Rébecca Déraspe est une autrice prolifique parmi les plus saluées de sa génération. Janette est son premier texte présenté chez Duceppe. Pour cette nouvelle œuvre en hommage à la vie de Janette Bertrand qui a fêté ses 100 ans le 25 mars 2025, elle collabore avec le metteur en scène Jean-Simon Traversy, codirecteur artistique.
Quelle forme littéraire avez-vous imaginée pour mettre en lumière la vie et l’héritage de Janette Bertrand au théâtre ? Est-ce que la mise en scène coulait de source à la lecture du texte ?
R.D. : J’ai cherché longtemps comment entrer dans cette pièce, comment ne pas faire une sorte de biopic un peu déconnectée de ma propre vision du monde. Je voulais prendre la parole, comme autrice, tout en créant une fresque qui rende hommage à cette héroïne plus grande que nature.
J’ai décidé de structurer la pièce en :
Entrée froide : le rapport à la mère de Janette, à son enfance, à l’obscurantisme religieux de cette époque
Entrée chaude : l’amour, la rencontre avec Jean, la naissance de ses enfants
Plat principal : tout ce qui a trait à sa vie publique
Dessert : son histoire d’amour avec Donald
Entre chaque plat, il y a un « Parler pour parler » qui permet aux acteurs et actrices de s’exprimer, en leur nom.
J.-S.T. : Le texte de Rébecca Déraspe est d’une clarté et d’une imagination remarquables. Elle raconte non seulement la vie et l’œuvre de Janette, mais aussi un siècle d’histoire québécoise. Avec elle, on navigue entre la fiction, le témoignage, le cours d’histoire et le cabaret. Dès ma première lecture de la pièce, j’étais emballé, parce que le terrain de jeu était riche.
Nous voulions qu’une seule actrice incarne Janette à tous les âges, et qu’elle soit accompagnée dans ce voyage par une troupe. J’ai donc pu m’amuser à la mise en scène à travailler les lignes de force et le rapport entre cette Janette — interprétée par Guylaine Tremblay — et cette troupe qui l’entoure.
Les tons sont si variés que notre défi est d’y plonger avec force et d’en ressortir aussi vite — qu’on joue un extrait de Toi et moi ou un témoignage de Normand Chouinard, qui a joué dans plus de cinq épisodes de L’Amour avec un grand A. Je voulais un spectacle festif pour célébrer la vie et l’œuvre de Janette Bertrand, elle, qui vient tout juste d’avoir cent ans le 25 mars 2025.
Quels ont été les défis de mettre en scène 80 ans de vie culturelle et sociale ?
R.D. : Ils sont immenses, les défis. Il faut faire des choix… Mais « écrire, c’est choisir ». J’ai mis en parallèle la vie de Janette avec l’histoire du Québec. On a donc un point de vue historique et un point de vue plus intime — celui de Janette — sur notre société.
J.-S.T. : Mettre en scène les 100 ans de Janette, c’était tout un défi ! D’abord, comment l’incarner sur scène ? Dès le début, Guylaine était Janette. Elle avait une idée très claire de son énergie, de son rythme, et surtout, elle possède ce talent exceptionnel pour créer un lien direct avec le public.
Un autre défi, c’était la mémoire. Qu’est-ce qui fait remonter un souvenir à la surface ? Avec la scénographe Odile Gamache, on a imaginé un espace à la fois gala et célébration, capable d’évoquer plusieurs lieux en un seul. Le décor fait écho à ceux de L’Amour avec un grand A et de Parler pour parler — un clin d’œil à la fin des années 80. L’ambiance sonore et la musique d’Andréa Marsolais-Roy jouent aussi un rôle clé : parfois, il suffit de quelques notes ou d’un thème musical d’une émission culte de Janette pour faire resurgir toute une époque.
Enfin, Rébecca a structuré son texte comme un repas : entrée froide, entrée chaude, plat principal, dessert. Avec Odile, on a poussé l’idée encore plus loin en servant vraiment les plats mentionnés dans la pièce (recettes de Janette) à des spectateurs-trices. Une façon de prendre soin du public, comme Janette a pris soin du Québec. Et nos six interprètes deviennent six Violette de Parler pour parler.
De quelles façons les échanges avec la principale intéressée ont-ils nourri votre travail ?
R.D. : J’ai eu la chance de m’asseoir avec Janette à quelques reprises pour lui poser des questions, les miennes et celles des autres. Je suis partie du verbatim de nos échanges pour créer la colonne vertébrale du spectacle. On a l’impression d’entendre Janette parler… mais… ce n’est pas juste une impression. C’est réellement Janette qui nous parle.
J.-S.T. : Nous avons eu la chance de rencontrer Mme Bertrand à plusieurs reprises chez elle. Être en contact avec Janette, c’est toucher à une curiosité sans bornes. Elle écoute avec une attention rare. Elle a une vitalité, un feu ardent. Après les lectures ou les enchaînements, elle nous parlait de sa mère, de son père, de toutes ces rencontres marquantes qui ont jalonné sa vie. Ces échanges ont nourri toute l’équipe de création.
Est-ce une pièce politique, voire féministe ?
R.D. : C’est une pièce qui nous rappelle de nous connecter à notre histoire, qui nous incite à reconnaître d’où on vient pour mieux comprendre de quoi on est fait, culturellement. Et bien sûr que c’est une pièce féministe. À plein de niveaux.
Déjà, de présenter le parcours d’une femme, c’est quelque chose d’éminemment féministe. Mais en plus, cette femme a participé à une transformation réelle de nos rapports hommes/femmes. La perspective historique nous fait aussi comprendre que les « acquis » sont aussi jeunes que fragiles.
J.-S.T. : La carrière de Janette est un acte politique en soi. Toute sa vie, elle a voulu faire ce qu’on lui disait qu’elle ne pouvait pas faire. Elle a repoussé les limites, encore et encore. Sa persévérance, son entêtement, son écoute et sa curiosité ont laissé un legs inestimable — un héritage qu’il faut connaître et transmettre.
La grande Guylaine Tremblay incarnera Janette Bertrand. Est-ce que ce choix a été une évidence ? Qui seront les autres comédiens et quels personnages joueront-ils ?
R.D. : C’est Janette qui a proposé Guylaine et Jean-Simon et moi avons tout de suite – immédiatement – embrassé l’idée. Les autres comédiens jouent des dizaines de personnages… L’idée, c’est de suivre une troupe d’acteurs et d’actrices qui incarnent, l’instant d’une réplique ou d’une scène, des figures historiques, des proches de Janette, des passants…
J.-S.T. : Quand on a demandé à Mme Bertrand qui elle voyait pour l’incarner, elle n’a pas hésité une seconde : Guylaine. Guylaine pour jouer Janette. Deux artistes qui ont marqué le Québec parce qu’elles parlent au monde, simplement, directement.
Mon idée, ensuite, c’était de rassembler une troupe intergénérationnelle pour donner vie aux multiples figures qui ont traversé la vie de Janette. Cynthia Wu-Maheux incarnera à la fois sa mère et… Pierre Péladeau. Sébastien Rajotte prêtera ses traits à Jean Lesage et Jean Lajeunesse. Zoé Lajeunesse-Guy sera Janine Sutto et Isabelle Lajeunesse. Phara Thibault jouera Jade, une jeune femme d’une génération qui n’a pas connu Janette, mais aussi George Harrison. François-Simon Poirier deviendra le grand couturier Courrèges et Donald, le compagnon de Janette depuis 40 ans. Enfin, Normand Chouinard sera un lecteur de nouvelles, mais aussi… lui-même, puisqu’il a joué cinq fois dans L’Amour avec un grand A !
Janette est présentée chez Duceppe du 9 avril au 17 mai 2025.
Rébecca Déraspe est une autrice prolifique parmi les plus saluées de sa génération. Janette est son premier texte présenté chez Duceppe. Pour cette nouvelle œuvre en hommage à la vie de Janette Bertrand qui a fêté ses 100 ans le 25 mars 2025, elle collabore avec le metteur en scène Jean-Simon Traversy, codirecteur artistique.
Quelle forme littéraire avez-vous imaginée pour mettre en lumière la vie et l’héritage de Janette Bertrand au théâtre ? Est-ce que la mise en scène coulait de source à la lecture du texte ?
R.D. : J’ai cherché longtemps comment entrer dans cette pièce, comment ne pas faire une sorte de biopic un peu déconnectée de ma propre vision du monde. Je voulais prendre la parole, comme autrice, tout en créant une fresque qui rende hommage à cette héroïne plus grande que nature.
J’ai décidé de structurer la pièce en :
Entrée froide : le rapport à la mère de Janette, à son enfance, à l’obscurantisme religieux de cette époque
Entrée chaude : l’amour, la rencontre avec Jean, la naissance de ses enfants
Plat principal : tout ce qui a trait à sa vie publique
Dessert : son histoire d’amour avec Donald
Entre chaque plat, il y a un « Parler pour parler » qui permet aux acteurs et actrices de s’exprimer, en leur nom.
J.-S.T. : Le texte de Rébecca Déraspe est d’une clarté et d’une imagination remarquables. Elle raconte non seulement la vie et l’œuvre de Janette, mais aussi un siècle d’histoire québécoise. Avec elle, on navigue entre la fiction, le témoignage, le cours d’histoire et le cabaret. Dès ma première lecture de la pièce, j’étais emballé, parce que le terrain de jeu était riche.
Nous voulions qu’une seule actrice incarne Janette à tous les âges, et qu’elle soit accompagnée dans ce voyage par une troupe. J’ai donc pu m’amuser à la mise en scène à travailler les lignes de force et le rapport entre cette Janette — interprétée par Guylaine Tremblay — et cette troupe qui l’entoure.
Les tons sont si variés que notre défi est d’y plonger avec force et d’en ressortir aussi vite — qu’on joue un extrait de Toi et moi ou un témoignage de Normand Chouinard, qui a joué dans plus de cinq épisodes de L’Amour avec un grand A. Je voulais un spectacle festif pour célébrer la vie et l’œuvre de Janette Bertrand, elle, qui vient tout juste d’avoir cent ans le 25 mars 2025.
Quels ont été les défis de mettre en scène 80 ans de vie culturelle et sociale ?
R.D. : Ils sont immenses, les défis. Il faut faire des choix… Mais « écrire, c’est choisir ». J’ai mis en parallèle la vie de Janette avec l’histoire du Québec. On a donc un point de vue historique et un point de vue plus intime — celui de Janette — sur notre société.
J.-S.T. : Mettre en scène les 100 ans de Janette, c’était tout un défi ! D’abord, comment l’incarner sur scène ? Dès le début, Guylaine était Janette. Elle avait une idée très claire de son énergie, de son rythme, et surtout, elle possède ce talent exceptionnel pour créer un lien direct avec le public.
Un autre défi, c’était la mémoire. Qu’est-ce qui fait remonter un souvenir à la surface ? Avec la scénographe Odile Gamache, on a imaginé un espace à la fois gala et célébration, capable d’évoquer plusieurs lieux en un seul. Le décor fait écho à ceux de L’Amour avec un grand A et de Parler pour parler — un clin d’œil à la fin des années 80. L’ambiance sonore et la musique d’Andréa Marsolais-Roy jouent aussi un rôle clé : parfois, il suffit de quelques notes ou d’un thème musical d’une émission culte de Janette pour faire resurgir toute une époque.
Enfin, Rébecca a structuré son texte comme un repas : entrée froide, entrée chaude, plat principal, dessert. Avec Odile, on a poussé l’idée encore plus loin en servant vraiment les plats mentionnés dans la pièce (recettes de Janette) à des spectateurs-trices. Une façon de prendre soin du public, comme Janette a pris soin du Québec. Et nos six interprètes deviennent six Violette de Parler pour parler.
De quelles façons les échanges avec la principale intéressée ont-ils nourri votre travail ?
R.D. : J’ai eu la chance de m’asseoir avec Janette à quelques reprises pour lui poser des questions, les miennes et celles des autres. Je suis partie du verbatim de nos échanges pour créer la colonne vertébrale du spectacle. On a l’impression d’entendre Janette parler… mais… ce n’est pas juste une impression. C’est réellement Janette qui nous parle.
J.-S.T. : Nous avons eu la chance de rencontrer Mme Bertrand à plusieurs reprises chez elle. Être en contact avec Janette, c’est toucher à une curiosité sans bornes. Elle écoute avec une attention rare. Elle a une vitalité, un feu ardent. Après les lectures ou les enchaînements, elle nous parlait de sa mère, de son père, de toutes ces rencontres marquantes qui ont jalonné sa vie. Ces échanges ont nourri toute l’équipe de création.
Est-ce une pièce politique, voire féministe ?
R.D. : C’est une pièce qui nous rappelle de nous connecter à notre histoire, qui nous incite à reconnaître d’où on vient pour mieux comprendre de quoi on est fait, culturellement. Et bien sûr que c’est une pièce féministe. À plein de niveaux.
Déjà, de présenter le parcours d’une femme, c’est quelque chose d’éminemment féministe. Mais en plus, cette femme a participé à une transformation réelle de nos rapports hommes/femmes. La perspective historique nous fait aussi comprendre que les « acquis » sont aussi jeunes que fragiles.
J.-S.T. : La carrière de Janette est un acte politique en soi. Toute sa vie, elle a voulu faire ce qu’on lui disait qu’elle ne pouvait pas faire. Elle a repoussé les limites, encore et encore. Sa persévérance, son entêtement, son écoute et sa curiosité ont laissé un legs inestimable — un héritage qu’il faut connaître et transmettre.
La grande Guylaine Tremblay incarnera Janette Bertrand. Est-ce que ce choix a été une évidence ? Qui seront les autres comédiens et quels personnages joueront-ils ?
R.D. : C’est Janette qui a proposé Guylaine et Jean-Simon et moi avons tout de suite – immédiatement – embrassé l’idée. Les autres comédiens jouent des dizaines de personnages… L’idée, c’est de suivre une troupe d’acteurs et d’actrices qui incarnent, l’instant d’une réplique ou d’une scène, des figures historiques, des proches de Janette, des passants…
J.-S.T. : Quand on a demandé à Mme Bertrand qui elle voyait pour l’incarner, elle n’a pas hésité une seconde : Guylaine. Guylaine pour jouer Janette. Deux artistes qui ont marqué le Québec parce qu’elles parlent au monde, simplement, directement.
Mon idée, ensuite, c’était de rassembler une troupe intergénérationnelle pour donner vie aux multiples figures qui ont traversé la vie de Janette. Cynthia Wu-Maheux incarnera à la fois sa mère et… Pierre Péladeau. Sébastien Rajotte prêtera ses traits à Jean Lesage et Jean Lajeunesse. Zoé Lajeunesse-Guy sera Janine Sutto et Isabelle Lajeunesse. Phara Thibault jouera Jade, une jeune femme d’une génération qui n’a pas connu Janette, mais aussi George Harrison. François-Simon Poirier deviendra le grand couturier Courrèges et Donald, le compagnon de Janette depuis 40 ans. Enfin, Normand Chouinard sera un lecteur de nouvelles, mais aussi… lui-même, puisqu’il a joué cinq fois dans L’Amour avec un grand A !
Janette est présentée chez Duceppe du 9 avril au 17 mai 2025.