Critiques

Nezha, l’enfant pirate : Une épopée fantastique

NezhaAlex Paillon

On considère généralement l’opéra, et même souvent le théâtre, comme des arts complets, soit mobilisant toutes les disciplines artistiques. Cette caractéristique pourrait aussi être prêtée au cirque, et Nezha, l’enfant pirate en est la preuve. Ce magistral fruit de la rencontre entre l’audacieux Cirque Éloize et l’imaginatif auteur et metteur en scène Frédéric Bélanger conjugue la danse aux acrobaties, propose des projections et une scénographie qui unissent architecture et arts visuels, en plus d’une dramaturgie simple, mais omniprésente. Et si plusieurs des récentes productions de la compagnie circassienne accordaient une belle place à des musiciens qui jouaient en direct sur scène, ici, on use certes d’une bande sonore, mais la musique, tantôt épique, tantôt onirique, tantôt martiale, tantôt orientale, occupe un rôle de premier plan dans cette production à (très) grand déploiement.

NezhaAlex Paillon

Cette fusion si fertile des différentes formes d’arts au service d’un même spectacle est tout à fait admirable, mais la magie de Nezha repose aussi sur la superposition ingénieuse de décors d’une envergure dont on est rarement témoin (une épave de bateau, un mur-chute d’eau, un crâne surdimensionné duquel s’échappent lumière et fumée, un temple asiatique et ainsi de suite) sur l’environnement naturel entourant la Cité de l’énergie, qui comporte plan d’eau, îlots et forêt, auxquels le public a successivement accès grâce au plateau pivotant où sont érigés les gradins. La « salle » de cet amphithéâtre tourne donc au fil des tableaux composant la trame narrative dans laquelle s’insèrent les divers numéros de cirque.

L’histoire de Nezha est plutôt sommaire, mais ses enjeux sont colossaux. L’eau et le feu, jadis éperdument amoureux, se font maintenant la guerre, au grand péril de la planète. Seule une enfant, l’élue (s’agit-il du fruit de l’amour de la déesse de l’eau et du maître du feu?), échappée de sa communauté de pirates, pourra sceller la destinée de l’humanité. Nezha, loin d’être une demoiselle en détresse donc, doit d’abord prendre conscience de sa mission, de ses capacités ainsi que du courage et du sens moral qui l’habitent. En cela, elle sera accompagnée par la voix d’une narratrice (Rose-Maïté Erkoreka) professant des phrases inspirationnelles… qui parfois tiennent malheureusement plus de la psychologie populaire que des proverbes de Confusius, et ce, malgré que l’iconographie ainsi que les (somptueux) costumes signés Sarah Balleux indiquent que l’action se déroule au cœur de la Chine ancienne.

Cet univers délicieusement fantasmagorique s’installe pour un second été à Shawinigan, mais pas sans avoir subi quelques améliorations. On notera, entre autres, que les deux moments les plus faibles de la première mouture du spectacle, soit un duo clownesque ainsi qu’une prestation de cadre russe, ont été supprimés. On privilégie plutôt de fort gracieuses prouesses de voltige, de même que quelques numéros au sol, dont certaines chorégraphies usant tant de danse que d’acrobaties afin de singer des rixes enflammées, ainsi qu’une impressionnante performance de planche coréenne accompagnée de multiples tirs de canons à feu. On a même droit à un enchaînement acrobatique impliquant la manipulation de (longs bâtons de combat) qui a lieu sur un îlot de la rivière Saint-Maurice auquel Nezha (joliment interprétée par la jongleuse Natasha Patterson) se rend grâce à un radeau éclairé d’une lanterne. Magique, disait-on.

Nezha, l’enfant pirate

Texte et mise en scène : Frédéric Bélanger. Chef de création : Jeannot Painchaud. Chorégraphies : Caroline Torti et Huy Phong Doan. Scénographie : Pierre Labonté. Éclairages : Sébastien Pedneault. Vidéo : Lex Studio. Musique : Sébastien Langlois. Costumes : Sarah Balleux. Accessoires : Marc-André Labelle. Coiffures et maquillage : Laurie Deraps. Narration : Rose-Maïté Erkoreka. Avec Vanessa Aviles, Marie Lebot, Jarrod Tackle, Ronan Jenkinson, Samuel Letch, Guillaume Blais, Dylan Herrera, Santiago Esviza, Quentin Greco, Jérémi Lévesque, Natasha Patterson, Michael Patterson, Joëlle Ziörjen, Annie-Kim Déry et Carl Dupuis-Duguay. Présenté par le Cirque Éloize à la Cité de l’Énergie de Shawinigan jusqu’au 17 août.