Dans un rituel tout en raffinement esthétique, ELLE s’avance en zigzaguant sous une chute de lumière. Puis, elle grimpe sur des marches faites de petites bouteilles de pilules et disparaît dans une grande baignoire, sise au centre de la scène comme un trône. L’élégante jeune femme porte la perruque d’une iconique Cléopâtre. La pièce se jouera dans cette salle de bain d’albâtre, aux murs de céramique blanche, toute craquelée. Sur la gauche, un piano à queue, placé devant un miroir sans tain qui laisse parfois voir un personnage étrange, reflet évanescent d’un fantôme… Pianotant une musique anxiogène tout au long du spectacle, cette apparition symbolise la douleur de vivre d’ELLE.
Fièvre tente de retracer l’histoire d’ELLE par l’autopsie d’un suicide annoncé que LUI n’a pu empêcher, malgré tous ses efforts pour l’arracher à son angoisse existentielle. LUI et ELLE forment un duo presque typique de jeunes aux prises avec leurs démons. LUI est parvenu à assumer son homosexualité et se sert de son expérience pour aider son amie à garder la tête hors de l’eau. Au fil de petits événements, qui sont autant de prétextes pour qu’elle sorte de sa tête et festoie avec des amis — anniversaire, Saint-Valentin, Halloween —, on assemble les morceaux de cette descente dans les abîmes de l’esprit.
Ce touchant huis clos entre deux amis porte sur la santé mentale et la difficile, voire impossible guérison. ELLE peut être joyeuse, avoir de l’humour, être sensible à la tendresse et à l’amitié, mais quelque chose la ramène toujours vers un trou noir. La joie est éphémère et se brise sur les affres du quotidien.
Subtile mise en scène du désespoir
Avec ce premier texte qu’elle met elle-même en scène, Rosalie Cournoyer frappe un grand coup. Avec une belle cohérence, tous les éléments de la scénographie illustrent le désarroi des personnages : les jeux de caméras, les projections sur un œuf, sur un ballon, sur un écran de stores vénitiens, le miroir opaque ou transparent soulignant la cohabitation physique et mentale des protagonistes, le fragile chemin de bouteilles et de pots de médicaments, le piano obsédant et jusqu’au bain purificateur, appelé à chasser les odeurs putrides de la mort à venir…
Tout cela démontre une remarquable maîtrise de la scène, où ELLE et LUI ne font qu’un avec tous les éléments du décor. Et quelle complicité dans ce combat pour la survie ! Au cœur de cette détresse mortifère, LUI invente tous les moyens pour arracher son amie aux tentacules de la dépression. Il y a de grands moments de rencontre intime, où amour et amitié se confondent. Mais il y a aussi du déni, de la solitude, du repli sur soi. Et de l’incapacité à affronter la vie, alors qu’au fil de chaque petite action du quotidien, ELLE s’enfonce. Quelle émouvante scène que cette réponse à la question de sa mère « Comment vas-tu ? » !
Fraîchement diplômés du Conservatoire d’art dramatique de Québec, Carolanne Foucher et Vincent Michaud livrent une prestation impeccable. Elle, vacillant entre joie de vivre et désespoir, étouffant dans ses tourments intérieurs, lui, attentif et bienveillant, combattant avec sa légèreté apparente la mort tapie au cœur de son amie. Mais la tendresse et le dévouement ne suffisent pas à endiguer la pulsion de « vouloir disparaître ». En partant de son expérience de proche aidante, Cournoyer met en lumière la difficile appréhension des problèmes croissants de santé mentale dans notre société. Fièvre va droit au cœur de celles et ceux qui sont confrontés à cette réalité de plus en plus présente dans nos vies.
Texte et mise en scène : Rosalie Cournoyer. Assistance à la mise en scène : Auréliane Macé. Conception lumière et vidéo : Emile Beauchemin. Conception costumes et accessoires. Marilou Bois. Conception décor : Marianne Lebel. Musique : Rébecca Marois. Avec Carolanne Foucher, Rébecca Marois et Vincent Michaud. Direction de production : Maude Boutin St-Pierre. Une production de Vénus à Vélo, présentée à Premier Acte jusqu’au 12 octobre 2019.
Dans un rituel tout en raffinement esthétique, ELLE s’avance en zigzaguant sous une chute de lumière. Puis, elle grimpe sur des marches faites de petites bouteilles de pilules et disparaît dans une grande baignoire, sise au centre de la scène comme un trône. L’élégante jeune femme porte la perruque d’une iconique Cléopâtre. La pièce se jouera dans cette salle de bain d’albâtre, aux murs de céramique blanche, toute craquelée. Sur la gauche, un piano à queue, placé devant un miroir sans tain qui laisse parfois voir un personnage étrange, reflet évanescent d’un fantôme… Pianotant une musique anxiogène tout au long du spectacle, cette apparition symbolise la douleur de vivre d’ELLE.
Fièvre tente de retracer l’histoire d’ELLE par l’autopsie d’un suicide annoncé que LUI n’a pu empêcher, malgré tous ses efforts pour l’arracher à son angoisse existentielle. LUI et ELLE forment un duo presque typique de jeunes aux prises avec leurs démons. LUI est parvenu à assumer son homosexualité et se sert de son expérience pour aider son amie à garder la tête hors de l’eau. Au fil de petits événements, qui sont autant de prétextes pour qu’elle sorte de sa tête et festoie avec des amis — anniversaire, Saint-Valentin, Halloween —, on assemble les morceaux de cette descente dans les abîmes de l’esprit.
Ce touchant huis clos entre deux amis porte sur la santé mentale et la difficile, voire impossible guérison. ELLE peut être joyeuse, avoir de l’humour, être sensible à la tendresse et à l’amitié, mais quelque chose la ramène toujours vers un trou noir. La joie est éphémère et se brise sur les affres du quotidien.
Subtile mise en scène du désespoir
Avec ce premier texte qu’elle met elle-même en scène, Rosalie Cournoyer frappe un grand coup. Avec une belle cohérence, tous les éléments de la scénographie illustrent le désarroi des personnages : les jeux de caméras, les projections sur un œuf, sur un ballon, sur un écran de stores vénitiens, le miroir opaque ou transparent soulignant la cohabitation physique et mentale des protagonistes, le fragile chemin de bouteilles et de pots de médicaments, le piano obsédant et jusqu’au bain purificateur, appelé à chasser les odeurs putrides de la mort à venir…
Tout cela démontre une remarquable maîtrise de la scène, où ELLE et LUI ne font qu’un avec tous les éléments du décor. Et quelle complicité dans ce combat pour la survie ! Au cœur de cette détresse mortifère, LUI invente tous les moyens pour arracher son amie aux tentacules de la dépression. Il y a de grands moments de rencontre intime, où amour et amitié se confondent. Mais il y a aussi du déni, de la solitude, du repli sur soi. Et de l’incapacité à affronter la vie, alors qu’au fil de chaque petite action du quotidien, ELLE s’enfonce. Quelle émouvante scène que cette réponse à la question de sa mère « Comment vas-tu ? » !
Fraîchement diplômés du Conservatoire d’art dramatique de Québec, Carolanne Foucher et Vincent Michaud livrent une prestation impeccable. Elle, vacillant entre joie de vivre et désespoir, étouffant dans ses tourments intérieurs, lui, attentif et bienveillant, combattant avec sa légèreté apparente la mort tapie au cœur de son amie. Mais la tendresse et le dévouement ne suffisent pas à endiguer la pulsion de « vouloir disparaître ». En partant de son expérience de proche aidante, Cournoyer met en lumière la difficile appréhension des problèmes croissants de santé mentale dans notre société. Fièvre va droit au cœur de celles et ceux qui sont confrontés à cette réalité de plus en plus présente dans nos vies.
Fièvre
Texte et mise en scène : Rosalie Cournoyer. Assistance à la mise en scène : Auréliane Macé. Conception lumière et vidéo : Emile Beauchemin. Conception costumes et accessoires. Marilou Bois. Conception décor : Marianne Lebel. Musique : Rébecca Marois. Avec Carolanne Foucher, Rébecca Marois et Vincent Michaud. Direction de production : Maude Boutin St-Pierre. Une production de Vénus à Vélo, présentée à Premier Acte jusqu’au 12 octobre 2019.