Critiques

Parc Optimiste : Pastiche en cour arrière

chemin fer bretelles autoroute© David Mendoza Hélaine

Non loin du chemin de fer et des bretelles d’autoroute, derrière l’ancienne église Saint-Charles de Limoilou, une petite scène sous les arbres accueille Parc Optimiste, qui ouvre la saison de Premier Acte. Un lieu dérobé, à la croisée de plusieurs univers, comme la pièce qui y est présentée.

Guirlandes de lumières, musique country, jeux d’adresse, bottes de foin et kiosque où l’on vend hot-dogs et bières donnent à la cour un air de fête foraine. Les spectateurs et spectatrices sont invité·es à en profiter et à se mettre dans l’ambiance avant le spectacle, ce qui les place dans des dispositions favorables pour apprécier le « western sportif théâtral » qui leur sera présenté.

« Véro », sous la tente de la technique, assure les voix hors champ pour présenter les personnages, dire les consignes d’usage et commenter la décisive partie de basketball qui se joue, au fil de plusieurs retours en arrière, tout au long de la représentation. Pierre-Luc Désilets, qui signe le texte avec le metteur en scène Étienne La Frenière, agit comme narrateur et animateur de foule, en plus d’interpréter le coach Kevin, tout de velours bourgogne vêtu. Frédérique Bradet incarne quant à elle la sémillante (et effrayante) Madame Gingras, mairesse de Saint-Tite et chanteuse country, en enchaînant discours et chansons. Ce trio fait en sorte que le public est régulièrement interpellé et sollicité. On ne peut que se sentir inclus·e et, lorsque la mairesse déballe ses visions mégalomaniaques,  légèrement pris·e en otage…

Cinq ami·es d’enfance, soudé·es par leur passion du basket, travaillent au Saloon, un bar-restaurant qui est l’une des seules entreprises du patelin opérée par des jeunes. Ils et elles font leur entrée sur une musique sportive, présenté·es par des bios en quelques points, comme sur les cartes de baseball.

On retrouve dans Parc Optimiste l’énergie de l’impro, le jeu physique, l’humour facétieux, les blagues un peu trop appuyées et cette manière un peu bringuebalante, enthousiaste et périlleuse de construire une histoire. Le tout avec un brin d’absurde, des séquences « à la manière de » et la volonté d’aller chercher le public à tout prix – même lorsqu’on est aux prises avec un fou rire. Il n’y a toutefois pas de gazou, mais que le sifflet de l’arbitre qui retentit pour signaler les changements de scènes.

Beaucoup d’influences disparates se côtoient dans ce pastiche. On y décèle la nostalgie des séries destinées aux jeunes des années 2000 doublées en français, comme Les Frères Scott : une inspiration qui engendre une des meilleures scènes, où chaque joueur et chaque joueuse s’exprime en termes franchouillards à souhait et psycho-pop sur son état d’adolescent·es.

Poursuites endiablées

Les vertiges et les écueils du sport municipal et le bras de fer des générations, qui se joue entre la mairesse et la bande en plein Festival Western de St-Tite, donne lieu à des poursuites et des affrontements endiablés. Le jeu physique navigue entre les dessins animés de Lucky Luke et le film Space Jam (Basket spatial) : les interprètes courent au ralenti, sautent, se propulsent sur des glacières sur roulettes, font du break dance.

Les bonnes idées ne manquent pas dans ce délire narratif échevelé. Si on salue l’énergie déployée et plusieurs trouvailles aussi assumées que décalées, on regrette toutefois que certains passages ne soient pas mieux dosés. La houleuse et interminable discussion à cœur ouvert de la deuxième partie devient vite pénible. On a certes déjà subi la chose dans quelque série télévisée sur les dilemmes de l’existence, mais on s’en passerait allègrement. Même chose pour les déplacements et les duels au ralenti qui ne servent pas l’histoire. Il y en a un bon nombre – dont des fameux –, mais on les apprécie moins lorsqu’ils ne viennent que ralentir le rythme du spectacle. La première ayant dû être interrompue à cause de la pluie, nous y sommes retourné deux jours plus tard. L’échange de répliques avait déjà gagné de la vitesse, ce qui ne peut que bien augurer pour la suite des représentations. 

© David Mendoza Hélaine

Parc Optimiste

Texte : Pierre-Luc Désilets et Étienne La Frenière. Mise en scène : Étienne La Frenière, assisté de Véronic Marticotte. Direction de production : Emile Beauchemin. Conception des décors, costumes et éclairages : Marilou Bois, Mathieu C. Bernard, Nicolas Dignard, Marianne Lebel et Juliette Bernatchez. Avec Étienne d’Anjou, Pierre-Luc Désilets, Odile Gagné-Roy, Étienne La Frenière, Lucie M. Constantineau, Marc-Antoine Marceau, William Savoie, Frédérique Bradet, Véronic Marticotte et Anthony Parent Castanha. Une création de La Palestre, en collaboration avec La Grosse Affaire, Machine de cirque et La Charpente des Fauves, présentée par Premier Acte, dans la cour arrière de l’église Saint-Charles de Limoilou jusqu’au 3 septembre 2022.