin lui donne une charge érotique et sexuelle décuplée et inattendue. La comédienne est parfaite, aucune autre actrice n’aurait pu lui donner cette dimension énamourée et, parfois, grotesque. Les amoureux, joués par Gabrielle Côté, Karine Gonthier-Hyndman, Hubert Lemire et Steve Gagnon, sont justes dans leur incarnation amoureuse, même si on a parfois du mal à comprendre les intentions de chacun dans un ballet chorégraphique un peu brouillon.

Gunther Gamper

Toutes les ficelles du spectacle sont efficacement retenues entre les mains de Dany Boudreault, dans le rôle du charismatique et énigmatique Puck, qui joue autant avec les sentiments des personnages qu’il manipule son maître, voire les spectateurs. Sorte de sosie de Klaus Nomi à la démarche chaloupée évoquant celle de Ruby Rhod dans le film Le Cinquième Élément, il incarne étonnement l’autorité et la sagesse, doublée d’une habileté sans scrupules. Et aussi vrai que son nom est Puck, personne ne sort indifférent de cette production.

Le Songe d’une nuit d’été

Texte: William Shakespeare. Adaptation: Steve Gagnon et Frédéric Bélanger. Mise en scène: Frédéric Bélanger. Concepteurs: Alexis Laurence, Francis Farley-Lemieux, Sarah Balleux, Sébastien Watty Langlois, Julie Basse, Amélie Bruneau-Longpré, Rachel Tremblay et Annie Saint-Pierre. Avec Adrien Bletton, Dany Boudreault, Gabrielle Côté, Steve Gagnon, Karine Gonthier-Hyndman, Maude Guérin, Hubert Lemire, Olivia Palacci, Jean-Philippe Perras et Étienne Pilon. Une production du Théâtre Advienne que pourra. Au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 18 avril 2018.