La Vierge folle a transposé tous les ingrédients magiques qui ont fait la renommée des Contes à passer le temps dans son édition contes pour tous, destinée au jeune public : la mise en valeur de la ville de Québec, de ses symboles et de son histoire, le tourbillon d’émotions que suscitent les Fêtes et les différentes manières d’appréhender celles-ci, ainsi que le mélange de sucre et d’épices qui teinte cette période de l’année.
Le principal défi était de recréer la relation de proximité entre les conteurs et conteuses et l’auditoire que permettent les voûtes de la Maison Chevalier, où est présentée la version pour adultes de ce spectacle annuel depuis une dizaine d’années. Avec une scène à l’italienne et un public scolaire survolté, cordé dans des gradins de métal, il s’avérait de taille.
Pour y parvenir, Sophie Thibault et Maxime Robin ont multiplié les percées du quatrième mur dans leur mise en scène. Les interprètes commencent leur récit à partir des escaliers de la salle, où carrément assis·es dans l’assistance, ce qui suscite assez de surprise pour capter l’attention des enfants – momentanément, du moins. Il y a, surtout, des chants et la musique en direct de Steve Hamel pour donner du rythme et de la féerie aux phrases.
On retient certaines perles qui font rire à cause de leurs référents ou par leur sonorité. « Place Lau, à soir, c’est mon château », entend-on dans le conte le plus endiablé, livré par Jeanne Gionet-Lavigne. Vêtu d’un habit de ski une pièce aux couleurs vibrantes, le personnage qu’elle joue raconte sa course contre la montre à la Place Laurier (devenue Laurier Québec) pour dénicher un cadeau pour sa sœur-qui-n’aime-rien. L’épopée est ponctuée de passages surréalistes, dont la rencontre d’un âne, français et un brin racoleur, que la conteuse incarne avec brio, comme s’il surgissait chaque fois d’un miroir magique.
Il y a encore « J’adore les biscuits au beurre, mais j’haïs les moteurs », ou « le Faucon Millenium de Noël », deux expressions savoureuses qu’on retrouve dans la bouche de Jean-Michel Girouard. Il raconte une histoire où le descendant d’une génération de garagistes, passionné de pâtisserie, rencontre le père Noël à l’anneau de glace des plaines d’Abraham. En l’absence du comptoir de pâtisseries et de boissons chaudes qui contribue à mettre le public adulte dans un esprit festif, les auteurs et autrices des contes pour tous ont ainsi trouvé une manière d’amener cet amour des gâteaux et des desserts.
Plus romantique et triste, le conte livré par Vincent Legault aurait mérité d’être élagué à quelques endroits. Portant un costume digne des personnages de La Guerre des tuques, le comédien interprète un garçon qui veut recréer dans la chambre d’hôpital de sa mère malade « le pique-nique de l’amour en juillet » que ses parents et lui font chaque année au Parc de la Chute-Montmorency. L’idée est belle, mais difficile de croire à un enfant aussi conscient de la douleur et de l’incommunicabilité de son père, et ayant une si bonne mémoire des conseils prodigués par sa psychologue.
Des châteaux comme des poupées russes
Avant et après les trois contes centraux qui viennent d’être évoqués, on suit le récit, porté par Lorraine Côté, d’une enfant qui se trouve seule avec sa mère archéologue au Château Frontenac pour Noël. La comédienne, comique et attachante, donne envie à plusieurs jeunes de lui répondre lorsqu’elle parle de cet endroit emblématique de Québec, de son désamour de la grammaire et son incursion dans une chambre hantée. Cette histoire de fantômes permet aux comédien·nes d’incarner des personnages de l’époque de la colonie. Jean-Michel Girouard fait beaucoup rire avec son interprétation d’un gouverneur anglais à l’hygiène douteuse.
Ce voyage dans le temps est l’occasion d’introduire avec subtilité un motif qui a traversé toutes les éditions des Contes à passer le temps : le geste de remonter une horloge à pendule comme pour activer quelque sortilège. Le cadran, dans cette édition jeunesse, est tout petit, et placé sur une réplique en carton de l’ancien bureau de poste du Vieux-Québec.
Chacun des lieux où se déroulent les contes est d’ailleurs reproduit dans le décor de la ville en miniature qui trône sur scène. Les constructions en carton brut créées par Vano Hotton, illuminées par des guirlandes de lumières, semblent être une extension de la station que le scénographe avait conçue pour le parcours Où tu vas quand tu dors en marchant… ? du Carrefour international de théâtre, aux abords de la rivière Saint-Charles. Les manipulations des interprètes donnent l’impression qu’ils et elles ouvrent des poupées russes et des coffres au trésor, et est une belle manière de ramener la cité à hauteur d’enfant.
Textes : Louis-Dominique Lavigne, Blanche Gionet-Lavigne, Jean-Michel Girouard, Véronique Côté, Maxime Robin et Sophie Thibeault. Mise en scène : Maxime Robin et Sophie Thibeault. Éclairages : Keven Dubois. Décors : Vano Hotton. Costumes : Erica Schmitz. Direction musicale : Frédéric Brunet. Avec Lorraine Côté, Jean-Michel Girouard, Vincent Legault, Jeanne Gionet-Lavigne et Steve Hamel. Une production de La Vierge folle, en collaboration avec le Théâtre des Confettis, présentée au Théâtre jeunesse Les Gros Becs jusqu’au 21 décembre 2022.
La Vierge folle a transposé tous les ingrédients magiques qui ont fait la renommée des Contes à passer le temps dans son édition contes pour tous, destinée au jeune public : la mise en valeur de la ville de Québec, de ses symboles et de son histoire, le tourbillon d’émotions que suscitent les Fêtes et les différentes manières d’appréhender celles-ci, ainsi que le mélange de sucre et d’épices qui teinte cette période de l’année.
Le principal défi était de recréer la relation de proximité entre les conteurs et conteuses et l’auditoire que permettent les voûtes de la Maison Chevalier, où est présentée la version pour adultes de ce spectacle annuel depuis une dizaine d’années. Avec une scène à l’italienne et un public scolaire survolté, cordé dans des gradins de métal, il s’avérait de taille.
Pour y parvenir, Sophie Thibault et Maxime Robin ont multiplié les percées du quatrième mur dans leur mise en scène. Les interprètes commencent leur récit à partir des escaliers de la salle, où carrément assis·es dans l’assistance, ce qui suscite assez de surprise pour capter l’attention des enfants – momentanément, du moins. Il y a, surtout, des chants et la musique en direct de Steve Hamel pour donner du rythme et de la féerie aux phrases.
On retient certaines perles qui font rire à cause de leurs référents ou par leur sonorité. « Place Lau, à soir, c’est mon château », entend-on dans le conte le plus endiablé, livré par Jeanne Gionet-Lavigne. Vêtu d’un habit de ski une pièce aux couleurs vibrantes, le personnage qu’elle joue raconte sa course contre la montre à la Place Laurier (devenue Laurier Québec) pour dénicher un cadeau pour sa sœur-qui-n’aime-rien. L’épopée est ponctuée de passages surréalistes, dont la rencontre d’un âne, français et un brin racoleur, que la conteuse incarne avec brio, comme s’il surgissait chaque fois d’un miroir magique.
Il y a encore « J’adore les biscuits au beurre, mais j’haïs les moteurs », ou « le Faucon Millenium de Noël », deux expressions savoureuses qu’on retrouve dans la bouche de Jean-Michel Girouard. Il raconte une histoire où le descendant d’une génération de garagistes, passionné de pâtisserie, rencontre le père Noël à l’anneau de glace des plaines d’Abraham. En l’absence du comptoir de pâtisseries et de boissons chaudes qui contribue à mettre le public adulte dans un esprit festif, les auteurs et autrices des contes pour tous ont ainsi trouvé une manière d’amener cet amour des gâteaux et des desserts.
Plus romantique et triste, le conte livré par Vincent Legault aurait mérité d’être élagué à quelques endroits. Portant un costume digne des personnages de La Guerre des tuques, le comédien interprète un garçon qui veut recréer dans la chambre d’hôpital de sa mère malade « le pique-nique de l’amour en juillet » que ses parents et lui font chaque année au Parc de la Chute-Montmorency. L’idée est belle, mais difficile de croire à un enfant aussi conscient de la douleur et de l’incommunicabilité de son père, et ayant une si bonne mémoire des conseils prodigués par sa psychologue.
Des châteaux comme des poupées russes
Avant et après les trois contes centraux qui viennent d’être évoqués, on suit le récit, porté par Lorraine Côté, d’une enfant qui se trouve seule avec sa mère archéologue au Château Frontenac pour Noël. La comédienne, comique et attachante, donne envie à plusieurs jeunes de lui répondre lorsqu’elle parle de cet endroit emblématique de Québec, de son désamour de la grammaire et son incursion dans une chambre hantée. Cette histoire de fantômes permet aux comédien·nes d’incarner des personnages de l’époque de la colonie. Jean-Michel Girouard fait beaucoup rire avec son interprétation d’un gouverneur anglais à l’hygiène douteuse.
Ce voyage dans le temps est l’occasion d’introduire avec subtilité un motif qui a traversé toutes les éditions des Contes à passer le temps : le geste de remonter une horloge à pendule comme pour activer quelque sortilège. Le cadran, dans cette édition jeunesse, est tout petit, et placé sur une réplique en carton de l’ancien bureau de poste du Vieux-Québec.
Chacun des lieux où se déroulent les contes est d’ailleurs reproduit dans le décor de la ville en miniature qui trône sur scène. Les constructions en carton brut créées par Vano Hotton, illuminées par des guirlandes de lumières, semblent être une extension de la station que le scénographe avait conçue pour le parcours Où tu vas quand tu dors en marchant… ? du Carrefour international de théâtre, aux abords de la rivière Saint-Charles. Les manipulations des interprètes donnent l’impression qu’ils et elles ouvrent des poupées russes et des coffres au trésor, et est une belle manière de ramener la cité à hauteur d’enfant.
Contes à passer le temps – édition contes pour tous
Textes : Louis-Dominique Lavigne, Blanche Gionet-Lavigne, Jean-Michel Girouard, Véronique Côté, Maxime Robin et Sophie Thibeault. Mise en scène : Maxime Robin et Sophie Thibeault. Éclairages : Keven Dubois. Décors : Vano Hotton. Costumes : Erica Schmitz. Direction musicale : Frédéric Brunet. Avec Lorraine Côté, Jean-Michel Girouard, Vincent Legault, Jeanne Gionet-Lavigne et Steve Hamel. Une production de La Vierge folle, en collaboration avec le Théâtre des Confettis, présentée au Théâtre jeunesse Les Gros Becs jusqu’au 21 décembre 2022.