La danse est omniprésente cette année encore lors du 17e FTA. Discipline inclusive s’il en est puisqu’elle en présente tous les sous-genres, les théâtralise bien souvent ou se met au service de la musique. Comme on a pu le constater dans le spectacle d’ouverture, Vástádus eana – La réponse est le territoire et celui offert en extérieur, Creation Destruction.
La réponse est le territoire : La voi(x)(e) sámie
Ce « concert chorégraphique », comme l’appelle sa créatrice Elle Sofe Sara, mise autant sinon plus sur la musique que la danse. Les chants traditionnels joiks parlent ici de la beauté de l’environnement et du respect qu’on lui doit. Entonnés en extérieur, rue Sainte-Catherine, ils se poursuivent ensuite dans la salle du Monument-National, créant une trame sonore envoûtante et émouvante.
Le public est invité à passer par les coulisses du théâtre avant d’atteindre les sièges, en écho au titre de spectacle. Le territoire, c’est ce que défend le peuple sámi (existant depuis 6 000 ans avant notre ère, éparpillé en Norvège, Finlande, Suède et Russie) dont les activités ancestrales, incluant le dressage de rennes, sont menacées par la colonisation et la discrimination.
Dans la gestuelle des chanteuses/danseuses, quelques poings en l’air font parfois leur apparition, mais ce sont davantage les numéros de groupe où règne la solidarité entre femmes que l’on retiendra. Notamment, un solo aux effluves contemporains effectué par une danseuse qui semble possédée. Elle se calmera finalement au contact des six autres interprètes.
La chorégraphie évoque à divers moments l’effort et le travail. Aux marches saccadées succèdent des gestes de tous les jours répétés inlassablement. Elle Sofe Sara revendique une cause en toute humilité : « demander à cet endroit la permission de s’y trouver », dit l’un des chants entendus.
Les coiffes traditionnelles, les costumes et de magnifiques sculptures en tissus aux tons or et ocre servent de costumes et de décor. Ce cadre minimaliste laisse toute la place aux prestations des artistes dont les voix nous accompagnent longtemps après avoir quitté la salle.
C’est une ouverture de festival en « sol majeur » qui nous est offerte puisque tout est dans le territoire et en celles qui l’occupent et le protègent.
Direction artistique et chorégraphie : Elle Sofe Sara. Musique : Frode Fjellheim. Scénographie : Elin Melberg. Costumes : Ramona Salo + Elle Sofe Sara. Lumières : Øystein Heitman. Chorégraphié avec Alexandra Wingate. Dramaturgie : Thomas Schaupp. Confection chapeaux : Karen Inga Buljo Oskal, Unni Fjellheim, Zja Gali, Zoja Galkina, Jorunn Løkvold, Hilly Sarre et Sara Inga Utsi Bongo. Confection costumes : Karen Inga Buljo, Oskal et Ann Mari Sara. Avec Grete Daling, Olga-Lise Holmen, Sara Marielle Gaup Beaska, Risten Anine Gaup, Emilie Karlsen, Julie Moviken et Nora Svenning. Une production de Elle Sofe Sara, Maiken Garder et Nordberg Movement présentée au Monument National dans le cadre du Festival TransAmériques du 24 au 26 mai 2023.
Creation Destruction : Ronde cosmique
Ce spectacle de Dana Gingras créé l’an dernier au festival Luminato de Toronto nous arrive enfin à Montréal. Offert gratuitement à l’esplanade Tranquille du Quartier des spectacles, il s’agit d’une autre proposition d’envergure qui a à cœur l’avenir de la planète.
Une soliste et une dizaine d’interprètes effectuent des figures circulaire à géométrie variable, marchant d’abord au sol, puis virevoltant et courant. Cambrés, extension des bras, chutes, roulades, pirouettes, éléments de street dance… se succèdent tout au long de la représentation.
Tel un maître de piste, la soliste entraîne les autres à sa suite toujours dans le sens des aiguilles d’une montre ou plus précisément de la rotation de la Terre autour du soleil. Sur un écran derrière, des milliers d’étoiles évoquent tour à tour des nébuleuses, des visages et des corps humains qui se font et se défont.
L’intensité du spectacle tient beaucoup dans la musique du mythique groupe de post-rock montréalais Godspeed You ! Black Emperor, additionné ici d’une section de cordes. Musique de transe lancinante variant entre une fin et un renouvellement du monde et dont les éléments percussifs rythment les corps dansants.
Habillés de costumes fluorescents, puis noirs et blancs, les interprètes s’activent sous des éclairages qui nous apparaissent parfois insuffisants dans ce site fortement touché par la pollution lumineuse urbaine. Ceci nous empêche de goûter pleinement à une performance énergique, voire exténuante.
Artiste de la dualité qui évoquait dans Frontera en 2019 autant les limites personnelles que collectives, le dedans que le dehors, Dana Gingras nous montre ici que « rien ne se perd, rien ne crée, tout se transforme ». Mais encore faut-il que le genre humain entre dans la danse et accepte ce qui sera toujours plus grand que lui dans le cosmos infini.
Chorégraphie et mise en scène : Dana Gingras. Conception visuelle et scénographie : United Visual Artists. Composition musicale : Thierry Amar, Timothy Herzog, Efrim Manuel Menuck, Sophie Trudeau et Godspeed You ! Black Emperor. Cocréation et interprétation Robert Abubo, Amara Barner, Charles Brecard, Jaleesa Coligny, Léna Demnati, Stacey Désilier, Roxanne Dupuis, Jimmy Gonzalez, Caroline Gravel, Koliane Rochon-Prom Tep et Lexi Vajda. Musique additionnelle pour cordes et voix : Craig Pedersen. Direction musicale : Guido del Fabro. Musique interprétée par Timothy Herzog, Efrim Manuel Menuck, Sophie Trudeau, Joseph Yarmush, David Cronkite, Eugénie Jobin Tremblay, Vincent Kim, Frédérique Roy, Jérémie Cloutier, Yubin Kim, JC Lizotte, Jean René, Lana Tomlin. Direction des répétitions et assistance à la chorégraphe : Sarah Williams. Dramaturgie Kathy Casey et Ruth Little. Lumières : Mikko Hynninen. Costumes : Rémi van Bochove. Son : Radwan Ghazi Moumneh. Régie vidéo : Jon Skerritt. Régie lumières : JF Piché. Production et diffusion : Sarah Rogers. Direction de production : Brenda Recinos Ramirez. Régie et assistance de production : Kunal Ranchod. Une production de Animals of Distinction présentée dans le cadre du Festival TransAmériques sur l’esplanade Tranquille du 25 au 27 mai 2023.
La danse est omniprésente cette année encore lors du 17e FTA. Discipline inclusive s’il en est puisqu’elle en présente tous les sous-genres, les théâtralise bien souvent ou se met au service de la musique. Comme on a pu le constater dans le spectacle d’ouverture, Vástádus eana – La réponse est le territoire et celui offert en extérieur, Creation Destruction.
La réponse est le territoire : La voi(x)(e) sámie
Ce « concert chorégraphique », comme l’appelle sa créatrice Elle Sofe Sara, mise autant sinon plus sur la musique que la danse. Les chants traditionnels joiks parlent ici de la beauté de l’environnement et du respect qu’on lui doit. Entonnés en extérieur, rue Sainte-Catherine, ils se poursuivent ensuite dans la salle du Monument-National, créant une trame sonore envoûtante et émouvante.
Le public est invité à passer par les coulisses du théâtre avant d’atteindre les sièges, en écho au titre de spectacle. Le territoire, c’est ce que défend le peuple sámi (existant depuis 6 000 ans avant notre ère, éparpillé en Norvège, Finlande, Suède et Russie) dont les activités ancestrales, incluant le dressage de rennes, sont menacées par la colonisation et la discrimination.
Dans la gestuelle des chanteuses/danseuses, quelques poings en l’air font parfois leur apparition, mais ce sont davantage les numéros de groupe où règne la solidarité entre femmes que l’on retiendra. Notamment, un solo aux effluves contemporains effectué par une danseuse qui semble possédée. Elle se calmera finalement au contact des six autres interprètes.
La chorégraphie évoque à divers moments l’effort et le travail. Aux marches saccadées succèdent des gestes de tous les jours répétés inlassablement. Elle Sofe Sara revendique une cause en toute humilité : « demander à cet endroit la permission de s’y trouver », dit l’un des chants entendus.
Les coiffes traditionnelles, les costumes et de magnifiques sculptures en tissus aux tons or et ocre servent de costumes et de décor. Ce cadre minimaliste laisse toute la place aux prestations des artistes dont les voix nous accompagnent longtemps après avoir quitté la salle.
C’est une ouverture de festival en « sol majeur » qui nous est offerte puisque tout est dans le territoire et en celles qui l’occupent et le protègent.
Vástádus eana – La réponse est le territoire
Direction artistique et chorégraphie : Elle Sofe Sara. Musique : Frode Fjellheim. Scénographie : Elin Melberg. Costumes : Ramona Salo + Elle Sofe Sara. Lumières : Øystein Heitman. Chorégraphié avec Alexandra Wingate. Dramaturgie : Thomas Schaupp. Confection chapeaux : Karen Inga Buljo Oskal, Unni Fjellheim, Zja Gali, Zoja Galkina, Jorunn Løkvold, Hilly Sarre et Sara Inga Utsi Bongo. Confection costumes : Karen Inga Buljo, Oskal et Ann Mari Sara. Avec Grete Daling, Olga-Lise Holmen, Sara Marielle Gaup Beaska, Risten Anine Gaup, Emilie Karlsen, Julie Moviken et Nora Svenning. Une production de Elle Sofe Sara, Maiken Garder et Nordberg Movement présentée au Monument National dans le cadre du Festival TransAmériques du 24 au 26 mai 2023.
Creation Destruction : Ronde cosmique
Ce spectacle de Dana Gingras créé l’an dernier au festival Luminato de Toronto nous arrive enfin à Montréal. Offert gratuitement à l’esplanade Tranquille du Quartier des spectacles, il s’agit d’une autre proposition d’envergure qui a à cœur l’avenir de la planète.
Une soliste et une dizaine d’interprètes effectuent des figures circulaire à géométrie variable, marchant d’abord au sol, puis virevoltant et courant. Cambrés, extension des bras, chutes, roulades, pirouettes, éléments de street dance… se succèdent tout au long de la représentation.
Tel un maître de piste, la soliste entraîne les autres à sa suite toujours dans le sens des aiguilles d’une montre ou plus précisément de la rotation de la Terre autour du soleil. Sur un écran derrière, des milliers d’étoiles évoquent tour à tour des nébuleuses, des visages et des corps humains qui se font et se défont.
L’intensité du spectacle tient beaucoup dans la musique du mythique groupe de post-rock montréalais Godspeed You ! Black Emperor, additionné ici d’une section de cordes. Musique de transe lancinante variant entre une fin et un renouvellement du monde et dont les éléments percussifs rythment les corps dansants.
Habillés de costumes fluorescents, puis noirs et blancs, les interprètes s’activent sous des éclairages qui nous apparaissent parfois insuffisants dans ce site fortement touché par la pollution lumineuse urbaine. Ceci nous empêche de goûter pleinement à une performance énergique, voire exténuante.
Artiste de la dualité qui évoquait dans Frontera en 2019 autant les limites personnelles que collectives, le dedans que le dehors, Dana Gingras nous montre ici que « rien ne se perd, rien ne crée, tout se transforme ». Mais encore faut-il que le genre humain entre dans la danse et accepte ce qui sera toujours plus grand que lui dans le cosmos infini.
Creation Destruction
Chorégraphie et mise en scène : Dana Gingras. Conception visuelle et scénographie : United Visual Artists. Composition musicale : Thierry Amar, Timothy Herzog, Efrim Manuel Menuck, Sophie Trudeau et Godspeed You ! Black Emperor. Cocréation et interprétation Robert Abubo, Amara Barner, Charles Brecard, Jaleesa Coligny, Léna Demnati, Stacey Désilier, Roxanne Dupuis, Jimmy Gonzalez, Caroline Gravel, Koliane Rochon-Prom Tep et Lexi Vajda. Musique additionnelle pour cordes et voix : Craig Pedersen. Direction musicale : Guido del Fabro. Musique interprétée par Timothy Herzog, Efrim Manuel Menuck, Sophie Trudeau, Joseph Yarmush, David Cronkite, Eugénie Jobin Tremblay, Vincent Kim, Frédérique Roy, Jérémie Cloutier, Yubin Kim, JC Lizotte, Jean René, Lana Tomlin. Direction des répétitions et assistance à la chorégraphe : Sarah Williams. Dramaturgie Kathy Casey et Ruth Little. Lumières : Mikko Hynninen. Costumes : Rémi van Bochove. Son : Radwan Ghazi Moumneh. Régie vidéo : Jon Skerritt. Régie lumières : JF Piché. Production et diffusion : Sarah Rogers. Direction de production : Brenda Recinos Ramirez. Régie et assistance de production : Kunal Ranchod. Une production de Animals of Distinction présentée dans le cadre du Festival TransAmériques sur l’esplanade Tranquille du 25 au 27 mai 2023.