Critiques

Papeça : Le rituel de la recherche

© Valérie Remise

Dans Papeça, l’artiste Micha Raoutenfeld nous invite à construire et déconstruire le genre, les relations humaines, le passé, le futur, le présent, le tout à travers le corps.

Seconde partie du triptyque de l’artiste en résidence au Théâtre d’Aujourd’hui, Papeça prend des allures presque mystiques par moment. Le voyage dans lequel nous emmène Micha Raoutenfeld se veut résolument un parcours initiatique. Artiste queer et non binaire d’origine slave, toutes ses identités se retrouvent dans la pièce, à travers anecdotes dansées, jeux de son et lumière et monologue en russe.

Qu’est-ce qui relève du rêve ou de la réalité ? La frontière entre les deux n’est pas toujours claire, mais il faut se laisser porter par ce grand corps gracieux, trace d’une ancienne danseuse de ballet, et la violence que ce même corps s’impose pour déconstruire son identité, les rapports de séductions et les confidences sur le fait d’aimer les personnes du même genre que soi.

© Valérie Remise

Spectacle intangible et insaisissable par moment, on ne peut cependant pas détacher nos yeux de ce récit rafraîchissant dans sa forme. La danse, le théâtre et la musique s’allient pour rendre la pièce fluide malgré les très nombreux sujets et d’épisodes de vie qu’elle raconte.

Influencé·e par ses identités multiples qui se reflètent dans Papeça, l’artiste se confie, puis ne dit mot, parle en une langue peu familière à l’ensemble du public, ou se défoule, se construit et se déconstruit par la danse.

La musique, les effets sonores et de lumière ajoutent à l’ambiance particulière de ce spectacle, si l’on peut l’appeler ainsi, nous enrobant dans une atmosphère sombre, mais intime, entraînante, mais dramatique, enfumée, mais claire.

On sent décidément la recherche de l’artiste à travers sa démarche; celle de se trouver. Iel cherche avec nous en nous emmenant avec iel dans son aventure de démystification de qui nous sommes, quel corps nous habitons, comment nous entrons en relation les un∙es avec les autres, et quels codes nous pouvons reconstruire pour nous affranchir de ceux qui nous sont imposés dès l’enfance.

Papeça est original et immersif, compréhensible, mais absurde à la fois, doux et violent. L’envie de connaître la suite de la quête de Micha Raoutenfeld se fait ressentir en sortant de la représentation de cet objet artistique unique.

© Valérie Remise

Papeça

Texte, mise en scène et interprétation : Micha Raoutenfeld. Assistance à la mise en scène et direction de production : Mathilde Boudreau. Collaboration artistique : Morena Prats. Scénographie : Margot Lacoste. Lumière : Flavie Lemée. Environnement sonore : Francis St-Germain. Costumes : Maryanna Chan. Sonorisation : taupe. Consultation à la sonorisation : Frédéric Auger. Conseil au mouvement : Winnie Ho. Doublure en répétition : Anna Payant. Régie en répétition : Annie Préfontaine. Régie générale et direction technique : Ophélie Lacasse. Équipe technique : Audrey Belzile, Guillaume Lafontaine-Moisan, Clara Desautels, Chloé Rivest, Alexis Aubé, Jonathan Massové Guerville, Victor Papineau-Holdrinet, Hugo Pires. Avec Micha Raoutenfeld. Une création de Transfuge en codiffusion avec le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, présentée au CTD’A jusqu’au 10 février 2024.

Gabrielle Brassard-Lecours

Gabrielle Brassard-Lecours est journaliste indépendante. Détentrice d’une maîtrise en journalisme international, elle a notamment été rédactrice en chef adjointe du magazine Kaléidoscope, a travaillé à Radio-Canada et dans différents journaux de Transcontinental, en plus d’écrire à titre indépendant pour plusieurs publications dont Le Devoir, Protégez-Vous, La Gazette des femmes, l’Agence Science-Presse et plusieurs autres. Elle est également co-fondatrice du collectif de pigistes Ublo média et de Ricochet, dont elle également responsable de l’information.